TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESEn Aparté avec… Katell Quillévéré et Karim Leklou

L’ambiance est particulière en ce jeudi 13 octobre. Katell Quillévéré, réalisatrice de Réparer les vivants, son troisième long-métrage, vient présenter son film avec l’un de ses acteurs principaux, Karim Laklou. Inspiré librement du livre éponyme sorti en 2014, Réparer les vivants traite du délicat sujet du don d’organes. Tahar Rahim, Emmanuelle Seignier et Anne Dorval sont au casting.

L'acteur Karim Leklou, et la réalisatrice Katell Quillévéré devant l'affiche de son film Réparer les Vivants.
L’acteur Karim Leklou et la réalisatrice Katell Quillévéré devant l’affiche de son film Réparer les vivants

Simon, jeune surfeur de 17 ans, est en état de mort cérébrale après un grave accident de voiture. Ses parents, le choc passé et la mort dans l’âme, décident d’autoriser le don de ses organes. Au même moment, Claire, quadragénaire mère de deux garçons, attend une greffe du cœur. Si le manifeste pour le don semble ici évident, la réalisatrice se défend de tout militantisme : « On ne vous dit pas, à la fin, de donner vos organes. Le film invite à se questionner soi-même. Qu’aurions-nous fait dans une telle situation ? Pour moi, c’est important que le cinéma questionne la société ».

La transcendance et le religieux

Ce qui a interpellé Katell Quillévéré, au-delà de la question du don, c’est la part mystique d’une transplantation. Aussi la thématique de la transcendance est-elle le moteur du film. « Pouvoir faire un choix dans ce moment de drame, c’est déjà commencer à réparer. Une partie de l’autre personne survit. Finalement, Claire hérite d’un cœur amoureux : ce n’est pas anecdotique. Elle hérite de ce cœur et donne de l’amour grâce à lui. C’est quelque chose de très présent dans le film : comment le concret, le trivial de cet organe est-il relié à sa part métaphorique ? », questionne la réalisatrice.

 Le film invite à se questionner soi-même. Qu’aurions-nous fait dans une telle situation ?

Cette transcendance, elle a forcément trait au religieux, selon Katell Quillévéré, qui affirme que la chirurgie est, à la base, une affaire de transgression : « Pendant longtemps, on n’a pas pu toucher à l’œuvre de Dieu. Il a fallu des gens fous et géniaux pour inventer des choses qui nous réparent aujourd’hui ». Selon elle, « les scènes d’opération sont les plus sophistiquées à l’image. La lumière est très picturale, et il y a beaucoup de références à l’imagerie religieuse ».

Une observation minutieuse du corps médical

En vue de jouer ces fameuses scènes, les acteurs ont dû suivre une préparation intensive à La Pitié-Salpêtrière. Pendant un stage d’une semaine en chirurgie cardiaque, ils ont assisté à une greffe et à un prélèvement. Pour Karim Leklou, jouer juste était une vraie angoisse. « Ça m’a obsédé. Je trouve que c’est normal, à partir du moment où vous représentez une profession, d’exercer les gestes techniques au mieux. Imaginez, vous allez voir un film sur des footballeurs, et personne ne touche le ballon. Moi, ça me gêne ! ».

L’art du langage chez les médecins, c’est ce qui a fasciné en premier lieu Katell Quillévéré. « Comment faire pour annoncer une mort ? C’est très technique. Cette profession a une science du langage dingue. Ça m’a passionnée d’écrire ces dialogues », affirme la réalisatrice. Elle en profite pour citer son influence principale, Maurice Pialat : « Les choses les plus importantes passent par autre chose que par les mots. Ça, c’est très fort chez lui : quand on regarde ce que se disent les personnages, ils s’épuisent dans le langage, mais l’enjeu est ailleurs ».

« Qu’il y ait deux actrices fétiches de Xavier Dolan dans mon film, je n’en ai rien à foutre ! »

Quant aux petits clins d’œil au cinéma de Xavier Dolan disséminés çà et là, la réalisatrice dément toute influence. Les musiques des bandes annonces de Juste la fin du monde et de Réparer les vivants sont identiques ? « C’est un hasard complet. Je me souviens d’avoir regardé la bande-annonce de Dolan et de me dire : merde ! », s’amuse Katell Quillévéré.

Anne Dorval et Monia Chokri, présentes au casting, sont les actrices fétiches du metteur en scène québécois ? « J’ai bien découvert Anne Dorval dans Mommy. Je me suis sentie très touchée, et par ce film, et par son jeu : ça a provoqué notre rencontre. Pour Monia Chokri, c’est autre chose. C’est dans le film Gare du Nord, de Claire Simon, que je l’ai découverte. Après, quand on m’a demandé si ça me dérangeait qu’il y ait deux actrices fétiches de Xavier Dolan dans mon film, j’ai répondu que je n’en avais rien à foutre ! » s’exclame-t-elle en riant.

Réparer les vivants sortira en salle le 1er novembre 2016.

Article rédigé par Maud Le Rest

Étudiante en journalisme à Sciences Po Toulouse.

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