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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESL’école du vélo

Depuis deux ans, l’association toulousaine la Maison du vélo propose, en partenariat avec le Conseil départemental de la Haute-Garonne, le dispositif «se déplacer à vélo». Durant trois semaines, cette formation propose à des adultes d’apprendre à faire du vélo et à se repérer dans l’espace urbain.

L’objectif est d’acquérir une nouvelle liberté de mouvement, en toute sécurité — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

 

En cet après-midi de décembre venté, une dizaine de personnes se regroupe sur le parking de la piscine des Argoulets, autour d’un camion vert. Nicolas et Ludivine, tous deux éducateurs mobilité à vélo, accueillent chaleureusement les courageux venus braver le vent pour se remettre, une dernière fois ensemble, en selle. Le pas a été difficile à passer pour nombreux d’entre-eux. Les blocages et les peurs sont difficiles à surmonter mais en ce mardi après-midi ils sont nombreux à enfiler, souriants, leur gilet jaune de signalisation pour longer en bicyclette une voie verte toulousaine. C’est l’avant-dernier rendez-vous, bientôt ils seront seuls, avec leur vélo. Tout naturellement, beaucoup ne se sentent pas prêts, mais leurs instructeurs ne partagent pas leurs craintes.

 

Un cadre d’apprentissage optimal

Avant que le cours ne commence réellement, tous sont priés de compléter un formulaire d’évaluation de la formation. Chacun doit répondre à une série de questions afin que l’association puisse évaluer son dispositif. Ludivine profite du silence pour éclaircir les quelques incertitudes qui planent encore. La Maison du vélo offre, suite à cette formation la possibilité aux participants de bénéficier d’un vélo, gratuitement, pendant un an. Par ailleurs, l’association retape de vieux vélos et en propose à la vente à moindre frais. De quoi intéresser Djamila Medjahri, qui recherche à équiper toute sa petite famille. Maman de deux enfants et originaire de Toulouse, elle n’a pas appris à faire du vélo en étant petite, contrairement à sa sœur. Peut-être a-t-elle été traumatisée par une chute? Les souvenirs sont trop vagues pour détenir une certitude. Quoi qu’il en soit, elle a souhaité apprendre à faire du vélo, à 46 ans. Mission réussie. À la fin de cette formation elle sera capable, pour son plus grand bonheur de se promener à bicyclette aux côtés de son mari, de son fils de 6 ans, lequel a tout fraichement appris aux côtés de la même association et de sa fille cadette, qui devrait passer le cap au printemps prochain.

 

Un encadrement adapté au rythme de chacun — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

 

«On apprend mieux et plus vite quand on est plus petit. Ensuite on remplace cette vitalité par de la sagesse, on devient trop logique», souligne-t-elle. Ainsi, l’expérience et la bienveillance des encadrants sont d’autant précieuses sollicitations à surpasser ses peurs, car le jeu en vaut la chandelle. Les places sont limitées et réservées aux personnes touchant le RSA et fréquentant les maisons de solidarité. L’objectif et de les amener vers une forme d’indépendance, en douceur. «L’apprentissage se fait progressivement», pas question de brusquer qui que ce soit, insiste Ludivine. Accompagnée de son collègue ainsi que de Léo, jeune en service civique et de Justine, une éducatrice en formation ; elle donne les instructions. Trois groupes sont formés, correspondant aux différents niveaux de l’ensemble. L’objectif est que chacun puisse évoluer à son rythme, en confiance. Les plus expérimentés partiront avec elle, sur la voie verte. D’autres encore hésitants effectueront quelques exercices d’équilibre avec Nicolas tandis que Léo prendra individuellement en charge Fathema.

Cette Bangladaise, tout fraichement arrivée sur le sol français ne comprend que très peu le français et n’a pas pu assister à toutes les leçons, en raison de sa participation à des cours de langue. Son processus d’apprentissage a ainsi été endigué de nombreuses difficultés. Toutefois, même si elle ne parviendra pas à rouler seule au sortir de la formation, elle continue de persévérer, souriante.

 

Une mobilité libératrice

Un automobiliste klaxonne, croyant reconnaître des manifestants Gilets Jaunes— Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

 

«Il n’y aura donc pas de taux zéro échec cette fois», explique avec regret Ludivine. Toutefois, pour tous ceux qui se faufilent à sa suite, en file indienne le long de la voie verte, la réussite est totale. Concentrés, ils suivent les indications de leur instructrices et écoutent attentivement ses dernières explications quant aux règles à observer en tant que cycliste. «Quand vous passez sur un passage piéton, vous devez descendre de votre vélo et traverser à pied». Ensemble, ils récapitulent une dernière fois les panneaux de signalisation afin qu’ils puissent rouler seuls et en sécurité. En revenant à leur point de départ, la concentration laisse place à des sourires de satisfaction. Ils l’ont fait, ils peuvent être fiers. Tous ces individus qu’il y a un mois ne se connaissaient pas semblent à présent soudés. Tous sourient et rigolent. Certains se sont jetés à l’eau en premier, confortant les seconds à les suivre, par mimétisme. Ainsi, une cohésion s’est créée aux détours des cours de mécanique, de lecture de carte et de pratique. Le groupe hétéroclite se réunit une dernière fois près du camion, pour y laisser les vélos, spécialement adaptés pour l’apprentissage.

 

 

 

Souriante, Djamila revient sur les raisons qui l’ont poussé à se mettre en selle. Elle est devenue, il y a peu, secrétaire médicale et travaille à mi-temps pour un petit cabinet médical, où «le docteur vient à vélo», souligne-t-elle. Pour la mère de famille, «Se déplacer à vélo, c’est faire du sport gratuitement» et c’est une manière «écologique et gratuite» d’être mobile, ce qui représente un avantage considérable dans la recherche d’un emploi à plein temps. Il en est de même pour Mousatpha Mbaye, un Sénégalais de 45 ans. Il est en France depuis dix ans et souhaitait «devenir autonome» en faisant du vélo. N’ayant pas le permis et travaillant en restauration, ce moyen de transport lui permettra de «chercher plus facilement un travail». Avec Dina Bessalem, une jeune algérienne de 30 ans arrivée en octobre dernier en France, il revient sur les difficultés d’apprendre à faire du vélo sur le continent africain. «Il n’y a pas d’espace, pas de piste cyclables adaptées», résume-t-il. Il n’avait pas de raison ni d’occasion de s’y mettre.

 

La séance finit en beauté : l’une des participantes s’autorise une acrobatie — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Dina avait, elle, apprit en étant petite à faire du vélo avec les petites roues. Toutefois, durant la Guerre civile dans les années 90, les espaces verts algériens sont devenus inaccessibles, entérinant ainsi toute possibilité de poursuivre son apprentissage. Cela n’aura pas suffi à les décourager. Tous deux sont, dès à présent, capables de se déplacer à vélo, à leur souhait. Cette nouvelle possibilité «plus pratique et moins chère» leur offre de nouveaux horizons et surtout une nouvelle liberté.

 

/// Pour aller plus loin: « Pourquoi se déplacer en vélo à Toulouse est une bonne idée? »

Article rédigé par Charlotte Causit

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