TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESÊtre une femme

Dimanche 6 mars, 20 heures. J-2 avant la « Journée internationale des droits des femmes » quand je prends mon clavier. J’ai la pression, les rédac’ chef veulent que j’écrive un truc. Il faut dire que je suis un peu la féministe de l’équipe.

Les femmes dans la rue, pas dans la cuisine

 

C’est souvent comme ça : je suis la féministe de l’asso, la féministe de la famille, la féministe de la bande, dans toutes les bandes. Et puisqu’on me demande mon avis, ça m’agace un peu. Pas d’avoir cette étiquette – que je m’auto-colle volontiers, mais que ce soit une particularité. Est-ce qu’il y a un.e anti-raciste de la bande ? Non bien sûr, ça n’aurait pas de sens, tout le monde est anti-raciste. Par contre féministe attention c’est du lourd, une seule suffit. Et pourquoi tout le monde ne serait pas féministe ? Si l’opposé de l’anti-racisme est le racisme, n’oubliez pas que l’opposé du féminisme est le sexisme.

Le féminisme n’est une question ni de goût, ni d’opinion, ni de religion, ni de sensibilité politique. Ce n’est même pas une question de genre. C’est très simplement une question d’humanisme et d’égalité. C’est considérer qu’avant d’avoir une vulve ou un pénis nous avons toutes et tous un cerveau fichu à peu près pareil, des bras (ou pas), des jambes (ou pas), des poils (ou pas). Et pour ça nous méritons toutes et tous la même considération, le même respect et les mêmes droits… Et c’est encore loin d’être gagné ! C’est pour ça que tout le monde devrait être féministe. Ce n’est pas une idée révolutionnaire, c’est ce qu’Emma Watson a dit à l’ONU (si vous avez raté son discours il est ) et que Chimananda Ngozi Adichie développe un peu plus iciAmen.

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We don’t need no thought control

 

« On ne naît pas femme, on le devient »

Pour aller un peu plus loin, demandons-nous pourquoi on observe des différences de comportements selon les sexes. La passion pour la cuisine et les aptitudes scientifiques se trouveraient-elles dans nos parties génitales ? Il y a peu de chances ! C’est un peu ce que nous disent Simone et son célèbre « on ne naît pas femme, on le devient » dans Le Deuxième Sexe : être une femme (comme être un homme) est le résultat d’un processus complexe. On l’appelle la socialisation genrée, ça commence quand on est encore un tout minuscule et insignifiant fœtus et ça continue toute la vie. C’est une suite d’apprentissages et de pressions exercées pour nous faire correspondre à un idéal-type masculin ou féminin. C’est très bien expliqué ici.

Toutefois malgré le travail acharné de la société et de ses sbires pour fabriquer de jolies princesses et de valeureux soldats, nous demeurons extrêmement différent.e.s au sein même de notre groupe de sexe. D’ailleurs est-ce qu’ils servent vraiment à quelque chose ces groupes ? Faut-il absolument couper la population en deux ? Je ne vais pas trancher pour vous maintenant, mais on peut y réfléchir. C’est ce que fait par exemple Anne Fausto-Sterling et qui est résumé ici.

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Hermaphrodite réfléchissant à l’égalité

 

On peut considérer avec elle qu’au lieu de deux sexes il y a un continuum de sexes. Tout comme il y a des gens grands, des gens petits et des gens au milieu. Des noir.e.s, des blanc.he.s, et des au milieu. C’est aussi un critère physique et objectivable. On peut ne correspondre complètement ni au sexe féminin, ni au sexe masculin. On appelle ça l’intersexuation et ça concerne environ 1 personne sur 2000 à la naissance. Chaque cas est particulier et pose de nombreuses questions. Si ça vous intéresse, pour pouvez lire ça.

Manifestation non mixte du MLF

 Who run the world ? Girls !

 

« Ne me libère pas, je m’en charge ! »

Mais alors si on est tou.te.s pareil.le.s et que le but c’est l’égalité, pourquoi certaines féministes refusent la mixité ? C’est une question qui revient très souvent et il est très facile d’y répondre. D’abord rappelons que la non-mixité n’est pas une pratique systématique et qu’elle ne signifie pas le refus des hommes dans les combats féministes.

L’idée est simple : nous, parce que nous sommes des femmes, subissons des violences et des discriminations contre lesquelles nous voulons nous défendre. Le patriarcat nous oppresse donc nous nous en libérons et nous n’avons pas envie / besoin que quelqu’un le fasse pour nous. Nous ne voulons pas qu’on nous concède gentiment des droits, nous les prenons. La non-mixité a ainsi beaucoup de sens en réunion et en manifestations : l’opprimée doit définir et combattre l’oppression sans l’oppresseur. Christine Delphy l’explique dans cet article que je vous recommande et Sophie Gourion dans celui-ci.

Moi après ma formation de Femdochi

 

Voilà pour la théorie, que je me permets d’illustrer avec ma vie : je défends la non-mixité depuis plusieurs années, parce que je suis d’accord avec ce que vous venez de lire. Il y a peu de temps je l’ai expérimentée lors d’une formation de Femdochi (auto-défense féministe) proposée par la géniale association Faire Face. Ca a changé ma vie et j’ai pris la mesure de l’importance de se retrouver entre femmes. Oui les hommes peuvent être féministes, ils le doivent. Mais non on ne parle pas de la même façon de violences sexuelles, de harcèlement ou juste de soi en présence d’hommes. Je sais ce que vous vous dites, on vient d’expliquer que ce ne sont pas des testicules qui rendent agressif… OUI MAIS : la socialisation est passée par là et elle a fait son sale boulot. Maintenant nous sommes des femmes et des hommes avec des vécus différents.

Debout, debout, debout !

Comme chaque année le 8 mars, beaucoup de bêtises risquent de sortir de beaucoup de bouches aujourd’hui. Je n’ai pas pris la peine d’épiloguer sur la Journée internationale des droits des femmes parce que j’aurais dit sensiblement la même chose que Romain Jammes ici, alors vous pouvez le lire. Je n’ai pas pris non plus la peine de développer toutes les idées soulevées ici, parce que des tas de gens l’ont très bien fait. Enfin cet article est tout à fait incomplet, le sujet est infini. Mais il m’a paru important de donner deux-trois clefs et d’entrouvrir quelques portes. J’ai choisi celles qui sont le plus présentes dans mes conversations avec mon entourage.

Par pitié n’offrez pas de fleurs aux femmes autour de vous, ou offrez-en tous les jours. A la place, lisez encore des tas d’articles et écoutez l’Hymne des femmes comme il est beau.

Sources : Flickr

Article rédigé par Camille Mathon

Ex-présidente des cocottes, féministe et végétarienne. J'explore le monde sur mon vélib le jour et les cultures souterraines la nuit.

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