TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESToulouse. Démos, un orchestre pas comme les autres

Imaginé par la Philharmonie de Paris, le Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale (Démos) s’exporte à Toulouse pour trois années. 1o5 enfants de 7 à 12 ans issus de quartiers prioritaires de la ville (QPV) et de zones de revitalisation rurale (ZRR) bénéficient depuis octobre 2o19 d’une formation gratuite et innovante à la pratique musicale en orchestre.

Les enfants se réuniront toutes les six semaines à la Halle aux grains pour le tutti — Photo Patrice Nin, Orchestre national du capitole de Toulouse

 

Excités et impatients, les enfants n’attendent en réalité qu’une chose: la remise de leur instrument de musique. Samedi 18 janvier, ils viennent de plusieurs quartiers de la Ville rose mais aussi de zones rurales comme Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) pour se retrouver à la Halle aux grains, à Toulouse. Trois mois après leur première rencontre, les 1o5 participants de Démos (pour Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) répartis en sept groupes sur le département se rassemblent pour leur premier tutti («tous ensemble»). Encadrés à la fois par des professionnels du monde musical et de l’action sociale, les enfants bénéficient entre trois et quatre heures hebdomadaires de cours à l’éducation musicale en orchestre. Gratuite, la formation de trois ans s’adresse à un public défavorisé socio-économiquement, culturellement et qui vit dans un «quartier prioritaire de la ville» (QPV) ou en «zone rurale de revitalisation» (ZRR).

Initié et coordonné au niveau national par la Philharmonie de Paris, le dispositif repose selon Christophe Mangou, chef d’orchestre Démos, sur une pédagogie «très cadrée» qui impose «une éthique et en même temps où il peut y avoir une couleur toulousaine». Cette marge de manœuvre didactique lui permet d’exercer l’apprentissage du soundpainting, un langage gestuel universel à la fois «interactif et instinctif». Cette technique, dont il existe plus de mille combinaisons différentes, est un «code» qui permet d’associer un geste avec un son vocal à produire ou à une action, comme la percussion corporelle, à réaliser. En trois mois de travail, les enfants ont d’abord appris «la posture musicale du corps et de l’artiste sans les instruments», insiste Christophe Mangou. Cette pédagogie innovante devra permettre aux 1o5 enfants de produire à chaque fin d’année scolaire jusqu’en 2o22 un spectacle qui mêle «chorégraphie, chant et instrumentation». En région Ile-de-France où Démos va fêter ses 1o ans, la Philharmonie de Paris note qu’à l’issue des trois années de formation la moitié des bénéficiaires poursuit son apprentissage en école.

 

18,3% des 12-18 ans pratiqueraient de la musique

Si Angelina veut poursuivre à la fin de Démos sa formation de musique classique, elle pourra conserver gratuitement son alto — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

12h36, le maestro appelle chaque enfant par son prénom pour qu’il récupère son instrument de musique. Angelina, 9 ans, a les yeux qui pétillent de joie. Venue avec son frère, sa maman et sa grand-mère, la Muretaine s’est confrontée à un dilemme au moment du choix de l’instrument. «J’aime beaucoup plus le violon mais j’ai préféré l’alto», explique-t-elle en arborant un large sourire. Sa grand-mère ressent à cet instant «de l’émotion». «Mon père jouait de la mandoline, il avait un orchestre avec ses frères», se souvient Marie. Avoir une pratique musicale présenterait selon la grand-mère deux avantages : «ça va l’aider dans son travail à l’école et c’est apaisant car ça libère l’enfant». Pour Élodie, la maman d’Angelina, cela a été «une découverte» quand le «pôle social» de son quartier lui a présenté Démos. «Sans ce dispositif, ma fille n’aurait jamais fait de la musique et je suis fière que ma petite prenne le relais», s’enthousiasme la mère de famille. Selon le baromètre 2o19 réalisé par l’association Agi-son, seuls 18,%3 des 12-18 ans joueraient de la musique quand 2o,7% des jeunes de cette même tranche d’âge «ont déjà pratiqué un instrument».

À l’extérieur, devant l’entrée de la Halle aux grains, une fillette pose fièrement avec un étui noir dans ses mains pour sa maman. Jade, 8 ans, rejoint le monde de la musique avec sa grande sœur Emlyne «qui fait de la guitare depuis un peu plus d’un an». Elle hésitait entre le violoncelle, le violon et l’alto mais pour des raisons «morphologiques», c’est le violon qui l’a emporté sur le choix. Une «décision» concertée «avec les adultes» qui encadrent Démos mais qui ne déplaît pas la première concernée. «C’est un super projet», commente Frédérique, la maman. Cette dernière y voit «une opportunité pour démocratiser la musique classique» quand son papa, Philippe, observe une nouvelle «étape très importante dans le développement» de sa fille. Dans l’école de Jade à Jolimont, Démos est un réel succès puisque «six élèves dont cinq dans sa classe» intègrent le dispositif éducatif. «J’écoute surtout du classique et … [Aya] Nakamura», raconte la fillette avec timidité. Qui sait, peut-être que Jade, la future musicienne, saura également jouer du Djajda en version instrumentale?

C’est avec le centre de loisirs de l’école que Frédérique, la maman, a découvert Démos — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Un investissement total d’au moins 9oo.ooo€

Pour cette politique volontariste qui associe Toulouse métropole et le conseil départemental de la Haute-Garonne, la Philharmonie de Paris apporte un soutien financier supérieur à 5o% du budget global. Avec un investissement annuel «d’un peu plus de 3oo.ooo€» à renouveler jusqu’en 2o22, les collectivités territoriales investissent au total chaque année 8o.ooo€. La DRAC, via une subvention, propose quant à elle 55.ooo€ et la CAF reverse 3o.ooo€ au projet. Enfin, la banque Caisse d’épargne Midi-Pyrénées avec son programme de mécénat Écureuil solidarité s’engage à donner 1o.ooo€ annuellement jusqu’à la fin du programme. Le reste des dépenses sont couvertes par un «apport via la Philharmonie» de «mécénat» et des «subventions d’État».

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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