TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLa petite musique de vos candidats

Cet article a été publié il y a 4 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

En cette période électorale chargée, il ne vous a pas échappé que les candidatures se multiplient. Si d’aventure vous ne pouvez vous faire une opinion sur les programmes, pourquoi n’essaieriez-vous pas le critère musical ? Voici un tour d’horizon non exhaustif de nos candidats potentiels ou déclarés (et toujours en course).

 

musique candidat
Valérie Giscard d’Estaing en pleine démonstration – Image Purepeople

 

La sensibilité artistique n’est-elle pas un révélateur de l’identité ? Le choix d’un style musical ne nous permet-il pas de mieux cerner les personnalités ?

Il convient de rappeler que la musique a d’abord suscité la méfiance auprès des penseurs du politique : « Introduire en effet une nouvelle forme de musique, c’est un changement dont il faut se garder, comme d’un péril global : c’est que nulle part on ne touche aux modes de la musique sans toucher aux lois les plus importantes de la Cité » s’inquiétait Platon dans La République.

Deux millénaires plus tard, les mœurs ont évolué : « la politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique » pensait en effet Nelson Mandela. Quelque soient leurs arrière-pensées sur le sujet, nos candidats à la présidentielle traitent différemment la question des préférences musicales. Simples stratégies électorales ou véritables inclinations spirituelles ? Cela n’appartient qu’à eux. Toujours est-il que leurs goûts livrés aux médias ne sont pas anecdotiques.

 François Fillon : l’éclectisme sans renier la tradition

Ayant avoué aimer plus les Beatles que les Rolling Stones, François Fillon cultive les orientations musicales policées. Selon ses dires, son père a fait de lui un fin amateur de classique dès son plus jeune âge. Il faut noter aussi l’influence de son frère Dominique, jazzman rebelle de profession. Par ailleurs, de multiples références contemporaines témoignent d’une ouverture certaine : Pink Floyd (son premier concert), Sting (« an english man in N-Y » serait sa chanson préférée), Sonny Rollins, Pat Métheny, mais également Madeleine Peyroux, Mélodie Gardot, Jefferson Airplane et Dire Straits. Côté variété, il retient aussi quelques grands noms comme Moustaki, Brassens et Brel. Mais notre ex-premier ministre sait revenir au style légitime lorsqu’il se targue du développement du Festival Baroque de Sablé-sur-Sarthe.

Alain Juppé : la musique salvatrice (plus maintenant)

Issu d’une famille stricte qui lui accordait peu de loisirs, Alain Juppé a admis avoir vécu une enfance difficile uniquement tournée vers la réussite scolaire. Ses seuls refuges ont alors été les études et l’écoute de la musique classique. D’ailleurs, ses propositions pour la Culture en France comportent notamment le fait de développer des partenariats avec les orchestres et formations musicales pour faire intervenir les artistes dans les établissement scolaires. Cependant, on l’a déjà aperçu assister à un concert de hard-rock à Bordeaux, probablement plus par devoir municipal que réel engouement.

Emmanuel Macron : monsieur parfait

Le parcours d’enfant modèle du leader du mouvement « En marche » est désormais notoire. On parle cependant moins de son statut de pianiste émérite : il a été 3ème prix au conservatoire d’Amiens. Au-delà de la musique classique, il serait particulièrement friand d’opéra. Sinon, vous l’avez peut-être entendu chanter, non sans une certaine justesse, « l’été indien » au côté de Cyril Eldin dans le Supplément.

Jean-Luc Mélenchon : fidèle à la politique

Les préférences du candidat de la « France insoumise » s’inscrivent en cohérence avec ce slogan. Il s’est notamment dit fan de Stromae dénonçant l’emprise de la dette et du capitalisme. Il cultive également un penchant pour Jean Ferrat qui a chanté « Ma France », œuvre dans laquelle il se reconnaît par les références à Hugo et Robespierre. Plus étonnant : son admiration pour « Quelqu’un m’a dit » de Carla Bruni qui aurait été une révélation…

Arnaud Montebourg : le défi de la légitimité culturelle

Arnaud Montebourg a malheureusement été trahi par son ex-femme qui a livré à des journaux people le contenu de son baladeur mp3. Le résultat est sans équivoque auprès des tenants du bon goût : Céline Dion, Michel Torr, Jean-Pierre François et les 2be3 feraient partie de la playlist. Par ailleurs, sa chanson préférée serait « Dix-sept ans » de Claude François, à laquelle il s’identifie par son discours sur l’ambition.

Marine Le Pen : la chanson française avant tout

La candidate FN aime rappeler son amour pour la chanson française et sait l’utiliser à bon escient. On retient cette sortie vidéo où elle s’était mise à parodier « Nicolas » de Sylvie Vartan. Elle s’était aussi mise à fredonner en direct « des mots toujours des mots» de la chanson de Dalida « Paroles Paroles ». Agacée en pleine interview sur I-télé, elle a ainsi prolongé une pratique familiale débutée en 1986 par son père à l’Assemblée Nationale : « Mitterrand est roi, Chirac est sa reine. C’était pas la peine, c’était pas la peine. C’était pas la peine assurément de changer de gouvernement ». Quelque soient les motivations de ces mises en scènes, l’électorat concerné peut toujours s’identifier.

Manuel Valls : mystère entretenu

Très peu d’informations sont disponibles sur les goûts musicaux du Premier Ministre. Il y a un an, lorsque le Petit Journal lui a demandé ce qu’il écoutait, il a répondu « les albums de ma femme ». Son épouse Anne Gravoin est en effet violoniste professionnelle. Elle joue notamment dans un orchestre de chambre parisien créé en mai 2013. Notre Premier Ministre joue donc la carte de la consensualité.

(Bonus) François Hollande : la motivation par la musique

Notre président s’est un jour confié à Didier Varrod de France Inter. Il en ressort en majorité des chanteurs français qu’il raccroche toujours aux événements politiques qui l’ont marqué. « Regarde » de Barbara lui a souvent permis de se souvenir de la victoire du 10 mai 1981. Aussi, « Du Courage » de la Grande Sophie aurait été un élément moteur pour s’encourager avant les élections européennes de 2004. En outre, au sommet de sa hiérarchie personnelle figurerait Léo Férré dont les morceaux « Avec le temps » et « La mémoire et la mer » l’auraient bouleversé. Les autres artistes mentionnés sont L, Zebda, Zaz et Benjamin Biollay. La chanson de ce dernier « Sans viser personne » aurait été pour lui un signal fort de responsabilité pour réincarner une gauche perdue.

Cet article a été publié il y a 4 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Thibault Grimaldi

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