TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTES« Jeudi on arrête tout » (sauf les manifs)

Encore une grosse journée de mobilisation contre la loi travail, jeudi 26 mai à Toulouse. Les festivités du « Jeudi, on arrête tout » ont commencé dès 6h du matin par le blocage de nombreux axes routiers, ont repris de plus belle en début d’après-midi au moment de la traditionnelle manifestation, puis se sont terminées en échanges de projectiles, nuages de lacrymo et interpellations musclées. On refait le match.

BloccageLoiTravail-11

Waouh la belle 4L – Photo Maxime Reynié

 

Le before : blocages sur le périph’

Il fallait se lever tôt, jeudi 26 mai, pour participer à la première action de la journée organisée par la CGT ainsi que des membres de Nuit Debout et du collectif « Y a pas d’arrangement ». Répartis en grands groupes coordonnés, ils se sont débrouillés pour installer des barrages à Ponts-Jumeaux, la Roseraie, Minimes, Basso-Cambo, Ramonville et Balma. Résultat : un centre-ville calme comme un dimanche matin, des axes routiers (dont le périphérique) saturés et de gros retards.

Nuit Debout distribue du café aux automobilistes, certains sont énervés, d’autres discutent et soutiennent le mouvement… Pendant ce temps, un débat a lieu et des réactions sont recueillies sur radio FMR. Les barrages sont levés entre 10h30 et 11h, et tout le monde rentre se préparer pour la grande manif’ de l’après-midi.

BloccageLoiTravail-13

Désolé, on n’aime pas le rouge – Photo Maxime Reynié

 

Le gros event de la journée : la manif’

Vu le nombre de grévistes, la manif’ du 26 mai s’annonçait grandiose et ce qui est certain, c’est que le cortège était beaucoup plus massif que celui de la semaine dernière. 6 000 personnes pour les policiers, 20 000 pour les organisateurs.

L’événement était programmé à 14h30, de Compans Caffarelli à François-Verdier, avec un petit tour de manège autour du Grand-Rond. Comme toujours, il a fallu attendre les retardataires et que tout le monde se chauffe.

ManifLoiTravail13-3

This is the end, my only friend, the end … – Photo Maxime Reynié

 

La CGT sous son gros ballon rouge mène la danse. Le syndicat fait comprendre que le blocage du pays provient d’une minorité, une minorité composée de Manuel Valls, François Hollande, Emmanuel Macron et Myriam El Khomri.

Peu après 15h, le cortège se met en route. A l’avant, les chanteuses de la CGT balancent du gros son, sur le mode « Hollande si tu savaaais, ta réforme où on s’la met ». A l’arrière, le syndicat Sud fait, aux dires de certains, dans le genre « Clara Morgane » : « De l’argent il y a en a, où çaaa, où çaaa ? Au Pa-na-maaaaa ». On aperçoit aussi Force ouvrière, le personnel hospitalier, les lycéens, les étudiants, Nuit Debout, la CIP (coordination des intermittents précaires) , le DAL (droit au logement)… Le tout ponctué de batucada et de tambours.

ManifLoiTravail13-2

Fête de la couleur – Photo Maxime Reynié

 

Peu avant Jean-Jaurès, des manifestants encapuchonnés/encagoulés/enfoulardés se mettent à balancer des boules de verre et de peinture sur les forces de l’ordre et les vitrines de certains magasins. Rouge, orange, jaune, rose, les boucliers des policiers en voient de toutes les couleurs.

Ça commence à devenir tendu, lorsqu’à François-Verdier, ce groupe vêtu de sombre s’évapore. Le reste du cortège se divise, certains manifestants continuent jusqu’au Grand-Rond, d’autres s’arrêtent devant le monument au mort, flânant comme bien souvent sur le boulevard, sous l’œil des CRS, de la BAC, des gendarmes mobiles, des policiers…

ManifLoiTravail13-1

Femme sandwich – Photo Maxime Reynié

 

L’Aftermovie : les pommes de la discorde

Alors que tout semblait terminé et que la rue commençait à bien se vider, des manifestants qui étaient allés faire le tour du Grand-Rond (comme prévu) reviennent en fanfare à François-Verdier, et plutôt motivés pour continuer. Au rythme des tambours et percussions, ils appellent à une manif’ sauvage. Direction Jean-Jaurès donc. Mais le groupe se retrouve très vite coupé dans son élan par une rangée de camions de CRS qui clôturaient comme d’habitude la manif’ officielle.

Les manifestants invoquent leur droit de manifester, les forces de l’ordre répliquent que le parcours de la manifestation a été déposé en préfecture et qu’elle est maintenant terminée.

ManifLoiTravail13-5

Haut les mains, peau de lapin – Photo Maxime Reynié

 

Chants, parlementations, smacks, autocollants… Ça négocie dur, les CRS sont plutôt détendus, on se dit que peut-être, peut-être, ils pourraient finalement les laisser passer. Les manifestants se montrent insistants mais pacifistes, ils sont surtout soutenus par de nombreux badauds. Un groupe de 500 personnes environ se dresse donc sur le boulevard, bien encadré par les forces de l’ordre.

Mais au bout d’un certain temps, la situation se pourrit : des pommes jaunies commencent à pleuvoir sur les forces de l’ordre. Les auteurs des lancers se tiennent en retrait, ils se font huer, mais continuent.

Puis c’est la pagaille. Une grande partie de la foule fait volte-face et se met à courir vers le monument au mort où sont restés certains policiers, les premières bombes lacrymo fusent, des bouteilles en verre s’écrasent au sol, une première personne est interpellée brutalement sous les huées, un groupe se faufile rue Idrac et part en manif’ sauvage. A François-Verdier, des objets non identifiés croisent des grenades lacrymogènes ou de désencerclement, les forces de l’ordre courent ou font mine de charger les manifestants qui se heurtent à d’autres policiers. Une belle partie de ping-pong.

ManifLoiTravail13-6

Miroir, mon beau miroir – Photo Maxime Reynié

 

Plusieurs personnes sont arrêtées, les coups de matraque tombent. Dans la rue Idrac, des poubelles ont été incendiées. Déodorants ou pétards, deux explosions retentissent au moment où un policier tente de les ranger. La BAC se lance à la poursuite de la manif’ sauvage. Rue de l’Étoile une lycéenne est violemment interpellée, traînée par les cheveux. La manif’ sauvage se disperse dans les ruelles.

A François-Verdier, la tension est un peu retombée, les manifestants restants sont allés au contact des camions des forces de l’ordre en criant « Libérez nos camarades« . Du haut d’un balcon, ils sont invectivés par deux jeunes. Doigts d’honneur pour la foule, pouces levés pour les policiers, et en réponse beaucoup de cris et de vociférations.

ManifLoiTravail13-9

Par les cheveux, c’est beaucoup mieux – Photo Maxime Reynié

Bilan : un blocage routier puissant, une manif’ mobilisatrice, de la peinture, de la lacrymo et sept interpellations.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

(A)parté pas si vite !

Déconfinement: masque obligatoire, barrage filtrant et gel désinfectant dans les transports à Toulouse

[Publication: 07/05/20. MàJ 15/05/20: avec les précisions du président de Tisséo-Collectivités sur la distribution de …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *