TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESRobert Baud, écologiste et candidat, pour la troisième fois

Robert Baud est le troisième candidat toulousain aux présidentielles de 2017. À 67 ans, cet écologiste convaincu se présente pour la troisième fois. Aparté a rencontré cet homme singulier, qui souhaite désormais se mettre à l’écart pour penser la politique au pluriel.

En 2012, Robert Baud a créé « L'union des candidats émergents » pour tous les « petits » candidats. (Photo Kévin Figuier)

En 2012, Robert Baud a créé « L’union des candidats émergents » pour tous les « petits » candidats — Photo Kevin Figuier / Aparté.com

 

Au loin, la silhouette de Robert Baud apparait. Une canne pour avancer, ce grand homme élancé nous ouvre les portes de son appartement dans le quartier de Soupetard. Cravate et pull violets, boucle d’oreille, cheveux longs et barbe grisonnants, il se prête à l’exercice de l’interview en fumant ses cigarettes.

Aparté.com : Quel est votre parcours ?

Robert Baud : Natif des Alpes-Maritimes, je suis un enfant de la DDAS (aide sociale à l’enfance gérée maintenant par le Conseil départemental, ndlr.), j’ai arrêté l’école à 13 ans pour travailler comme apprenti menuisier. Entre 1967 et 1969, j’ai fait l’armée. J’étais en Allemagne, je conduisais un engin, je faisais le tour de la cour d’honneur pour dépenser de l’essence afin de justifier son utilisation. Politiquement, j’ai vu où passait nos impôts, c’était du gaspillage. En rentrant en France, j’ai eu un petit souci, j’ai été pris dans une rafle de nuit avec 1.5 grammes de cannabis sur moi, j’ai fait deux mois de prison et trois ans de mise à l’épreuve. J’ai alors demandé à monter à Paris. Je me suis inscrit aux Beaux-Arts et j’ai obtenu une licence de lettres et de théâtre. À côté, je faisais deux à trois métiers par jour pour financer mes études. Restaurateur, cariste, journaliste, etc. En 1992, une neuropathie généralisée m’a cloué six mois à l’hôpital, je suis devenu invalide.

« Alors que j’étais paralysé à l’hôpital, ils ont jeté toutes mes affaires personnelles, y compris ma voiture. Je me suis retrouvé sans rien. »

D’où vient votre attrait pour la politique ? En 2007 vous êtes pour la première fois candidat à l’Élysée, pourquoi ?

J’ai eu une conscience politique relativement tôt, je voyais les problèmes et les possibilités de changements dans la société. J’ai commencé par l’associatif pour agir. En 1981, j’ai créée l’ACALMIA (Associations Culturelles d’Action pour la Libération de la Musique et des Idées Artistiques), qui existe toujours aujourd’hui. À l’époque, il y avait 5400 adhérents. En 1992 après mon hospitalisation je me suis installé dans les Pyrénées-Orientales pour continuer à aider les jeunes à travers la culture. C’était à La Sardane, un lieu limitrophe avec l’Espagne, à 1200 mètres d’altitude. Les jeunes étaient excentrés et n’avaient pas de loisirs, pas d’endroits pour se retrouver. L’association était d’abord un lieu de rencontre. Ensuite, je les aidais à s’insérer dans la vie active. Et puis en 2007, j’en ai eu marre que ne rien ne change. Alors je me suis lancé. J’avais déjà eu une expérience politique en 1974, je m’étais impliqué dans la campagne de René Dumont, premier candidat écologiste aux présidentielles.

« Depuis 10 ans et ma première candidature, rien a changé, à part le mariage homosexuel. »

Le candidat a été journaliste, il était rédacteur en chef d'un magazine de critique cinématographique « Cinéma Boulevard ». (Photo Kévin Figuier)

Le candidat était rédacteur en chef d’un magazine de critique cinématographique, Cinéma Boulevard — Photo Kevin Figuier / Aparté.com

 

Vous êtes un candidat écologiste, pourquoi est-ce que vous ne soutenez pas le parti Europe Écologie les Verts (EELV) ?

Je ne suis pas un candidat écologiste car ce thème est galvaudé maintenant. Je pense que c’est plus un état d’esprit. Quand vous voyez que seulement 15000 personnes ont voté aux primaires EELV, c’est gravissime. L’écologie est mise au dernier degré des politiques. Je pense que ceux qui sont dans le parti des Verts ne sont que des carriéristes et qui espèrent entrer au gouvernement. Moi, je préfère être sur le terrain et avoir un débat de fond. Un vrai projet de société est à faire, parce que c’est l’avenir de demain.
Je suis davantage de gauche que de droite mais je reste ouvert, je n’aime pas les classifications. Il y a des gens de droite qui ont de bonnes idées, tant que ça ne va pas à l’encontre de la vie.

« Ce qui est malheureux chez les Verts, c’est qu’ils sont constamment en scission et en désaccord sur des choses alors que le peu d’écologistes qui existent devraient s’unir. »

Donnez-nous les grandes lignes de votre programme.

Tout d’abord, penser aux énergies renouvelables. La géothermie est possible dans des régions montagneuses. La chaleur naturelle du sol permet de chauffer. Il existe des sources chaudes, l’eau est à 40°C de manière permanente et depuis des siècles. C’est une force naturelle inépuisable. Aussi, il faut utiliser les eaux pluviales pour évacuer nos excréments, et pas de l’eau potable. En plus, on pourrait créer des boulots dans la plomberie.
Ensuite, la légalisation de la marijuana et des drogues douces, ça éviterait les trafics, voire même les trafics extrémistes.
Enfin pour les jeunes, il faut créer des emplois pour des personnes qualifiées ou non. Pousser les gens à faire des études longues est une hérésie parce qu’il n’y a plus de marché. Aussi, je reste sensible à la question des séniors et des invalides, trop peu de choses sont faites pour eux.

« Créer des petits boulots, ça c’est ma marotte, quel déshonneur y a-t-il d’avoir des jeunes non qualifiés qui cireraient les chaussures ? »

Vous n’avez pas réussi à réunir les 500 parrainages requis en 2007 et 2012, où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je n’en sais rien et ce n’est pas mon but. Mettre de l’énergie pour avoir ces 500 signatures ne m’intéresse pas. Pourquoi je devrais être le faire-valoir de ces élus et inversement ? Il y a aussi la question du financement, ça ne tombe pas du ciel. Avant d’être candidat, on a trois ou quatre combats à mener. Travaillons sur le fond, sur du concret.

Robert Baud, dans son jardin, avec sa chienne Maya. (Photo Kévin Figuier)

Robert Baud, dans son jardin, avec sa chienne Maya — Photo Kevin Figuier / Aparté.com

 

Comment souhaitez-vous agir si vous n’y parvenez toujours pas ? En vous engageant au niveau municipal par exemple ?

Je vais vous dire, j’ai pris conscience d’un danger gravissime c’est l’élection de Trump. Il veut revenir sur la COP21, ça n’augure rien de bon. Je suis pessimiste pour l’écologie mais il faut que l’on soit entendu alors je continue à mettre de l’énergie dans ce combat, c’est pour la survie de l’espèce humaine. Je me retire petit à petit des présidentielles, je pense qu’il faut se réunir avec d’autres candidats pour discuter sérieusement. Je suis notamment en binôme avec Jacques Borie, c’est la deuxième fois qu’on se présente ensemble. J’ai aussi essayé de contacter Sébastien Nadot, je ne prendrai pas contact avec David Saforcada, je ne suis pas sensible au bonapartisme.

Mon équipe de campagne m’a également demandé pourquoi je ne voulais pas être conseiller municipal ou autre. Pour moi, le niveau municipal c’est que de l’administratif, je veux un changement des mentalités, des idées positives au niveau national, donc ça ne m’intéresse pas.

« Au niveau local, les politiques me connaissent et ont peur de moi. »

Quel est votre lieu préféré à Toulouse ?

J’ai un appareil auditif et le problème, c’est que partout où on se pose dans la ville, il y a du bruit. De ce fait je dirais deux lieux où je peux parler plus tranquillement. Le café-restaurant Les Américains, à Jean Jaurès et l’arrière salle du Florida, place du Capitole. C’est un des plus vieux cafés toulousains, et même si le coût est prohibitif, j’aime y aller pour le cadre.

/// Pour aller plus loin, retrouvez le dossier sur les candidats toulousains en 2017

P.S. : Si vous cherchez sur Internet, vous pourriez tomber sur des articles concernant un certain Robert Baud, fils du fondateur de Leader Price et Franprix, inquiété par la justice. Rien à voir avec le candidat à la présidentielle, il s’agit d’un homonyme.

Article rédigé par Raphaëlle Talbot

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