TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESInside les Victoires de la Musique Classique à Toulouse

Aparté est passé de l’autre côté du petit écran pour les Victoires de la musique classique, retransmises en direct sur France 3. Venez, lisez, j’ai testé l’envers du décor mercredi 24 février, à la Halle aux Grains, lors de la soirée animée par l’élégante Claire Chazal et le captivant Frédéric Lodéon.

Victoires de la musique 2016 - ONCT - Tugan Sokhiev, Claire Chazal, Frédéric Lodéon - crédit Patrice Nin
L’Orchestre National de Toulouse, présenté par Claire Chazal et Frédéric Lodéon – Patrick Bernard-Quentin Salinier / Bestimage

 

Arrivé à la Halles aux Grains sur les coups de 20h, c’est parti pour le show. Bon évidemment, on n’est pas venu pour choper, la moyenne d’âge est très élevée. Musique classique oblige. Une fois rentré dans la salle, on découvre un somptueux décor composé de panneaux brillants et miroitants. Les fauteuils du public sont disposés en quinconce et chaque place a trouvé preneur. Au centre, un parterre glamour et très télévisuel. Imaginez-vous, le sol et le bureau qui accueillent les présentateurs sont épurés et dessinent des formes géométriques modernes, mais on n’est pas loin du disco non plus.

Une courte mise en place …

Le chef des techniciens explique au micro-casque des consignes à l’adresse du public. Il conseille de ne pas faire la « Ola » par souci technique. Oh mince, j’étais chaud ! On ne sait jamais avec un public trop excité par l’effet produit par un concerto. Bref, pendant ce temps Claire et Frédéric, présentateurs stars, se sont avancés et s’échauffent au micro. Frédéric teste la foule qui répond chaleureusement. Contrairement à un concert de l’Orchestre National de Toulouse habituel, imaginez que se tiennent aux alentours de la scène une foule de techniciens, assistants, câbles, choses. Quand tout le monde est prêt, le chef annonce le décompte. Tout est plongé dans le noir, on entre dans la télé.

… et la soirée commence

Et c’est avec un extrait du Boléro de Ravel que la soirée commence, Claire Chazal s’avance à pas feutrés, à l’aise sur la musique. Elle nous a confié lorsque nous l’avons croisé à la rencontre presse qu’elle aime particulièrement Mozart et Schubert. Elle est suivie par Frédéric Lodéon.

« Claire, a toujours donné de l’importance aux sujets culturels » – Frédéric Lodéon, lors de la conférence de presse

À l’occasion des Victoires de la Musique, des artistes sont donc sélectionnés pour être ensuite départagés par le public. Et là, voici la première qui entre en lice. Elle est jeune, frêle et sautillante. C’est Lucienne, 17 ans et trompettiste. Elle joue un mouvement du concerto pour trompette de Joseph Haydn, ce compositeur qui écrivit 101 symphonies. Pour les néophytes, Mozart s’arrêta à sa 41e, la plupart des autres compositeurs sont morts en composant leur 9e. Mais voilà, la concurrente de Lucienne  pour les nominations entre sur scène.

Illustration durant la soiree des Victoires. 23 eme ceremonie des victoires de la musique classique le 24 Fevrier 2016 à Toulouse. Patrick Bernard-Quentin Salinier / Bestimage

Camille Berthollet interprète la B.O de La Liste de Schindler – Patrick Bernard-Quentin Salinier / Bestimage

 

Camille Berthollet fait son apparition, violon en main et habillée d’une incroyable robe rouge qui se marie avec ses longs cheveux de feu. Là, la cérémonie a commencé à tourner Hunger Games, du grand show télévisuel ! Elle joue la bande originale de La Liste de Schindler, une musique signée John Williams… Si si vous le connaissez c’est le type qui a écrit la musique de Star Wars, Harry Potter mais aussi Jurassic Park. Autant Lucienne avait sorti la carte joie de vivre, autant Camille a choisi un morceau beaucoup plus tragique. Dans les deux cas, ça s’est fini par les applaudissements chaleureux du public.

« À Toulouse même les mémés aiment la castagne« 

La soirée continue. Quand on est dans l’envers du décor, on se rend compte que même à la télé nationale, il y a les aléas du direct. Les digressions de Frédéric Lodéon apportent d’ailleurs beaucoup à la soirée, parfois c’est une info méconnue, bonus pour notre culture musicale, parfois c’est une réplique qui tue : « À Toulouse même les mémés aiment la castagne« , grosse référence à Claude Nougaro. Et question répliques qui tuent, il s’y connait Fred’, citant les Tontons Flingueurs : « C’est du brutal ».

Le rugby, le canard, Airbus et … l’orchestre !

Avant la première remise de prix, l’Orchestre National de Toulouse interprète le dernier mouvement de la 5e symphonie de Tchaïkovski. C’est le moment où l’on peut apprécier la qualité de l’ensemble toulousain. Frédéric nous a livré en mini-aparté sa vision de l’Orchestre National de Toulouse : « chaleureux, fracassant, avec un son très français ». Les musiciens ne se laissent même pas perturber par le petit chariot-caméra qui coupe l’orchestre entre les vents et les contrebasses, et fait des petites navettes pour filmer entre les rangs. Bien joué R2 !

La trompetiste Lucienne Renaudin-Vary recoit sa victoire de revelation soliste en compagnie de Claire Chazal et Frederic Lodeon. 23 eme ceremonie des victoires de la musique classique le 24 Fevrier 2016 à Toulouse. Patrick Bernard-Quentin Salinier / Bestimage

Lucienne Renaudin-Vary reçoit sa Victoire de la révélation, encadrée par Claire Chazal et Frédéric Lodéon – Photo Patrick Bernard-Quentin Salinger / Bestimage

 

Et le winner is

22h, les nominations commencent. Il y a donc Lucienne la trompettiste dans la catégorie Révélation. C’est ensuite à la mezzo-soprano Elsa Dreisig de recevoir la distinction dans la catégorie chant. Là, les deux présentateurs se sont fait peur, la musicienne annonce avec une voix tremblante mais déterminée qu’elle ne compte pas user de son temps de parole pour faire des remerciements. « Je ne me soumettrais jamais ! » dit-elle. Référence à Emma Watson lors d’une conférence aux Nations Unies ? On ne sait pas trop, show must go on.

La légende Menahem

La soirée est donc bien entamée, mais le meilleur arrive. La Victoire d’honneur est remise à Menahem Pressler, un vieux monsieur né en 1923, il a commencé sa carrière de soliste au piano à la fin de la seconde guerre mondiale. C’est ce soir que je le découvre, dans cet environnement post-moderne. Car pas moins de six caméras tournent autour de lui alors qu’il joue une mazurka de Chopin. C’est comme un souvenir qui remonte lentement à la surface. Il y a la steadicam, cette impressionnante caméra articulée, fixée à un homme et qui semble être son prolongement. Elle danse avec une souplesse incroyable avec la musique, tournant autour du piano.

Victoire d'Honneur à Menahem Pressler pianiste en plateau avec Claire Chazal Lors de la 23 emes cérémonie des victoires de la musique classique 2016 dans la salle de la Halle aux Grains de Toulouse le 24/02/2016 Patrick Bernard - Quentin Salinier / Bestimage Exclu

Conversation entre Claire Chazal et le pianiste Menahem Pressler, en anglais, s’il vous plaît ! – Patrick Bernard-Quentin Salinier / Bestimage

 

Mais même entourée de toute cette technologie, la musique de Menahem est plus forte, quand après avoir traversée le XXe siècle pour nous parvenir, elle emmène toute l’audience avec elle. Après la dernière note, Claire va à sa rencontre. « Wi no zat you loveu zis taune, (Toulouse) wai ? », « I came to Toulouse many years ago, before your father was born ! […] » Plein de malice, drôle, le pianiste raconte des anecdotes et trahit son origine allemande en laissant échapper un « Entschuldigung ».

Jouer du piano assis

Arrive ensuite Adam Laloum, il n’obtient pas la Victoire mais Aparté lui donne pour sûr son vote. Son concerto n°23 de Mozart est au top. La mélodie est très rythmée et nous tient au fil de la narration, de plus il est en parfaite symbiose avec l’orchestre. Pour finir, Ildar Abdrazakov un chanteur basse russe, interprète l’Air de la Calomnie, extrait du Barbier de Séville de Rossini, et termine dans une cadence finale (ponctuation d’un morceau en musique classique) majestueuse. Ah non c’est pas lui … Mince ! ça ne s’arrête pas là, ils se sont sentis obligés de rajouter la Marche militaire de Radetsky composée par Strauss père, faisant figure sur ce coup de Patrick Sébastien avant l’heure. À ce moment, on ne fait pas le figurant modèle et on évite de taper les mains en rythme pour le générique.

Bonus

Voilà, nous sommes passés à la TV, bonne expérience et super musique du coté des pianistes, mais voici encore quelques des bons moments de la soirée :

• Quand dans la file d’attente on me file un tract pour une croisière chantante sur un paquebot. 1 300 €. On préférera le kayak, chantant ou pas.

• Le vote pour les nominations par hashtag sur Twitter, efficace pour ne pas faire voter les vieux. Appliqué aux élections ça pourrait réduire le vote FN ? Peut-être…

Vous pouvez retrouver les prestations des artistes ici, ainsi que l’émission de Frédéric Lodéon entre 16h et 18h sur France Musique du lundi au vendredi .

Article rédigé par Pablo Dornier

Musicien des heures tardives à Toulouse, chroniqueur musical sur un malentendu à Aparté, rider en cuir sur fixie. Tout ce qui est subversif me plaît et inversement, Ô capitaine, mon capitaine !

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