TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESBlocage au Mirail : une fac désertée mais pleine d’idées

Cet article a été publié il y a 6 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Les étudiants de l’université Jean-Jaurès avaient décidé de bloquer leur fac ce jeudi 7 avril 2016, poussant la présidence de l’université à annuler tous les cours de la matinée et à laisser les bâtiments fermés pour éviter «d’importantes dégradations dans les bâtiments pédagogiques». Aparté vous raconte cette journée de blocage.

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Le comité d’accueil à l’entrée de la fac – Photo Clément Gruin

 

À 8 heures du matin, le portail de la fac du Mirail est entrouvert. Quelques dizaines d’étudiants distribuent des tracts pour expliquer l’objet de leur mobilisation : le projet de loi travail, porté par Myriam El Khomri, dont ils exigent le retrait. À travers cette revendication, c’est la précarité promise par le monde du travail qu’ils dénoncent.

Le campus est vide. A l’entrée, des étudiants tiennent une buvette où ils distribuent un petit déjeuner aux militants et étudiants présents malgré la suspension des activités pédagogiques. Une présence se fait tout de suite remarquer : les agents de sécurité, plus nombreux que d’habitude, et accompagnés de plusieurs chiens de garde.

 

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Un piquet de grève bloque l’accès au bâtiment Olympe de Gouges. Pendant ce temps, les travaux se poursuivent – Photo Clément Gruin

 

Le début de matinée se déroule calmement. Sur l’allée donnant accès au bâtiment Olympe de Gouge, le piquet de grève est tenu par une poignée d’étudiants, surveillés par autant d’agents de sécurité quelques mètres plus loin. Une étudiante s’interroge sur l’intérêt de la mobilisation et sur l’impact qu’elle a vis vis des étudiants. En se plaignant de ne pas pouvoir aller en cours depuis plusieurs semaines, elle explique aux bloqueurs qu’elle est déjà dans le monde du travail. «Un système pourri comme ça, on peut même pas l’améliorer», estime-t-elle las des échecs des mouvements sociaux auxquels elle prenait part auparavant.

À l’Arche, un cercle de parole se forme. Une quinzaine d’étudiants discute et échange des idées. Ils font le point sur les dernières manifestations et confrontent leurs visions sur la meilleure manière de faire passer leur message.

 

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«Bloquons tout» – Photo Clément Gruin

 

La matinée est un peu fraiche et humide, avec quelques rayons de soleil. Sans l’affluence matinale aux horaires de début des cours, le campus est inanimé, comme laissé à l’abandon… Un sentiment étrange et inhabituel au Mirail !

Dans ce calme, comme si la matinée était suspendue hors du temps, on croise quelques ouvriers vacants à leurs occupations. Derrière les palissades, le chantier de reconstruction se poursuit, indifférent.

À 10h30, la plupart des personnes présentes ce matin-là se rendent en amphi 8 pour participer à l’AG. Seuls, restent dehors les militants qui tiennent barricades et buvettes, et les agents de sécurité. Et les chiens.

 

Le blocage reconduit

Pendant l’assemblée générale, les intervenants font part de leurs préoccupations, tant sur la loi travail que sur la société, ou encore le fonctionnement de l’université. Certains racontent leurs propres expériences et difficultés, comme une réponse aux responsables politiques qui estiment que les jeunes ne sont pas concernés par cette loi.

 

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L’AG des étudiants de l’UT2J se réunit en amphi 8 – Photo Clément Gruin

 

Une étudiante propose d’aller discuter avec les ouvriers sur le chantier de la fac, comme certains ont pu le faire dans la matinée. Eux aussi se trouvent dans des situations précaires explique-t-elle, garantissant un bon accueil à sa proposition.

Après avoir proposé de se mettre nu devant les CRS lors des manifestations («ils ne sauront plus quoi faire !»), l’intervenant suivant suggère d’organiser des buvettes devant les commissariats pour engager la conversation avec la police. «En manif’, ils ne peuvent pas discuter. Mais en dehors, certains sont prêts à le faire !» Il recueille quelques applaudissements… et des slogans anti-flics.

 

«Dans les manif’, y’a des gens qui vont traiter les flics de PD, de putes et d’enculés. Des PD et des putes, y’en a à la fac, y’en a dans les manifs… On pourrait pas trouver d’autres insultes ?»

 

Alors que 12h30 (et la fin de la fermeture administrative) approche, les agents de sécurité commencent à démonter le piquet de grève d’Olympe de Gouges. Aussitôt, une dizaine d’étudiants quitte l’AG pour s’interposer. Les agents de sécurité s’écartent et attendent leurs ordres par téléphone. L’un d’eux prévient : s’ils reçoivent l’ordre de démonter la barricade, les chiens seront amenés sur place. «Si les chiens arrivent, personne il reste ici !»

 

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Les militants ne laissent pas la sécurité démonter le piquet de grève – Photo Clément Gruin

 

Une tentative de dialogue s’engage. Une étudiante explique à un agent que ça n’est pas à eux de démonter les piquets de grève : « C’est la règle depuis des décennies. » « Et nous, on aime ça les règles ! » renchérit ironiquement un camarade.

 

«Nous, on aime ça les règles !»

 

C’est à ce moment que la présidence de l’université annonce la prolongation de la fermeture administrative pour le reste de la journée. Les agents de sécurité s’écartent, et la pression redescend sur le piquet de grève.

Pendant ce temps, l’AG se poursuit et passe aux votes. Après s’être prononcer pour le soutien au mouvement des cheminots, la tribune rappelle qu’une AG du Mirail avait déclaré la guerre aux Etats-Unis dix ans auparavant ! Elle propose un armistice, la proposition est largement rejetée par l’AG.

 

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Le vote des propositions par l’AG, toujours un grand moment au Mirail ! – Photo Clément Gruin

 

Après la reconduite du mouvement par l’AG, la présidence a annoncé dans la soirée du jeudi 7 avril la prolongation de la fermeture de la fac jusqu’à lundi matin.

Cet article a été publié il y a 6 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Clément Gruin

Je me balade souvent avec mon appareil photo. Parfois, je l'utilise.

(A)parté pas si vite !

Qui nous protège de la police ?

[#7 La photo de la semaine]

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