TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESSade X, entre saillies et débandades

Fluides corporels, cuir et sévices. Céline Cohen, en collaboration avec Régis Goudot, était au Sorano pour jouer Sade X, un solo dans et autour de l’œuvre du marquis de Sade. Alors, montée de sève ou détumescence ? Aparté vous raconte.

La genèse du projet remonte à 2014 quand Sade s’impose à Céline Cohen alors qu’elle vit un épisode personnel difficile. «Je ne sais quoi me fait penser à Sade, me convainc qu’il faut plonger dans cette obscure lumière, aujourd’hui. Je commence à relire des textes dont j’avais gardé un souvenir physique». En 2015, les attentats font vaciller le pays et la comédienne issue de la troupe du Sorano époque Carette considère qu’il y a urgence à faire grossir «cette histoire toute petite, affreusement intime, et qui pourtant a pour unique but d’aboutir à un objet théâtral qui touchera des spectateurs» et ainsi remettre en lumière le propos de Donatien Alphonse François de Sade.

Montrez-moi ce sein que l’on ne voit pas assez

La première partie de la pièce parle presque exclusivement de sexe. La comédienne déroule à toute vitesse un numéro qui pour nous n’a pas fait mouche. Pas assez outrancier pour choquer, trop comique pour être érotique, pas assez juste pour nous faire vraiment rire (les goûts et les couleurs, une partie du public a quand même bien rit). On ne mettra pas en doute les qualités du jeu de Céline Cohen ainsi que son énergie a tenir le morceau. Elle assume complètement la nudité allant même jusqu’aux caresses intimes, fait preuve de générosité, mais le choix de mise en scène ne nous a pas paru assez clair pour nous secouer. On sent qu’on est balancé dans une hésitation, au bord d’une faille dans laquelle la comédienne hésite à se jeter, et hormis cette très belle scène où la comédienne se masturbe sur le fauteuil – qui est l’une des plus juste dans l’adéquation du texte et du jeu – on reste là coincés face à une partition qui oscille entre commentaire et one-women show. Où est passé l’érotisme du texte de Sade?

Englouti par une interprétation résolument portée par le choix du sado, seul le X de Sade semble surnager. Cette première partie se termine sur un morceau chanté qui n’apporte pas plus de lumière sur le propos du Marquis (on commence au passage à en avoir plus que marre de ce dispositif à la mode de faire chanter ou jouer de la musique à des comédiens visiblement peu préparés, procédé qui le plus souvent, au lieu de servir le propos et la mise en scène, l’abîme).

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Mais que dirait le pape ?

La seconde partie est autrement plus dense. On change de registre. Fini les chansons, le cuir, le burlesque. Les thèmes vont vers les parties plus sombres de Sade, il est question de mort, de crimes, de violence, de torture, d’infanticide. Ici, plus de galéjade, le texte prend enfin corps. C’est depuis la matrice pleine d’une femme que va se déployer véritablement le verbe, habité, inquiétant, de la véritable matière de l’écrivain, ce personnage subversif, épris de liberté, passionné. C’est à l’instant où la comédienne revêt la nudité factice de la femme enceinte que se révèle cette voix profonde, sourde, ardente, de l’écrivain tel qu’il s’est défini souvent : athée jusqu’au fanatisme. Portée par l’artefact de la grossesse la comédienne nous donne à voir la femme Sade, tantôt criminelle et terrifiée par ce qu’elle pourrait mettre au monde, qui oppose à l’existence de Dieu sa responsabilité individuelle, l’érotisme de son ventre plein, l’intimité affreuse de ses doutes et de ses choix.

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La fin de la pièce rappelle l’actualité des propos de Sade sur la religion énoncés il y a pourtant plus de deux siècles. Il y aurait sûrement encore beaucoup à développer sur le sujet mais c’est déjà l’heure de rallumer les lumières. Lors d’une ultime pirouette, la comédienne avoue ne pas avoir parlé d’un sujet cher à Sade que nous vous laissons le bon loisir de deviner (indice dans le trailer de la pièce). Aux amateurs de cet aspect de l’œuvre de Sade (comme des autres), nous suggérerons le dernier film de Pier Paolo Pasolini : Salò ou les 120 Journées de Sodome.

Hélène et Arthur.

Crédit photo Gilles Vidal : son siteson Facebook

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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