TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTES100taur le moderne

Si la Nuit européenne des musées a été un succès à Toulouse -la fréquentation a augmenté de plus de 40% par rapport à l’année dernière- le musée des Augustins nous a dévoilé l’artiste Nicolas Giraud, alias 100taur. Au détour du cloître, vous l’avez peut-être aperçu graffant dans la nef son dragon sombre et majestueux. Aparté l’a rencontré à l’Espace Croix-Baragnon, où il expose jusqu’au 18 juin.

R0030537

Qui observe qui ? Une créature de 100taur aux Augustins – Photo Samy Chafa

 

L’exposition « Subcultures ? » à l’Espace Croix-Baragnon regroupe les œuvres de dix artistes toulousains : Herbot, Mathieu Bourillon, Arnaud Loumeau, Kinder K, Nicolas Delpech, Benjamin Stoop, A4 Putevie, Amandine Urruty, Fräneck et 100taur. Entre culture populaire, mouvement artistique moderne et formes artistiques post-modernes, la singularité des œuvres qui s’y trouvent vaut le détour.

C’est au milieu de cet espace, face à ses peintures et ses sculptures ténébreuses et oniriques, que 100taur est revenu pour Aparté sur son parcours artistique.

Aparté.com : D’où te vient ton goût pour les monstres, où trouves-tu l’inspiration ?

100taur : C’est un mélange de tout ce qui m’entoure, notamment la culture populaire et l’enfance. J’ai tendance à garder et accumuler plein de matériaux, j’achète toujours des jouets d’enfant et je regarde au moins un film d’horreur par semaine. Plusieurs toiles viennent aussi de mes rêves. En général je laisse un carnet à côté de moi quand je dors et je gribouille dès que je me réveille. Mon travail est également influencé par la mythologie, la médecine, la science-fiction et les cartoons, pour les couleurs flashys par exemple. Et aussi j’aime beaucoup la pêche et la nature, on retrouve souvent un point d’eau ou une limace quelque part dans mes travaux.

R0030540-2

Y a du monde dans la place – Photo Samy Chafa

 

Quel est ton parcours ?

J’ai fait une année en école de communication visuelle à Bordeaux, quelques mois en histoire de l’art, puis les Beaux-Arts de Toulouse, mais je ne suis jamais arrivé au bout. J’ai continué en autodidacte, puis j’ai rencontré mon « maître à penser », le peintre et sculpteur Marc Dautry, qui m’a pris comme élève. Puis au fil des lectures et des rencontres j’ai pu monter un atelier et quelque chose à moi, qui me correspond vraiment.

100taur et ses cheveux d’or – Photo Marie Desrumaux

 

Comment définirais-tu ton travail, finalement ?

On peut rapprocher ce que je fais du lowbrow, un mouvement américain qui vient de Los Angeles, et qui s’est construit en opposition avec la culture classique, traditionnelle, pour se tourner vers la culture populaire c’est-à-dire les dessins animés, la publicité, les comics… On utilise n’importe quelle technique, et n’importe quel médium. C’est un mouvement qui est évolutif, jamais figé, même si pour moi, on reste tous finalement enracinés dans notre époque. On peut évoluer bien sûr, mais chaque artiste reste ancré dans son temps et son espace. Par exemple, plus le temps passe, plus mon travail s’imprègne de détails. Chaque travail raconte une histoire. A force d’accumuler les feuilles de papiers et les objets, l’histoire prend forme.

Le mouvement lowbrow casse tous les codes de l’art classique et pourtant tes travaux viennent de l’imaginaire passé ?

Même si le lowbrow s’oppose à l’art classique, je m’inspire des gargouilles médiévales, des monstres de la mythologie ou des icônes grecques parce que c’est une culture que je me suis appropriée. On y trouve à la fois de la science fiction et de l’heroic fantasy mais aussi des aspects plus traditionnels comme du vaudou ou des références à des croyances populaires. C’est ma mythologie personnelle. Je préfère ne pas me donner de limite, même si j’appartiens à un courant artistique bien spécifique. J’aime bien tout additionner et mélanger, c’est peut-être bien ma particularité d’ailleurs. Chacun trouvera ce qu’il veut dans mon travail.

R0030542

Les minuscules mouches contrastent avec l’immensité du dragon – Photo Samy Chafa

 

Pour ceux qui ont pu apprécier ses œuvres au musée des Augustins, vous avez peut-être été interpellés par sa sculpture avec une tête d’agneau. L’explication est pour le moins intéressante. L’idée lui est venue après avoir visionné la vidéo de l’association L-214 montrant des actes de maltraitance animale dans l’abattoir de Soule dans le Pays-Basque. Choqué, 100taur a voulu montrer l’animal dans sa position de victime, exprimant l’horreur de ce qu’il a subi, criant sa colère. L’artiste a récupéré une tête d’un agneau mort-né qu’il a empaillée pour illustrer cette violence.

100taur et Fräneck seront à Colomiers le 1er et le 2 juin pour peindre sur le mur de la maison de la citoyenneté, place du Val d’Aran. Le monde en noir et blanc et enfantin de Fräneck et celui de Nicolas vont donner un mélange intéressant. Allez-y et essayez de trouver la limace !

Article rédigé par Raphaëlle Talbot

(A)parté pas si vite !

En Aparté avec … El Gringo, (très) jeune dessinateur

Bientôt majeur, le Toulousain El Gringo publie sur son compte Instagram ses dessins axés sur …