TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTES[FILM] «La Communion», de Jan Komasa

Mercredi 4 mars, le long-métrage La Communion sortait en salles. Avec ce film, le réalisateur Jan Komasa se montre à la hauteur du cinéma polonais, et signe une œuvre aussi puissante que renversante.

 

Bartosz Bielenia, incarnant le personnage de Daniel

 

Inspiré de faits réels, le film suit le parcours de Daniel. L’homme a 20 ans, et vit en centre de détention. Dans un milieu carcéral où la violence est omniprésente, une bonne journée est une journée sans coups. Très rapidement, on comprend que Daniel est un gamin dont l’existence a basculé presque par accident, et on devine le parcours erratique qui l’a mené jusqu’ici. Bousculé, Daniel trouve en la personne du Père Tomasz (le prêtre de la prison) une branche à laquelle se raccrocher. À la manière de Thomas dans La Prière (un film réalisé par Cédric Kahn), Daniel est un être fragile et égaré pour qui la religion apparaît comme une échappatoire. Alors qu’il est envoyé dans une menuiserie à l’autre bout de la Pologne pour préparer sa réinsertion, le jeune homme se présente comme prêtre dans le village d’à côté.

 

«Le salut est dans l’imposture»

Le mensonge fonctionne, presque trop bien, et lorsque le curé de la paroisse lui demande de le remplacer pour quelque temps, il ne peut qu’accepter cette miraculeuse opportunité. Pour Daniel, le salut est dans l’imposture, car la vérité est qu’il n’y a normalement pas de seconde chance pour les gens comme lui. La prison est un stigmate dont on ne se débarrasse pas aisément. Lorsqu’il déclare au Père Tomasz son souhait de devenir prêtre, celui-ci lui répond qu’aucun séminaire ne le prendra avec un tel casier judiciaire. Alors que Daniel est dans le bus censé l’amener à la menuiserie, un policier devinant qu’il est un de ces prisonniers lui lance : «je reconnais la vermine dans ton genre». Daniel traîne son passé comme un boulet, et ce n’est qu’au moment où il enfile sa soutane qu’il peut s’en libérer. Les regards changent sur cet homme, jusqu’alors rebut de la société.

 

Un acteur magnétique

Si le film est une très belle réussite, Bartosz Bielenia y est pour beaucoup. Impressionnant, l’acteur donne à son personnage une vraie densité. Il excelle dans le rôle de ce prêtre atypique, qui boit, se drogue et préfère la techno aux chants de la paroisse. Par moments, il nous fait penser au Jude Law de The Young Pope (une série réalisée par Paolo Sorrentino), incarnant un pape faisant fi des conventions. David est constamment sur le fil de rasoir, prêt à basculer, et c’est ce numéro de funambule qui est beau à voir. À son image, le village semble lui aussi au bord de l’implosion. Dans cette commune endeuillée, David s’applique à panser les plaies d’hommes et de femmes animés par la rancœur. Ses yeux, hypnotiques et bouleversants, accueillent les colères et épongent les peines. Son regard nous saisit et nous marque, à l’instar de cet excellent film qui laisse sur nous une empreinte indélébile.

 

Article rédigé par Paul Rothé

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