TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESClameur veut faire du bruit et secouer les habitudes

Tiraillé entre l’art et le non-art, le sens et le non-sens, le collectif Clameur a fait de la rue son terrain d’expression privilégié. Le but : sortir du cadre habituel et institutionnel. À l’occasion des Croisées créatives d’Aparté, Clameur se produira le samedi 9 avril au Lieu Commun, lors d’une performance d’environ 40 minutes sur les notes de l’Orchestre de l’UT1. Rencontre avec Julien, le fondateur du collectif.

11403035_1076844782344798_7380839968231252641_n

Le projet Connect II – Photo collectif Clameur

 

Julien reçoit chez lui, dans un appartement aux plafonds hauts décoré par ses soins et ceux de ses colocs. On prend place à une large table en verre, sous une installation de fils de laine façon toile d’araignée, parsemée de guirlandes lumineuses. Ancien commercial, Julien a créé Clameur il y a un peu plus d’un an, avec d’autres étudiants rencontrés en fac d’arts plastiques à Toulouse. Aujourd’hui composée de huit membres et de quelques électrons libres, l’association est de plus en plus sollicitée : une exposition au Point Éphémère à Paris dimanche 3 avril, une performance aux Croisées créatives d’Aparté la semaine d’après… Toujours, l’idée reste la même : manifester librement son opinion, en s’affranchissant des rigidités et des institutions.

Aparté : Quelle est la démarche du collectif Clameur ?

Julien : Clameur a deux lignes. C’est une asso dans laquelle on propose des projets en interne, et en même temps on répond à des appels à projet et à des sollicitations, comme avec Aparté. Notre idée à la base, c’est de s’exprimer autrement que par les institutions. On tient à être libre dans l’expression et dans la création, en sortant des réglementations et des cloisonnements habituels. C’est pour ça que l’on cherche à travailler en collaboration, que ce soit avec des artistes, des musiciens, des artisans, ou des gens des travaux publics… On veut pouvoir intégrer toute orientation professionnelle ou artistique. C’est une amorce à quelque chose de politique.

Politique, c’est-à-dire ? Par l’engagement ?

Politique dans le sens où l’on essaye de sortir du cadre institutionnel. Certains artistes vont bosser de manière philosophique alors que d’autres ont un engagement quotidien, comme les street-artists – même si je préfère parler d’artistes urbains – qui vont écrire des messages dans la rue. On est plus dans cette démarche-là, en général on essaie de travailler la nuit et de rester présents jusqu’au matin, quand c’est possible. On ne prévient pas à l’avance, on ne fait pas de communication sur nos projets en interne pour ne pas que ça devienne du marketing. C’est seulement une fois que l’évènement est passé que l’on communique pour dire « c’était nous ». La difficulté principale reste donc de trouver des lieux disponibles qui correspondent à ce que l’on veut faire. Par exemple, il y a quelques semaines, on a présenté une projection d’œils rue des Filatiers parce qu’on a eu une opportunité, une habitante était d’accord pour qu’on installe le matériel à sa fenêtre. Mais pour Connect I&II, une œuvre filaire rue du May et rue Malcousinat, on a tout fait de manière totalement imprévue.

Et vous n’avez pas eu de soucis avec les forces de l’ordre ?

Pas du tout, ils ont été très tolérants. On leur a montré le projet : « La mairie est au courant ? Non ? Allez-y ». Donc on a fait notre installation. C’était très poétique mais tout a été rapidement dégradé par le public.

« Si les Abattoirs nous faisaient une proposition, là tout de suite, on dirait non. »

Est ce que vous avez chacun des spécialités dans le groupe ?

Bien sûr. Dans le son, la peinture, le video mapping (projection sur bâtiments)… Certains vont aussi travailler sur le sens et sur le non-sens de l’art. Ce qui fait Clameur c’est cette rencontre artistique et cette possibilité d’échange. On se nourrit de nos inspirations. J’ai conçu Clameur sur l’idée « Prends autant que tu veux de moi et je prendrais autant que je veux de toi ». On n’a pas envie de fédérer des personnes qui ont une même conception de l’art.

12107856_1142867649075844_5457704650797472273_n

Projet Waste Ground – Photo collectif Clameur

 

Pour les appels à projet Clameur essaye de réfléchir en collaboration avec les autres artistes. Pour notre performance au Lieu Commun, on a travaillé avec Thierry, de l’orchestre de l’UT1. Il nous a présenté la musique qu’ils allaient jouer, principalement de la musique de chambre. C’est intéressant l’influence de la collaboration. Et puis le Lieu Commun c’est un lieu associatif, c’est totalement dans notre démarche. Tu vois, si les Abattoirs nous faisaient une proposition, là tout de suite, je serais ravi, mais on dirait non. Sauf si c’est une asso qui nous invite. On part du principe qu’il y a d’autres profils dédiés à ce type d’institution.

Qu’est ce qui vous dérange dans des institutions comme les Abattoirs ?

Ces lieux représentent l’oligarchie artistique. Nous on est plus dans l’idée de se faire subventionner par le public, même si on ne s’oppose pas aux subventions de l’Etat, à condition qu’elle servent le développement personnel de l’asso et pas l’obéissance aux contraintes d’un lieu. On ne veut pas que l’argent soit la condition de la création, on ne veut pas faire de l’art pour de l’art. Avec Clameur, on essaye de créer un langage, pas aussi précis que la parole, qui sera perçu et représenté de différentes manières.

« On essaye de créer un langage qui sera perçu et représenté de différentes manières. »

Mais du coup, vous évitez aussi ces institutions en tant que visiteurs ?

Non, bien sûr que non. La semaine prochaine, par exemple, quand on va aller à Paris pour l’expo au Point Ephémère, je ferai Beaubourg et le Palais de Tokyo. On n’a pas envie de contrer quoi que ce soit et on ne veut pas imposer notre vision. Notre intérêt, c’est de se faire entendre par rapport à ce que l’on fait. Donc on fuit les institutions, et on exerce dans des lieux associatifs et dans la rue.

Comment arrivez-vous à produire un langage commun sur vos projets ?

On travaille en labo-art pour élaborer chaque idée de projet. Si on prend la performance au Lieu Commun pour les Croisées créatives, cela représente à peu près trois mois de travail. Pendant ce temps-là, on réfléchit et on se pose des questions : pourquoi on utiliser le voile ? Pourquoi utiliser le vent ? Pourquoi cet espace-là ? Pourquoi une femme, pourquoi un homme ? La magie se fait par l’expérience du corps, de sa rencontre. En fait, on essaie d’apporter une réflexion par un aspect esthétique et artistique.

Tu parles souvent de Clameur comme d’une personne…

Parce qu’on travaille pour l’asso, pour elle, pour Clameur, pour la ligne. Clameur a sa propre singularité, qui ne correspond à aucune de nos identités individuelles. Elle se nourrit de nos visions ainsi que de nos oppositions sur nos visions de l’art, de la mise en scène… Toutes ces oppositions créent un espace d’interaction et de débat qui est constructif. Clameur  a une vocation : créer des ateliers et fédérer des artistes. Personnellement j’ai tendance à imaginer un futur pour l’asso, mais si Clameur doit s’arrêter maintenant je n’aurais pas de regret, cela aura été une expérience à un moment précis. Pour moi c’est ça Clameur, ça parle de l’instant, peu importe le sens. C’est poétique d’être inscrit à un moment, quelque part, et c’est ce que la rue propose.

> Plus de Clameur sur son site et sur son Facebook.

> Plus de Croisées créatives ici.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

(A)parté pas si vite !

En Aparté avec … El Gringo, (très) jeune dessinateur

Bientôt majeur, le Toulousain El Gringo publie sur son compte Instagram ses dessins axés sur …