TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESAlors, à quoi ça ressemble une marche féministe non-mixte ?

Vendredi 25 novembre, une marche non-mixte était organisée à Toulouse dans le cadre de la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Une manifestation entachée de plusieurs polémiques, avant et après le jour dit. Aparté.com y a traîné ses yeux et ses oreilles, et vous raconte.

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« La nuit, je marche sans peur » — Marie Desrumaux / Aparté.com

 

Constat rapide en arrivant à François Verdier vendredi soir, peu après 19h : la marche contre les violences faites aux femmes attire du monde. Plusieurs centaines de personnes. Un effet de la polémique des derniers jours ? L’appel à manifester, lancé par une quinzaine de citoyennes, précisait que la marche aurait lieu « entre meufs (cis et trans), personnes intersexes, personnes non-binaires, mecs trans, gouines ». Les hommes cis-genre (c’est-à-dire dont le genre correspond à celui qui lui a été attribué à la naissance) en étaient bannis. Une position qui a suscité pas mal de réactions, plusieurs hommes s’étonnant de ne pas pouvoir participer malgré leur rejet du sexisme.

La non-mixité comme outil politique

« La non-mixité est un outil politique », argumente Gaëlle*, en pleine distribution de tracts à François-Verdier. « Il s’agit de se donner de la force entre soi. En tant qu’homme, tu peux être contre le sexisme, mais tu ne vas pas le vivre pareil« , précise celle qui co-organise la marche. La non-mixité est un moyen pour elles de s’auto-émanciper, de revendiquer leur liberté et de prendre leurs droits par elle-mêmes.

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Le cortège non-mixte remontant la rue de Metz — Marie Desrumaux / Aparté.com

 

Organiser une marche dans la rue, la nuit, n’est pas non plus anodin. L’objectif, c’est de se réapproprier symboliquement l’espace public, majoritairement pensé, selon plusieurs études sociologiques, pour les hommes.

Et que se passera-t-il si un homme se pointe, risque-t-il de se faire virer ? « Et oui ! L’idée c’est de lui expliquer bien gentiment pourquoi on est là. Si c’est un vrai allié, normalement, il va nous écouter, nous comprendre et partir », insiste Gaëlle. Le cas se présente quelques minutes plus tard, lorsqu’un individu au comportement visiblement imbibé par l’alcool tente de se mêler au rassemblement. « Je suis venu écouter, je suis en pleine empathie… », a-t-il à peine le temps de commencer, qu’il est vivement repoussé par un petit groupe sous les cris : « Dégage ! Dégage ! » Une personne le prend prend à part et lui explique le but de la manifestation, le convaincant de se placer en retrait.

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« Fières, vénères, pas prêtes à se taire » — Marie Desrumaux / Aparté.com

 

Vers 20h30, le cortège démarre pour un drôle de parcours. Au lieu de la traditionnelle remontée de boulevards des manifestations toulousaines, le tracé se dirige cette fois-ci vers la Halle aux Grains, bifurque dans la rue Riquet, empreinte la rue Gabriel-Péri et se termine à Jean Jaurès. « On avait prévu un parcours plus grand et plus chouette mais la préfecture ne l’a pas accepté », explique Gaëlle.

« Il va faire la vaisselle, nous on fait la révolution »

Chants et batucada féministes

Plusieurs personnes ont des paillettes sur la tête ou des loups noirs dessinés autour des yeux. Des pancartes et des banderoles ont été préparées en avance par les organisatrices. Il y a aussi de la nourriture vegan et une caisse avec de la documentation à prix libre. L’ambiance est festive, ponctuée de légers accents guerriers. Une batucada féministe donne le rythme, ça chante, ça applaudit, ça boit des bières et ça danse, sous les regards assez ébahis des passants. Vendredi soir oblige, les terrasses des bars qui jalonnent le parcours sont pleines. On réalise alors qu’il s’agit d’une population essentiellement masculines. Peu de groupes de femmes fument ou boivent à l’extérieur.

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Rassemblement féministe place Saint Aubin — Marie Desrumaux / Aparté.com

 

Première pause à Saint-Aubin. Plusieurs personnes prennent la parole, pour parler des violences faites aux femmes, de l’association Clar-T (Care, Luttes, Ateliers, Rage, Transidentités), de la prévention du sida. Une chorale féministe donne de la voix, et la marche repart en fanfare. Un peu plus vindicative toutefois à l’égard des policiers qui l’encadrent. « Les féministes détestent la police », côtoient les « Police nationale, milice patriarcale ». On remarque qu’une seule femme semble faire partie du dispositif policier ce soir.

« Nous sommes fortes nous sommes fières et féministes et radicales et en colère »

Un peu plus loin, deuxième arrêt devant le Connexion rue Gabriel Peri. « Nous sommes 400 ce soir ! », annonce quelqu’une au micro sous les applaudissements. C’est parti pour un petit quart d’heure de slam et batucada. Contrairement à ce qui a pu être dit, on n’aperçoit pour notre part pas le moindre petit bout de tampon usagé. (Un incident très localisé peut-être ?)

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Slam et batucada devant le Connexion Café — Marie Desrumaux / Aparté.com

 

Le début de la fin

Bientôt arrivée à Jean-Jaurès, la marche rencontre un premier incident, avec un policier à moto garé en travers de la route pour bloquer la circulation. Il se retrouve sur le passage de la marche et est donc rapidement pris à partie par une poignée de personnes. Ses collègues viennent rapidement l’évacuer.

« Et la rue elle est à qui ? Elle est à nous ! »

La marche se désagrège. Mais les plus motivés annoncent clairement la couleur : « Il va faire le ménage, nous on part en manif sauvage ». Direction la place du Capitole. Les tentatives de passage vers la place Wilson sont rapidement repoussées par les forces de l’ordre. Une vingtaine de personnes tambourine sur les panneaux Tisseo installés sur les allées Franklin-Roosevelt. Pendant ce temps, un groupe commence à se faufiler sur le boulevard de Strasbourg. En tournicotant autour du marché Victor Hugo et dans les petites rues, cent à deux cent personnes parviennent à rejoindre le Capitole, laissant plusieurs tag au marqueur noir sur leur passage.

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« Le féminisme n’a jamais tué personne » — Marie Desrumaux / Aparté.com

 

De façon surprenante, les policiers présents au Capitole laissent finalement passer la manif sauvage. Sans doute pour éviter les incidents aux abords du marché de Noël.

« Pas de quartier pour les machos, pas de machos dans nos quartiers  » (idem avec les fachos)

Mais un petit tour de Capitole et tout dérape. Sur le passage de la marche sauvage, un groupe d’hommes de 25-30 ans, apprenant les raisons de la mobilisation, se lance dans un concours de provocation. L’un deux commence à mimer une fellation, s’excitant de plus en plus fort. Des manifestantes s’énervent, les coups partent, un policier s’interpose et les « Police nationale, milice patriarcale » redoublent. Dans la bataille, une première personne est interpellée. Ses camarades protestent et demandent sa libération, avant de se faire copieusement gazer deux fois au visage à une longueur de bras.

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 Le cortège Place du Capitole— Marie Desrumaux / Aparté.com

 

« Police nationale, milice patriarcale »

Un groupe bat en retraite dans la rue Gambetta, direction le commissariat pour demander la libération de l’interpellée. Devant l’Hôtel de police, une autre personne est arrêtée et le reste de manifestation est dispersé. Les deux interpellées ont été libérées samedi 26 novembre.

Qu’en retenir ? Les incidents en plein centre-ville et la couverture médiatique de la marche, basée en grande majorité sur des faits rapportés et des « on dit », laissent au final un sale goût de gâchis… L’ambiance était pourtant galvanisante.

* Le prénom a été modifié sur demande de l’intéressée.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

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