TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESCoup de théâtre au TNT

La journée de mobilisation contre le projet de loi travail du samedi 9 avril s’est conjuguée avec le carnaval et la poursuite du mouvement Nuit Debout. Le Théâtre national de Toulouse (TNT) s’est également retrouvé sous le feu de l’actualité, occupé par le Droit au logement (DAL) et des intermittents. La représentation de Richard III a été annulée.

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La chaise vide, acte 1 – Photo Marie Desrumaux

 

C’était initialement Shakespeare et l’adaptation de son Richard III par Thomas Jolly, qui devait être l’évènement du jour au TNT. Mais le coup de théâtre est arrivé bien plus tôt que prévu, quand en début d’après-midi un concours d’acronyme a décidé d’occuper le bâtiment et sa Grande salle.

On retrouve donc sur les fauteuils et les strapontins des membres du DAL (Droit au logement) mais aussi du CIP (Coordination des Intermittents Précaires) et du MNCP (Mouvement National des Chômeurs et Précaires).

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Mesdames & messieurs, dans un instant, ça va commencer – Photo Marie Desrumaux

 

AG sous les feux de la rampe

Les 890 places de la salle sont presque toutes occupées au climax de l’après-midi lorsque, après moult péripéties, un bon groupe de manifestants obtient un laissez-passez des policiers et rejoint le TNT. Les débats ayant commencé depuis plus d’une heure, un petit résumé est fait pour les nouveaux arrivants. Les discussions tournaient jusque là autour du sujet du moment, le projet de loi travail, et surtout sur le statut des intermittents du spectacle.

Je suis une clown précaire

L’assemblée générale continue avec ses nouveaux arrivants. Les débats et les prises de paroles se font dans le calme. Le fonctionnement est le même que pour Nuit Debout : chacun peut prendre la parole et un système de signes est appliqué pour approuver (ou désapprouver) l’orateur en silence. Différence notable par rapport à la place du Capitole : ici les gens sont installés confortablement, à l’abri du froid, de la pluie et du vent, la sono est de qualité, et les temps de parole ne sont pas chronométrés.

L’essentiel des discussions porte à présent sur les suites à donner à la mobilisation. « Il faut tout occuper, lance quelqu’un, il faut qu’on bloque plusieurs endroits de la ville ». Une autre propose de détourner le cortège du carnaval pour faire brûler Madame Carnaval sur la place du Capitole. Problème : les fils électriques ne permettront pas aux chars de passer dans le centre.

Richard III : ni royaume, ni cheval

L’assemblée doit surtout se prononcer sur une chose : si l’occupation persiste, il va falloir annuler le spectacle du soir, le Richard III de Shakespeare, mis en scène et interprété par Thomas Jolly. Un évènement, une grosse représentation de 4h30, dont les réservations sont complètes depuis des mois et pour laquelle les spectateurs sont parfois venus de loin.

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C’est du Jolly – Photo Marie Desrumaux

 

Thomas Jolly lui-même et la troupe de Richard III, sont dans la salle, attentifs aux débats. Peu avant 19h, il est décidé que la représentation sera annulée. Le rideau devant se lever à 20h, l’assemblée dispose d’une demi-heure pour choisir comment accueillir les spectateurs qui ne vont pas tarder à arriver.

Le groupe décide de se diviser en deux : une partie restera à occuper la salle et l’autre ira à la rencontre du public afin d’expliquer ce qu’il se passe. Une évidence, il faut faire de la pédagogie. Les spectateurs seront donc invités à se rendre quand même dans la salle pour un moment d’échanges et de discussions. Les membres de l’équipe technique et artistique de Richard III proposent d’aller eux aussi à la rencontre des spectateurs.

Entre compréhension et profonde déception

A l’entrée du théâtre, la foule commence à se presser, stoppée dans son élan par les ouvreurs et les intermittents. Ils prennent le temps d’expliquer pourquoi le spectacle n’aura pas lieu, avec plusieurs propositions à la clef : se faire rembourser par le TNT ou obtenir une place pour une autre pièce. Le tout se fait dans un calme persistant, sur fond d’odeur de feu de bois grâce au barbecue installé devant les portes de l’établissement.

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Plongée – Photo Marie Desrumaux

 

Sur les visages et dans les mots des spectateurs, on perçoit beaucoup de déception. « Ils ont que ça à faire, venir nous embêter ! » proteste quelqu’une. D’autres se montrent compréhensifs. Des petits groupes commencent à discuter travail, mobilisation et société. Beaucoup repartent, billets et tracts à la main.

« La pièce est très connue, elle était très attendue, et c’est pour cela que l’occupation a encore plus d’impact« , explique calmement une ouvreuse. D’autant plus que la troupe de Richard III s’est jointe au mouvement, comme l’explique Thomas Jolly dans la Grande salle quelques minutes plus tard. « Merci aux spectateurs qui sont restés de comprendre que c’est un désarroi« , déclare-t-il avant de souhaiter que chacun puisse débattre et s’exprimer.

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« Richard 3 merguez steuplait » – Photo Marie Desrumaux

 

Faire converger les luttes

Très vite, un spectateur prend le micro et fait part de sa déception : « A la base je suis hyper solidaire de votre mouvement, mais pourquoi faire ça ici ? Je ne comprends pas, c’est contre-productif ! Vous auriez pu prévoir un temps avant le spectacle, mais de là à tout annuler… Je suis déçu et dégoûté… » « On est dans le même état que toi, répond un membre de la troupe, on aime le spectacle, mais on est pris dans une telle situation que je ne sais pas si on a le choix. C’est un peu comme le chômeur qui s’immole devant Pôle emploi, c’est le seul moyen de se faire entendre. »

« Aujourd’hui nous sommes tous des intermittents du travail »

Les intermittents exposent leurs revendications et leurs appréhensions. Travailleurs précaires, ils craignent que leurs droits soient à nouveau rognés lors de la prochaine négociation salariat/patronat de l’Unédic, l’organisme chargé de gérer l’assurance chômage. Afin d’éclaircir les idées des spectateurs peu familiers du statut d’intermittents, des petits films sont projetés : le Data Gueule de France 4 et Ripostes du CIP.

Au travers des prises de parole, on comprend que les revendications vont bien au-delà des indemnisations chômage et du projet de loi travail. Beaucoup de mots et de structures sont questionnés. L’important étant de recueillir le soutien de la population dans leur démarche et de fédérer les autres mobilisations, dans une optique de convergence des luttes. Déjà le 31 mars, les intermittents avaient occupé le théâtre Garonne, aidant le mouvement Nuit Debout à prendre racine à Toulouse.

Pierre Collas & Marie Desrumaux.

Article rédigé par Pierre Collas

Rédacteur en chef d'Aparté.com since septembre 2015, ex-dictateur de Good Morning Toulouse, ex-etudiant modèle à l'UT2J, ex-cycliste au GSC Blagnac. Actuellement étudiant à l'école de journalisme de Toulouse et livreur de junk food pour Deliveroo, également marathonien à ses heures perdues. Aime les hiboux et les chansons de Raphaël.

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