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TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESUn huis-clos dans l’invisible violence des couples lesbiens

Pour la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le dimanche 25 novembre, le Collectif Dirt and Glitter montait sur les planches, à Toulouse, à La Chapelle, pour présenter une sublime pièce sur les violences conjugales : Elle se tut- Son silence.

Une mise en scène riche en couleur et en symbolique Credit : Assia Farnane

 

Briser le tabou des violences dans les couples lesbiens. Raconter ces cris, ces humiliations, ces violences que personne ne souhaite ni voir ni entendre. Tel était le pari ambitieux de Laurence Schnitzler, doctorante en théâtre à l’Université Toulouse II Jean Jaurès. En se basant sur l’histoire vraie commentée par Colette dans Le Pur et l’Impur des dames de Llangollen, un célèbre « couple amoureux de femmes » et du journal d’une d’elle, elle présente une fiction du quotidien de ces deux anglo-irlandaises. Issues de bonnes familles, Lady Eleanor et sa bienaimée Sarah Ponsoby avaient bravé tous les interdits du XVIIème siècle afin de vivre pleinement leur amour dans un village reclus du Pays de Galles. Toutefois, dans cette vie à deux s’installe progressivement la spirale de la violence, accompagnée d’un voile de silence. Dans la continuité du mouvement #Me too, qui fêtait récemment ses un an, la pièce libère la parole de la victime et interroge le paradigme de la violence domestique.

En ce dimanche, la nef glaciale de La Chapelle, lieu phare de la culture alternative toulousaine, est réinvestie par les comédiennes Hind Tary, Amélie Élie et Maelys Blablabla qui présentent à huit-clos le quotidien des deux amantes, rythmé par la narration de l’impitoyable Colette. Les costumes, le texte, le jeu des comédiennes, tout est minutieusement calculé, juste. Le spectateur est happé par l’histoire qu’elles racontent, par la violence qu’elles évoquent. Rien n’est montré frontalement mais, à travers la puissance de la suggestion, des coulées de peinture et de l’agencement huilé entre les monologues intérieurs de la victime, les dialogues et les interventions de la narratrice, tout est dit. Avec beaucoup d’habilité, la pièce retranscrit l’engrenage de la violence et amène le spectateur à réfléchir sur son extériorité.

 

Le silence parlant des victimes

À travers une mise en scène dynamique et colorée, le tabou est levé. Les comédiennes dévoilent toute la complexité du lien qui lie les deux femmes : amour, tendresse, jalousie, possession, domination.  La tension monte, enjolivée par la puissante voix de Janis Joplin jusqu’à ce qu’au détour d’une scène, l’ironie d’une youtubeuse crève l’abcès. Silencieuse et immobile, Sarah « n’est en aucun cas pathétique. Elle reste très digne » souligne la comédienne Hind Tary qui l’interprète. Son silence est le terreau d’un riche monologue intérieur qui jaillit sur scène tel un flux salvateur. Laurence Schnitzler avait observé que «dans la représentation des violences conjugales, le silence [était] trop souvent perçu comme une marque de faiblesse ou bien comme un acte de soumission». Son texte démystifie le silence et l’inaction des victimes et donne voix aux cris intérieurs de nombre de concernées.

Ainsi, la visite de ce cottage écossais du XVIIème siècle nous bouleverse, tant il révèle avec justesse les mécanismes obscurs des violences conjugales. Sans tomber, ni dans le pathos, ni même dans la condamnation du bourreau ou de la victime, Laurence Schnitzler réussit son pari. Elle brise un tabou et prouve, en faisant côtoyer pendant près d’une heure et demi, le sublime et le terrible, l’amour et la violence, que les couples de femmes ne sont pas exempts de violence. « Ce que je ressens pour toi, c’est bien vivant, c’est bien là, au creux de ma poitrine. Et tu me le fais payer si cher » dit Sarah.
Un coup de cœur, à voir  absolument.


Elle se tût-  Son silence
, écrit et mis en scène par Laurence Schnitzler avec Hind Tary, Amélie Elie et Maelys Blablabla revient à Toulouse au printemps prochain.

Article rédigé par Charlotte Causit

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