TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESGraphéïne, le festival d’art contemporain désinvolte

Graphéïne est organisé pour la 8ème fois à Toulouse et son agglomération (14 lieux). Le festival présente jusqu’au 8 décembre un ensemble de manifestations d’art contemporain axé autour du dessin. Petit tour d’un événement incontournable et indispensable.

One and three hats, Joseph Kosuth, 1965 –  Photo Adeline Lepretre, Aparté.com

 

En 2016 nous fêtons le centenaire du mouvement Dada, ces artistes « fous » défiant toutes les conventions et dénonçant « l’esprit sérieux » des institutions artistiques de l’époque. Le sérieux de l’art semble nous questionner encore aujourd’hui.

Le dessin se fait protéiforme et s’ouvre à d’autres médiums que le papier. Redéfinissant les frontières des arts graphiques il nous questionne sur la façon d’aborder l’art. Comment le percevoir ? Est-il réservé à une élite bobo ? Doit-il faire l’objet de règles et de conventions ? À mille lieux de la morosité ambiante, cette édition de Graphéïne répond avec fraîcheur à ces questionnements. Placé sous le signe de l’humour, de l’absurde et du jeu, le festival nous rappelle que l’art peut être à la fois sérieux et séduisant.

Accessible et ludique

À l’image de Paul Noble (exposé à l’ISDAT) qui présente avec le programmateur Philip Hennessey une borne d’arcade en 2D. Intimant le public de tester le jeu inspiré de croquis faussement enfantins, l’artiste nous plonge dans un univers absurde et aliéné. De quoi nous sortir de notre torpeur hivernale…

À l’espace Écureuil, on est accueilli comme à la maison dans un « white cube » tout neuf. Le lieu implanté au Capitole vaut bien un petit détour. L’exposition, intitulée HAD, est pensée spécialement pour l’espace culturel. Elle regroupe les travaux des céramistes Haguiko et Jean Pierre Viot.

Les formes et les couleurs des pièces de Haguiko donnent un petit goût d’enfance et de légèreté comme une dînette de poupée. Les pièces massives et imposantes de Jean Pierre Viot donnent quand à elles une sensation de stabilité et de longévité.

Comme un dessin qui prend du temps à se réaliser, on pourra observer tout au long de la durée de l’exposition, métamorphoses de la matière et impacts du temps. Cette approche ludique et contemporaine de la céramique nous fera oublier le kitschissime bol en porcelaine peint à la main par mamie !

Céramiques d’Haguiko, espace Écureuil –  Photo Adeline Lepretre, Aparté.com

 

Drôle et coloré

Descendre de son piédestal le monde de l’art, le tourner en dérision pour mieux le comprendre. C’est là la meilleure façon de l’aborder, comme nous le rappelle l’exposition  « Loft Story », de la Ciam. Dans une joyeuse confusion entre artistes contemporains et designers du mouvement Memphis des années 80, un dialogue se crée.

L’esprit de la lampe Ashoka d’Ettore Sottsass est à l’image de l’expo : anti-formaliste, pop et coloré. On ne ratera pas les fausses unes de magazine de l’inévitable Jeff Koons, auteur du gros chien gonflable en métal doré, ni l’installation du suisse John M. Armleder connu pour son cynisme et son ironie bien pensée. Loin d’être ennuyé, le spectateur applaudit le mélange des styles et des époques avec amusement.

Le philosophe français Bergson ne disait-il pas que « le rire est le propre de l’homme » ? Le travail de Samir Ramdani pourrait donner à rire ou plutôt à sourire tant le talent de cet artiste diplômé des beaux arts de Toulouse est généreux. Son intervention au BBB mêle une exposition et le film intitulé Superbe spectacle d’Amour. Dans sa vidéo, lieux toulousains et science-fiction se côtoient et se mélangent. On court voir l’expo, mais pas seulement parce que c’est le coup de cœur des Inrocks !

Dessins

Le dessin ne serait être mieux représenté au sein de cette édition du festival par le dialogue discret des deux artistes exposés au Lieu commun. Des formes géométriques dessinent des architectures imaginées, des aplats de couleurs construisent des espaces, des images recouvertes dévoilent des vérités. Le jeu de Fabio Viscoliosi et de Jochen Gerner intitulé « Canyon » nous plonge dans une rêveuse abstraction non dénuée de sens. Car après tout l’art est aussi fait pour s’évader.

 Exposition Canyon au Lieu commun – Photo Adeline Lepretre, Aparté.com

 

   // Jusqu’au 8 décembre, retrouvez le programme du festival Graphéine par ici et les lieux concernés juste en dessous :

Article rédigé par Adeline Lepretre

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