TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESL’élégance du ténébrion

Le chant des grillons est une des plus belles choses au monde. C’est le son des soirées d’été, sous les étoiles, quand la vie est belle et insouciante. Ça sent la nature et l’air légèrement frais qui vient alléger une journée brûlée par le soleil. Oui mais ça c’était avant. Désormais, on vous propose de les élever en batterie, de les ébouillanter et de les manger. C’est le progrès ma bonne dame.

paquet d'insecte (Marie)

Le paquet de ténébrions by Micronutris

 

L’homme est un mammifère omnivore, on le sait tous. On est capable de manger à peu près de tout (sauf le cordon bleu du RU, personne n’en est encore capable). De ce qui peut être considéré comme de la malbouffe jusqu’au respect total des animaux en passant par le compromis végétarien. Au milieu de tout ça, commence à devenir à la mode une nourriture un peu moins académique pour nos contrées occidentales : les insectes.

Du lardon au grillon

Manger des insectes. Dit comme ça, ça ne donne pas envie. Mais il y a une grande partie de l’humanité pour qui cela ne pose pas de problème. Dans pas mal de pays asiatiques par exemple, la consommation d’insectes, c’est le quotidien. Alors une bonne poêlée de larves grillées à la place du jambon-beurre, est-ce pour demain ?

Pour cela, il faudrait réussir à lutter contre nos vieilles rancœurs qui nous dictent qu’un insecte est un truc plutôt dégueulasse, qui rampe, qui a souvent plein de pattes (6, pour être exact) et qui vit par terre, là où c’est sale. Pour nous, la seule culture de masse concernant les insectes c’est Fort Boyard, avec des types qui doivent aller chercher une clef dans une cage remplie de mygales immondes ou tenter d’attraper des trucs avec les dents dans un bocal rempli de mouches (et encore les mouches, c’est soft). Alors que l’image d’Épinal de la vache, c’est une grande prairie verte du Jura où l’on peut gambader nu en se frottant aux arbres. Bref, ça fait plus rêver.

vache flickr

Quand on pense à son steak (à l’époque où il gambadait) – photo Flickr

 

La Cigale et le grillon

Avouons qu’il y a des arguments hyper convaincants à la consommation d’insectes. Le premier est écologique. Pour l’équivalent en bœuf, un insecte consommera 7 fois moins de végétaux pour se nourrir, 50 fois moins d’eau pour boire et dégagera 100 fois moins de gaz à effet de serre.

Côté nutritionnel on s’y retrouve aussi. Déjà c’est un peu moins gras (parce que le bœuf industriel, c’est quand même pas un plat de régime), et puis il y a tout un tas de nutriments très bons pour notre corps, et ça se voit à l’extérieur. Souvent consommé sous forme sèche, ils ont en plus le mérite de se conserver longtemps, et de ne pas être périmés au bout de quelques jours comme votre boîte de lardons. Mais si on en revient à ce qu’on a dit tout à l’heure, il reste comme un blocage à manger ces bestioles. Malgré beaucoup d’ouverture d’esprit, ce n’est pas très beau et pas très appétissant. Et puis quand il y en a un ça va, mais quand ils remplissent une assiette entière, ça commence à poser problème.

[l’auteur de ces lignes tient à préciser qu’il n’est pas raciste envers les insectes. Il a adoré Les fourmis de Bernard Werber et il a déjà sauvé plusieurs coccinelles de la noyade. Un mec ouvert quoi] [écraser des araignées ça compte pas, c’est pas des insectes]

Peu de gens sont encore prêts à remplacer le parmesan par dessus leur plat de pâtes par des vers de farine séchés au thym. Ce n’est peut être qu’une question de temps, grâce auquel va tout s’en va, mais le dégout, lui, a encore du mal à partir. Et puis reste une question, qui va manger ça ? Si vous êtes branché écolo et soin du corps, se tourner vers le végétarisme (ou au moins le flexitarisme) suffit amplement. Un végétarien ne va pas ajouter à son régime alimentaire des grillons grillés, et un omnivore ne va pas remplacer son steak de burger par des sauterelles. En tout cas, ça paraît peu probable. Autre problème : c’est encore très cher. Le cours du ténébrion est autour de 150€/kg tandis que la viande de bœuf se vend entre 9 et 15€/kg. Bref, c’est indéniablement moins cher et pour le moment encore très appétissant.

vers assiette vue du ciel (Marie)

« Qui en reprend ? Allez quelqu’un ? Vous êtes sûr hein ? On jette pas faut finir »

 

Qui veut goûter ?

En France, la première entreprise à commercialiser ces petites bestioles c’est Micronutris, installé à Saint-Orens, dans la métropole toulousaine. Pour le moment, la start-up élève deux sortes d’insectes : des grillons et des ténébrions. Le grillon est donc l’animal mythique de nos soirées d’été accompagnant la grillade au marshmallow. Le ténébrion est le nom chic du ver de farine, le truc immonde que j’ai personnellement élevé en 6ème pour un cours de SVT (si on m’avait dit que 12 ans plus tard j’en mangerais, j’aurais vomi).

« Les vers c’est le plus accessible, si t’aimes bien tu testeras les grillons, mais c’est plus hard » me dit-on quand je vais chercher mon petit sachet de test. Le ver de farine, après avoir été élevé en douceur en consommant de la nourriture bio, a été amoureusement ébouillanté, avant d’être grillé et assaisonné au thym. Du coup, le ver initial a bien réduit à la cuisson, c’est finalement tout petit, et avec un peu beaucoup d’imagination on peut se dire que c’est comme des chips. D’ailleurs c’est le but de la recette, les manger à l’apéro, entre deux paquets de Pringles.

Lors du test en conférence de rédaction, c’est finalement avec beaucoup d’audace que les rédacteurs et autres photographes se lancent dans la dégustation entre deux bières pas fraîches. Sans hésitation, n’écoutant que leur courage, mes confrères & sœurs mâchent avec application. Verdict : à part quelques visages pas très serein au moment de l’entrée en bouche, l’expérience n’est finalement pas si déroutante. Petite déception générale quant au goût. En fait il n’y en a pas, c’est seulement la saveur du thym qui fait surface. Si vous aimez les chips au thym et que vous êtes ouvert d’esprit : ce produit est fait pour vous.

grillon flickr pittou2

Beau à croquer – Photo Flickr

 

Le ver final

Manger des vers (et je ne parle pas de lire du Molière) reste un truc à tester. Rien de foufou, mais ça vous fera un sujet de conversation pour votre prochain repas de famille.

Les insectes risquent de rester dans nos cuisines quelque chose de plutôt marginal. Une sorte de complément alimentaire un peu plus funky que la levure de bière à saupoudrer sur sa salade. Les produits dérivés à base de farine d’insectes (biscuits & cie) passeront quant à eux probablement plus facilement la frontière culturelle, et c’est tout ce que l’on souhaitent aux jeunes entrepreneurs qui se lancent dans l’aventure de la commercialisation d’insectes. En espérant que personne ne se retrouvera fort dépourvu, quand le tofu fût venu.

Quand je fais découvrir des insectes à mes collègues (allégorie)

PS : si vous voulez plus de photo,  on vous invite à suivre Micronutris sur instagram, miam miam.

PS² : on est pas là pour balancer, mais la présidente d’Aparté elle même s’est défilée lors de la dégustation. À quand le véritable courage de nos dirigeants ?

Article rédigé par Pierre Collas

Rédacteur en chef d'Aparté.com since septembre 2015, ex-dictateur de Good Morning Toulouse, ex-etudiant modèle à l'UT2J, ex-cycliste au GSC Blagnac. Actuellement étudiant à l'école de journalisme de Toulouse et livreur de junk food pour Deliveroo, également marathonien à ses heures perdues. Aime les hiboux et les chansons de Raphaël.

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