TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESEn Aparté avec … Jean, agent de nettoyage pendant le confinement coronavirus covid-19

Depuis le 17 mars 2o2o, la France est en confinement pour lutter contre le coronavirus covid-19. À l’heure du télétravail, les entreprises et établissements jugés non «essentiels» sont fermés et d’autres continuent à travailler. Agent de nettoyage, Jean raconte pour Aparté.com son quotidien dans cette «période très particulière».

Photo Philippe Leroyer – CC BY-NC-ND 2.0

 

«Depuis le confinement, j’utilise des gants de ménage en latex lavables et toute la journée je mets par-dessus du gel hydroalcoolique». Jean* est agent de nettoyage depuis plusieurs années dans une entreprise privée à Toulouse. Avec la pandémie du coronavirus covid-19, il ne chôme pas. Au contraire, plusieurs «chantiers» s’ajoutent à son travail quotidien. Son job ? Nettoyer, dès 7h du matin, les parties communes des immeubles d’habitation: cela va du hall d’entrée avec les vitres à décrasser, des miroirs à faire briller, la poubelle de la boîte aux lettres à vider, un ascenseur à nettoyer, des couloirs à aspirer ou encore passer la serpillière pour enfin sortir du local à poubelles les conteneurs. De cette liste non exhaustive, le contrat signé entre un syndicat de copropriétés et son employeur peut l’obliger à passer une ou plusieurs fois par semaine «sur un chantier». Il fait «entre trente et quarante immeubles différents par semaine».

Depuis les mesures de confinement, Jean fait encore plus attention à lui. Son responsable lui a fourni toutes les protections nécessaires: gants ménagers en latex, masques de protection FFP1 et solution hydroalcoolique. «J’ouvre et je nettoie des poignées de porte en quantité astronomique», explique le trentenaire. Il faut également désinfecter les boutons d’ascenseur mais aussi tous «les surfaces en plastique» où le virus peut survivre entre «deux à six jours» comme le rapporte Le Monde.

Il «croise [sur son lieu de travail] très peu de gens, beaucoup moins qu’en temps normal». Idem dans ses déplacements sur son deux-roues motorisé. «Même en scooter, alors que c’est un moyen de transport rapide, les temps de circulation sont réduits au moins de moitié. Il n’y a plus de bouchon, tu es le roi de la ville!», clame le Toulousain. Il décrit encore un centre-ville «déserté» de sa population, une présence policière non négligeable et l’affluence aux commerces alimentaires. «On se croit dans un pays soviétique avec la queue devant les magasins», juge le trentenaire. Autre détail qui marque l’agent de nettoyage, la place des sans domicile fixe. «Le confinement met en lumière et en relief la misère. Il n’y a qu’eux, on les voit».

 

«Nous sommes en guerre»

En fin de tournée, généralement vers 14h, il rentre chez lui avec sa «tenue de travail et traverse directement son appartement sans rien toucher pour [se] déshabiller sur [son] balcon et entreposer [ses] vêtements» à l’air libre. Il passe sous la douche puis nettoie systématiquement son téléphone portable, c’est sa nouvelle routine. Il le confesse, il utilise davantage de solution hydroalcoolique au quotidien. «Cela devient même obsessionnel», observe encore Jean.

Dans son discours prononcé depuis l’hôpital de campagne de Mulhouse (Haut-Rhin), le président de la République, Emmanuel Macron, a «salué l’ensemble des femmes et des hommes qui sont en deuxième ligne» dont ceux «qui nettoient» et «permettent au pays de continuer à vivre». Un propos qui  résonne avec un autre discours, tout aussi martial, du locataire de l’Élysée où il martèle que «nous sommes en guerre». «Je ne dirai pas que mon travail est essentiel comme celui du commerce alimentaire, il est secondaire mais il est utile car il maintient dans un état de salubrité des lieux de passages», synthétise l’agent de nettoyage. Selon Jean, «les parties communes [des immeubles, NDLR] sont plus propres que d’habitude du fait du faible passage des gens mais il y a toujours les habitudes des crado et ils déposent, par exemple, les poubelles où ils veulent».

Dans cette profession majoritairement féminisée, Jean est salarié à temps plein avec un «salaire de base au Smic et la possibilité de faire des heures supplémentaires». Variable «selon les périodes», il émarge à 1.3oo€/mois net en moyenne. «Je ne m’estime pas lésé. Tu ne peux pas prétendre à toucher un salaire plus confortable, cela fait partie des métiers pas très bien payés mais je ne me plains pas».

Jean* est un prénom d’emprunt

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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