TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESGermaine Chaumel: une photographe à l’oeil humaniste

Le conseil départemental de la Haute-Garonne met à l’honneur, dans une double-exposition gratuite, le travail photographique de Germaine Chaumel (1895-1982). Avec son Rolleiflex, elle a figé l’âpre quotidien des Toulousains entre 1938 et 1945 mais également des portraits qui se veulent «insolites». À découvrir jusqu’au 29 août à la galerie 3.1 et jusqu’à la fin de l’année 2o2o au musée départemental de la Résistance et de la déportation.

 

Les photos ont été sélectionnées par Pilar Martinez-Chaumel, petite-fille de la photographe, et l’historienne Élérika Leroy. Photo Aurélien Ferreira, conseil départemental de la Haute-Garonne

 

Quand on regarde les photos de Germaine Chaumel, la formule qu’«une image vaut mille mots» prend tout son sens. Au musée départemental de la Résistance et de la déportation, l’exposition retrace le quotidien des Toulousains de 1938 jusqu’en 1945. Qu’ils soient jeunes ou vieux, Germaine Chaumel s’intéresse aux petites gens avec sensibilité et sans voyeurisme. Soupes populaires, marchés alimentaires, bidonville dans le quartier Bourrassol … Chaumel montre la rude existence des sujets portraiturés avec toujours un souci esthétique. En contemplant ces images, on devine l’amour de l’artiste toulousaine pour ces scènes de la vie quotidienne. Témoin des drames humains, elle photographie avec la même empathie les événements de la région comme la Retirada, l’exil des républicains espagnols suite au régime franquiste.

De photographe, Chaumel devient photojournaliste. Elle répond aux commandes passées par la presse locale, celles de l’Agence France-presse (AFP) ou encore du prestigieux quotidien New York Times. Il y avait des reportages sportifs mais aussi des moments solennels sinon historiques. La période de la Collaboration n’est pas oubliée dans cette exposition. Il y a, par exemple, ce cliché pris dans un salon de la préfecture au cours d’une «prestation de serment de fidélité au maréchal Philippe Pétain». Celui qui a reçu les pleins pouvoirs constituants est venu deux fois dans la Ville rose avec la bénédiction de l’abbé Louis Sorel. Ici, la photojournaliste a documenté cette époque en résistant à l’inclination du régime totalitaire de vouloir glorifier ces rassemblements nationalistes grandiloquents. Professionnelle, elle réalise également les portraits de Résistants locaux anonymes ou connus à l’instar de monseigneur Jules Saliège. Elle sera aux premières loges pour photographier le plus célèbre des généraux français: Charles de Gaulle. Alors chef du gouvernement provisoire de la République française, il se rend au Capitole le 16 septembre 1944, moins d’un mois après la Libération de la Ville Rose.

 

Dans l’exposition des portraits insolites, Chaumel  n’a eu de cesse de recourir à l’empathie et à l’humour pour réaliser des portraits de rue, de studio improvisé et même de nu artistique 

 

Née dans la Ville rose en 1895, le style d’image de Chaumel correspond au mouvement de la photographie humaniste et de la «Nouvelle vision». Autodictate, elle aiguise son œil de photographe d’après les travaux de Man Ray ou de Brassaï. Dans un milieu majoritairement masculin (et c’est encore d’actualité), elle fonde avec des camarades photographes le Cercle des XII en 1937. En parallèle de ses productions presses, Chaumel était également une portraitiste de talent. C’est l’objet de la seconde exposition à la galerie 3.1. Peut-être injustement sous-estimée, les photos de Germaine Chaumel qui mêlent témoignages historiques et expressions artistiques retrouvent avec cette double-exposition une place à sa juste valeur.

 

📍 «1938-1944, La vie quotidienne à Toulouse. Photographies de Germaine Chaumel». Au musée départemental de la Résistance et de la déportation. 52 allée des Demoiselles, à Toulouse. (Bus Linéo 7, arrêt Demouilles). Ouvert du mardi au samedi de 1oh à 12h3o et de 13h3o à 18h. Entrée gratuite.

📍 «L’art du portrait, les insolites». À la Galerie 3.1. 7 rue Jules-Chalandes, à Toulouse. Entrée gratuite.

 

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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