TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESArc-en-ciel et paillettes : la manif LGBTQI

Mercredi 16 mai, dans la soirée, plusieurs centaines de personnes ont marché dans les rues de Toulouse pour dénoncer les violences contre les LGBTQI. Le cortège a traversé la ville de la place des Carmes à Arnaud-Bernard, escorté par un important dispositif policier. Récit et florilège de slogans.

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Le rendez-vous était fixé à 20h au métro Carmes. Peu de monde sur la place à l’heure dite, si ce n’est les forces de l’ordre dont les camions se font remarquer. Les participants à la marche arrivent au gré des rames de métro. Les pancartes sortent des sacs, les banderoles se déplient, les drapeaux se déploient. On aperçoit les couleurs d’Act Up Sud Ouest, du Collectif Antifasciste du Mirail, de l’Union antifasciste toulousaine (UAT), du Strass, de la Confédération nationale du travail (CNT), de l‘Organisation communiste marxiste-léniniste – Voie prolétarienne (OCML-VP)… Vers 20h30, le cortège s’avance, c’est parti pour quelques heures de marche jusqu’à Arnaud Bernard, avec un petit crochet par Saint-Pierre et la Daurade.

« Fiers, vénères, pas prêt.e.s à se taire »

La manifestation est bien sûr ponctuée de chants et punchlines bien senties. A force de couvrir les manifs contre l’état d’urgence ou la loi travail, on commence à connaître la musique et les slogans, mais leur déclinaison à la sauce LGBTQI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexes) est tout à fait savoureuse.

Premier motif de cette marche, la lutte contre « les violences physiques, verbales, psychologiques, administratives ou étatiques » à l’encontre des LGBTQI. Les marcheurs revendiquent donc leur différence haut et fort, avec fierté et colère.

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Fenêtre sur cour – Photo Marie Desrumaux

 

« Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des fils de pute(s) »

Détournant des expressions et des insultes bien connues, les slogans se veulent délibérément provocateurs. Des militants détaillent quelques autres de leurs revendications : la légalisation de la PMA (procréation médicalement assistée) pour tous, l’égalité d’accès au don du sang – qui s’est élargie il y a peu aux homosexuels n’ayant pas eu de rapports sexuels pendant 12 mois – et la facilitation du changement d’état civil.

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« Vous n’en avez pas eu assez l’autre fois ? » – Photo Marie Desrumaux

 

« Police partout, jouissance nulle part »

Le cortège se faufile rue des Filatiers et rue Saint-Rome pour traverser ensuite la place du Capitole. Des policiers de la compagnie départementale d’intervention (CDI) précèdent et encadrent la manif’. A l’arrière, une voiture et deux camions ferment aussi la marche et talonnent le peloton. Tout semble bien se passer, les manifestants expriment une colère contenue, de nombreux curieux s’approchent et cherchent à savoir ce qu’il se passe. A un moment, un passant sort de chez lui et demande aux forces de l’ordre pourquoi la rue est bloquée. « C’est encore les pédés » entend-on quelqu’un lui répondre.

Un peu plus loin, on commence à sentir de l’animosité de la part des policiers à l’avant qui ne souhaitent pas être pris en photo (alors que rien ne l’interdit, au contraire) : « Vous n’en avez pas eu assez l’autre fois ? » « Il y a suffisamment de quoi faire derrière ! »

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En rose et noir – Photo Marie Desrumaux

 

« Les baqueux hors de nos manifs »

Arrivés à Saint-Pierre, on fait un petit tour du pâté de maison, rue des Blanchers jusqu’à la Daurade, puis retour côté Garonne par le quai Lucien-Lombard. C’est là que la marche marque un premier arrêt. On entend des invectives et des hués. Des membres de la Bac qui traînaient dans le cortège sont pris à partie et se retrouvent acculés contre les immeubles. Impassibles, ils se laissent saupoudrer de paillettes jusqu’à ce que les policiers de la CDI, désormais casqués, viennent les exfiltrer du groupe. La marche redémarre mais la tension est montée d’un cran, et la présence de policiers à motos (vous avez dit voltigeurs ?) est loin d’apaiser le tout.

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Abbey road – Photo Marie Desrumaux

 

« Ah si Marie avait connu l’avortement, on aurait pas tout ces emmerdements »

Pendant ce temps-là, Maxime Reynié, photographe pour Citizenside et Aparté, s’est fait remonter les bretelles par un policier : « Arrête avec les photos, c’est la deuxième fois que je te le dis. Je t’ai a l’oeil.  » La mise en garde est claire, et deux jeunes photographes indépendants ne pèsent pas bien lourd face aux forces de l’ordre. La marche poursuit néanmoins son cours, se permettant un petit passage devant l’église Saint-Pierre des Chartreux. La nuit est bien tombée à présent.

« Toulouse, Toulouse, on s’encule »

Soucieux, les policiers en tête de cortège prennent soin d’écarter poubelles, chaises de bureau et tout obstacle ou objet pouvant potentiellement tomber entre les mains des manifestants.

Nouveau moment de tension au niveau de la place du Peyrou, au moment de bifurquer rue de la Chaîne pour atteindre Arnaud B. Une deuxième fois, la Bac s’est fait remarquer en milieu-fin de cortège et les marcheurs expriment leur mécontentement.

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Derrière vous, la police – Photo Marie Desrumaux

 

« C’est l’orgasme final »

La marche arrive néanmoins place Arnaud-Bernard. Les organisateurs remercient les participants, et adressent des pensées aux LGBTQI emprisonnés, ainsi qu’à tous ceux qui sont décédés du sida.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

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