TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESFan de Johnny : quelque chose de Tennessee

De retour à Toulouse pour une nouvelle date de sa tournée « Rester vivant », Johnny Hallyday ne semble pas décidé à renoncer à l’adrénaline du live. Mais comment expliquer la fidélité intacte d’un public après cinq décennies de carrière ? Nous avions posé la question à ses fans lors de son dernier concert au Zénith de Toulouse.

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Gitane au bec et moumoute en jean : qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? – Photo DR

 

En ce soir d’octobre, un vent frais glace la file d’attente qui s’étire vers les portes du Zénith de Toulouse. Parsemée de perfs en cuir et de boots cloutées, la foule attend patiemment l’ouverture de la salle. Ce soir, c’est à Johnny Hallyday qu’incombe la dure tâche de chauffer un lieu de plus de 10 000 spectateurs. Mais à recueillir les témoignages devant les grilles, il semblerait que le public soit déjà conquis d’avance.

A la fois kitsch et rock’n’roll, Johnny, c’est ce crooner septuagénaire dont les soucis de santé ne nous préoccupent que parce qu’ils nous exposent à de longs mois de nécrologie musicale. Pourtant, à entendre ses fans, difficile de mettre en doute la crédibilité d’un artiste qui continue de faire salle comble malgré des rumeurs de retraite toujours démenties.

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Vous avez dit sosie ? – Photo Samy Chafa, Aparté.com

 

Satisfait ou remboursé

« A chaque fois, c’est la même chose», nous confie Michel, 72 ans, venu spécialement de Limoges pour l’occasion. « Je dis à mes amis si ça vous plaît pas, je vous rembourse. Entre ne pas aimer Johnny et le voir sur scène, il y a une autre dimension. En trente ans de concerts, j’ai jamais rien eu à rembourser. » Si l’on assiste parfois à un concert dans l’idée de découvrir un artiste, ce n’est définitivement pas le cas des gens présents ce soir. La plupart de ceux que nous interrogeons viennent plutôt retrouver celui qu’ils n’ont jamais cessé d’écouter. Ce qu’ils attendent ? Une bête de scène infatigable dont la voix résiste au temps qui passe et pour qui le plaisir du live reste intact.

« Johnny, je t’aime, t’es un dieu »

« Il a percé plusieurs générations Johnny », nous explique Eustache, sympathique quinquagénaire venu apprécier la soirée en compagnie de son motard de neveu. Pourtant, à voir la file d’attente qui grossit, on constate que l’idole des jeunes séduit aujourd’hui des hommes grisonnants venus plutôt entre copains qu’en famille. Quelques enfants piétinent impatiemment dans le froid, emmenés par leurs papas voir la star de la télé « allumer le feu » en vrai. Peu nombreuses, les femmes sortent parfois entre elles mais sont plus souvent là pour accompagner leurs maris. « Moi j’adore Johnny mais je suis pas fan » affirme Karine, avant de désigner son compagnon comme le véritable aficionado : « Il a toute une pièce de Johnny avec la couette, les coussins… Mais ça reste dans sa chambre hein ! ». Inconditionnel depuis un premier concert au Palais des Sports en 1982, Didier a perdu le compte du nombre de dates auxquelles il a assisté. Ce dont il se souvient en revanche, c’est du jour où il a aperçu son idole à moins d’un mètre. Ce qu’il lui a dit ? « Johnny, je t’aime, t’es un dieu. »

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Cherchez l’intrus – Photo Samy Chafa, Aparté.com

 

Avec soixante-douze ans au compteur et cinquante années de carrière à son actif, il semble que  Jean-Philippe Smet n’ait toujours pas dit son dernier mot. Destroy et scintillant, fidèle et indomptable, le « fils de personne » demeure considéré comme un timide au grand cœur par la plupart de ses fans. Incarnation d’une vie brûlée par les deux bouts, beau gosse sensible et rebelle sans cause, il est ce « quelque chose d’aventure » que plusieurs spectateurs tentent de nous décrire. Mais reste-t-on insoumis lorsqu’on parade en tête des charts depuis un demi-siècle et qu’on claque la bise à Michel Drucker ?

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Johnny ? Un gars comme ça ! – Photo Samy Chafa, Aparté.com

 

L’amour et la violence

« Qu’on me donne la nuit pour que j’aime le jour » s’époumone le rockeur le plus populaire de France lorsqu’il chante L’envie. Et c’est dans cette tension des contraires que semble résider l’explication de sa légende. Cœur tendre au sang chaud, Johnny aime la bagarre, les « roulades sur scène », la sueur, le cuir et une fureur de vivre qui le tient plus de deux heures sur scène. Visiblement ému, Jean-Marie a quarante ans passés et il peine à réaliser ce qui l’attend ce soir. S’il écoute Johnny depuis qu’il est gamin, c’est la première fois qu’il va le voir en live après des mois d’économies pour se payer son rêve. Et à quelques minutes de l’ouverture des portes, il n’a qu’une peur : celle d’être incapable de retenir ses larmes.

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Rock’n’roll attitude – Photo Samy Chafa, Aparté.com

 

« Vous savez pas ce que vous avez raté ! »

Quelques heures plus tard, alors que la nuit est tombée et que les stands d’affiches s’apprêtent à faire leur plus gros chiffre de la soirée, les premiers spectateurs évacuent la salle. Le verdict est unanime : « MA-GNI-FIQUE », « trop bien, trop beau, trop tout », « merveilleux » … Les superlatifs fusent à la vitesse de la foule qui s’égrène vers le parking dans un même constat : Johnny n’a pas changé. Offrant un show de plus de deux heures, l’interprète du Pénitencier est à la hauteur de la légende qu’on lui prête. L’affection du public semble intacte, et tandis que les conversations s’éternisent dans le hall du Zénith, quelques incorrigibles optimistes se pressent derrière une grille fermée dans l’espoir de le croiser.

Parmi eux, certains seront là le lendemain pour profiter d’une nouvelle soirée en compagnie de leur idole. Et lorsqu’on se risque à demander pourquoi revoir le même show deux fois d’affilée, la réponse est implacable : « parce qu’avec Johnny, c’est jamais la même chose ».

Article rédigé par Marion Raynaud

Incorrigible excessive, j'aime les contrastes et le chocolat.

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