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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLe camion qui ne douche pas les espoirs

À Toulouse, depuis 2o15, Le Camion douche permet aux sans-abri et aux personnes mal-logées de bénéficier gratuitement d’une douche. Ces prochains mois, l’association espère réunir suffisamment de dons pour acquérir un troisième camping-car dédié aux femmes.

 

L’association compte une trentaine de bénévoles actifs – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

 

Vu de l’extérieur, Le Camion douche semble avoir traversé de nombreux kilomètres et les décennies. Garé dans une cour intérieure, le camping-car itinérant est branché au courant électrique et au tuyau d’arrosage gracieusement mis à disposition par le Secours populaire Français. Trois fois par semaine et pendant deux heures, sans-abri ou mal-logé peuvent se laver, demander des produits pour l’hygiène comme du savon, du dentifrice ou encore du déodorant et même des vêtements. Il n’y a pas de condition pour ces services gratuits, l’unique contrainte est celle d’inscrire sur «une liste» son prénom, sa nationalité, si on prend une douche ou simplement des habits. Un recensement utile en fin d’année pour connaître le nombre de «bénéficiaires» et les consommables les plus demandés. Ce lundi de septembre, l’association comptabilise treize personnes dont six pour une douche.

 

À l’intérieur, l’espace n’est pas vaste mais comme tout camping-car le moindre recoin est aménagé avec intelligence. Casiers et bacs sont méticuleusement étiquetés: sous-vêtements, paires de chaussettes, crème corporelle…  Sous sa casquette bleu foncé, Mohamed-Dali (prénom d’emprunt)   arbore une barbe de trois jours soigneusement taillée. Il a découvert Le Camion douche «il y a quatre semaines grâce au bouche-à-oreille». Auparavant, il est parfois resté «deux-trois semaines sans pouvoir se doucher». D’origine turque et arrivé en France «à l’âge de 24 ans», il a une double licence. L’une en «gestion appliquée de sciences humaines et sociales» et l’autre «en marketing». Après avoir «squatté un an et demi une chambre universitaire», Mohamed-Dali est devenu sans domicile fixe en mars 2o19. «Il faut attendre minuit ou une heure du matin avant de trouver un endroit pour dormir», souffle le jeune homme de 27 ans. Il assure n’être pas le seul dans cette situation et aurait comptabilisé «vingt à trente personnes SDF de (son) âge». Aujourd’hui, le sans-abri met entre parenthèses ses études supérieures mais sous son bras, une chemise transparente laisse deviner des cours en langue étrangère. «Cette année, j’apprends l’italien et peut-être que l’année prochaine je continuerais en Master», poursuit Mohamed-Dali. Plus tard, le jeune homme souhaite travailler «dans la recherche».

 

Pour Franck, l’ancien sans-abri, Le Camion douche permet de tisser « des liens d’amitié » avec les autres SDF – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Entre deux douches, Christine, l’une des bénévoles, saisit son pistolet rempli de produit désinfectant pour «nettoyer» rapidement la petite cabine. Dehors, Franck, 46 ans, se tient prêt à aider. Passé de l’autre côté, histoire «de rendre la monnaie de la pièce», le Toulousain est resté «vingt ans à la rue, par choix, par habitude». «C’est par hasard », qu’il découvre en 2o16 l’existence du Camion Douche. Ce qu’il apprécie dans ce dispositif, c’est de pouvoir se laver dans un espace fermé. Selon le quadragénaire, les douches publiques sont simplement «cloisonnées» et ne permettent pas de se laver en «intimité».

 

C’est en 2o15 que Le Camion douche voit le jour, sous l’impulsion d’Héloïse Brière après avoir repéré une initiative semblable à Paris. Les débuts sont d’abord une affaire de famille puis les retombées dans la presse locale permettent de fédérer des partenariats et une «trentaine de bénévoles actifs». Aujourd’hui, l’association possède deux Camions douche et souhaite acquérir un troisième camping-car à destination des femmes. Outre le sentiment de honte, il y aurait, selon l’association, «des raisons culturelles» pour expliquer le nombre dérisoire de bénéficiaires féminines. Sur son Internet, Le Camion douche reprend les chiffres d’une étude de 2o19 sur la présence des «personnes sans résidence stable» dans la Ville rose et rappelle que sur environ 5.ooo sans-abri «35% sont des femmes».

 

En fin d’itinérance, les bénévoles, ici Elisabeth, dresse la liste des produits qui pourraient manquer – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Pour certains « bénéficiaires », seuls quelques produits d’hygiène suffisent pour répondre à leurs besoins – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

Le budget idéal ? 1oo.ooo€

Face à un camping-car vieillissant, le renouvellement du matériel roulant semble être une nécessité qui n’a qu’un obstacle: le prix. «En occasion, il faut compter entre 45-5o.ooo€ pour un bon camion», déplore Elisabeth, bénévole et «référente du lundi matin». Quant au deuxième Camion douche, il est actuellement «en panne». Dans l’idéal, le budget parfait pour faire tourner l’association et les véhicules avoisinerait autour de 1oo.ooo€. Pour y parvenir, Héloïse Brière, l’unique salariée de l’association, travaille à plein partiel pour trouver des modes de financement. Cela va du crowdfunding, à l’organisation d’événements culturels ou sportifs. Car tous les produits mis à disposition des «bénéficiaires» proviennent de dons de particuliers, d’entreprises ou d’achats réalisés dans le cadre du mécénat et de subventions attribuées par des collectivités territoriales. Ces dernières accordent chaque année plusieurs centaines voire quelques milliers d’euros.

Depuis 2o15, Le Camion douche compte plus de 4.5oo passages dans ses cabines sanitaires itinérantes. Une situation qui inspire chez un des bénévoles un constat amère: «L’État ne joue pas son rôle (dans l’accompagnement des sans-abri, NDLR) et laisse l’association faire tampon entre le réel et le politique». 

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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