TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESPolice partout, dialogue nulle part

Les nombreux cortèges et actions contre la loi travail et affiliés de ces dernières semaines ont vu renaître le débat sur les violences dans les manifs. Qui des « casseurs » ou des policiers frappent les premiers ? Le problème semble sans fin, tant les deux parties campent sur des positions différentes. On a essayé d’y voir plus clair hier lors de la manif’ des policiers toulousains.

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Pas contents – Photo Philémon Barbier

 

À l’appel de différents syndicats policiers, de nombreux agents de la paix se sont rassemblés, mercredi 18 mai, pour dénoncer la « haine anti-flic » dont ils estiment souffrir depuis plusieurs semaines. À Toulouse, le rendez-vous était fixé à midi devant l’hôtel de Police, à la sortie du métro Canal du Midi.

Pour rappel, les personnels de police, tout comme les magistrats judiciaires ou les militaires, ne disposent pas du droit de grève. La sécurité publique passe avant tout. Les personnes qui ont manifesté mercredi étaient donc des fonctionnaires de police au repos, en civil, encadrés de loin par d’autres fonctionnaires de police en uniforme.

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Faites le 17 – Photo Philémon Barbier

 

Côté rassemblement, par Pierre

Chez les policiers rassemblés devant le commissariat, le mot d’ordre est clair « on en a marre de la haine anti-flic ». C’est ce que répète au micro les portes-parole des principaux syndicats présents (UNSA et Alliance notamment). La profession est en plein malaise, et les agents de la paix répètent à qui veut les entendre qu ‘« on est avant tout des être humains, on a une famille qu’on retrouve chaque soir, on est pas des monstres, on est pas une milice du pouvoir ». Le ras-le-bol se ressent au sein des fonctionnaires présents sur place. Les très fréquentes actions et autres manifs, depuis quelques semaines, contre la loi travail se font souvent dans des ambiances tendues, et les slogans « tout le monde déteste la police » ou « police partout, justice nulle part » se font entendre de façon récurrente.

Le sentiment d’être haïes par une partie de la population n’encourage pas les forces de l’ordre à tenir le choc. Les beaux jours arrivent et avec eux de nombreux festivals, la fête de la musique place du Capitole, l’Euro de foot ou encore le Tour de France où la sécurité devra être maximale vis-à-vis des menaces terroristes qui pèsent encore potentiellement sur le pays. À cela se rajoute un état d’urgence qui s’éternise et qui multiplie les missions affiliées à la police. La fatigue commence donc à se faire sentir dans les rangs policiers, c’est ce qui forme le vase, la haine de plus en plus virulente envers leurs actions dans les manifs en est la (grosse) goutte d’eau. Pourtant, l’un des organisateurs explique que depuis les attentats de 2015, environ 80 % de la population  française a confiance et soutient la police. C’est le but de ce rassemblement : dénoncer le ras-le-bol d’une image qui se dégrade, appeler la population à soutenir les forces de l’ordre et appeler les politiques à ne pas rajouter de l’huile sur le feu.

Témoignages et revendications de policiers, sans casques ni boucliers :

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Le pré carré des contre-manifestants – Photo Philémon Barbier

 

Côté la contre-manif’ non déclarée, par Marie

Au moment où les policiers se rassemblent devant l’hôtel de police mercredi, une petite contre-manif’ d’une trentaine de personnes commence à s’installer un peu plus loin, de l’autre côté du canal, à quelques pas du conseil départemental. Pancartes et banderoles à la main, plusieures manifestantes au regard dissimulé derrière des lunettes noires expliquent qu’elles n’ont aucunement l’intention de dialoguer ou d’interagir avec les agents massés devant le commissariat.

Tournant ostensiblement le dos à l’hôtel de police, elles orientent leurs affiches dénonçant les « violences policières » vers la route, à l’intention des automobilistes. On y voit des photos de la BAC, des articles de loi, un trombinoscope alignant les visages de Malik Oussekine, Rémi Fraisse, Zyed et Bouna… Une bannière « la police assassine » est accrochée à un arrêt de bus.

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Punisher est de la partie – Photo Philémon Barbier

 

Mais la mobilisation est de courte durée. La BAC et d’autres policiers surgissent au bout de quelques minutes et encadrent le petit groupe avant de procéder à un relevé d’identité. Manque de bol je suis la première contrôlée. J’ai beau leur expliquer que je suis là pour Aparté (webzine associatif/étudiant/entièrement bénévole), sans la carte de presse (dont voici les conditions d’attribution) je suis fatalement considérée comme faisant partie de la manif’ non déclarée.

A côté, la plupart des manifestants rechignent à donner leurs papiers, certains se font un peu bousculer. Des membres de la BAC s’aperçoivent qu’ils figurent sur une photo collée sur une pancarte, et s’amusent à la commenter ou à reconnaître leurs collègues.

On sent de la défiance des deux côtés. Beaucoup de manifestants se refusent à dialoguer avec les forces de l’ordre qui regardent la scène d’un air impassible et même parfois narquois, surtout quand ils remarquent les drôles d’odeurs provenant du carré de pelouse jonché de crottes de chien que les manifestants sont en train de piétiner.

Puis vient le fameux « police partout, justice nulle part » scandé par le groupe de contre-manifestants, ce qui semble bien faire rire les policiers, sur le mode « on l’attendait celui-là ». C’est le moment de rendre les pancartes et de décrocher les banderoles. « Manif non déclarée, manif interdite », expliquent les forces de l’ordre, avant de préciser : « ne vous inquiétez pas, on vous les rendra ».

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Un tas de contestations – Photo Marie Desrumaux

 

Bilan : tout ce petit monde peut-il encore se parler ?

Au final, le dialogue paraît quasi-impossible entre les deux parties. On a vu un peu provocation d’un bord et de l’autre du canal. D’un côté, on dénonce sans cesse des violences policières considérées comme exagérés et des stratégies de maintien de l’ordre qui créeraient des situations de conflits, de l’autre, on met l’accent sur la haine injustifiée envers la police et la violence des « casseurs ». L’image que cela donne ressemble à quelque chose de très manichéen : des manifestants qui seraient là pour en découdre avec la police et des forces de l’ordre qui font usage d’une violence disproportionnée pour y faire face. Pourtant, en discutant avec les deux parties, le regard est souvent moins radical. De nombreux manifestants reconnaissent que les violences policières ne concernent que des cas isolés et la plupart des policiers sont conscients que les casseurs ne sont qu’une minorité en marge des cortèges. De là à dire que tout cela n’est qu’un vaste malentendu, il y a un pas que nous ne franchiront peut-être pas.

Pierre Collas et Marie Desrumaux.

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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