TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn Aparté avec… Laurène, popnographiste

STREET – Peut-être avez-vous déjà croisé ces derniers mois les collages espiègles du « Popnographe » dans les rues de Toulouse. Derrière cette fusion de la culture pop et du graphisme se cache Laurène, une artiste de 26 ans. Elle recouvre les panneaux d’affichage de la ville avec des personnages de dessins animés et une belle dose de bonne humeur. Rencontre à visage dissimulé.

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« No boobs, no glory », le perfecto tagué de Laurène – Photo Marie Desrumaux

 

C’est par un vendredi après-midi baigné de soleil que l’on retrouve Laurène à la terrasse d’un café, à quelques pas de la basilique St-Sernin. Chignon blond en danseuse, chaussures crantées dorées et sweat constellé de Mickey, la street artiste de 26 ans ressemble à ses collages : lumineuse, drôle, sympathique, imprégnée par la pop culture, et une attention pointilleuse aux détails. Depuis octobre 2015, elle met en scène des personnages de dessins animés – avec une préférence pour l’écurie Disney – sur les panneaux d’affichage libre de Toulouse. Dessins ou montages, Laurène imprime ses créations en grand format et va les coller ici ou là quand l’envie lui prend.

« Je dois avoir 8 ans dans ma tête » rigole-t-elle quand on lui demande d’où lui vient son goût pour La Petite sirène, Bugs Bunny, Daisy ou encore le banquier du Monopoly. « J’aime utiliser des symboles qui peuvent paraître naïfs ou régressifs pour dire des choses graves » ajoute-t-elle plus sérieusement. Comme pour tourner en dérision les OGM de Monsanto, ou répandre de l’amour et de l’humour après les attentats du 13 novembre à Paris.

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« So tell me what you want, what you really really want » – Photo Marie Desrumaux

 

Ses affiches interpellent. « Certaines peuvent provoquer des réactions, d’autres sont plus symboliques », commente Laurène. On peut passer à côté en coup de vent, ou au contraire prendre le temps de réfléchir au(x) sens et aux détails. Cette ambivalence apparaît dans le nom de son projet, le « Popnographe ». Une trouvaille de son meilleur ami, et une parfaite synthèse entre les influences pop et les graphismes de Laurène, avec un petit truc en plus : « Si on lit vite, on peut se demander s’il y a bien un ‘P’ », sourit-elle.

De la haute couture chez Dior aux «Reines du Shopping» chez M6

En ce moment, ses affiches semblent évoluer vers un style différent, plus éloigné de la pop culture, plus proche du dessin de mode. Rien d’étonnant à cela : au-delà des collages, Laurène a une courte – mais impressionnante – carrière de styliste derrière elle. « J’ai eu la chance de faire mon stage de troisième chez Dior, en haute-couture » raconte-elle. «Une sacrée claque, à 14 ans!».

Plaquer ses idées sur les panneaux d’affichage libre lui permet de renouer avec la créativité et la légèreté. Tout en changeant de support. « Je ne voulais pas vandaliser des espaces qui ne sont pas à moi, tout en ayant envie de m’exprimer », justifie-t-elle. L’envie, aussi, de se réapproprier des espaces souvent pris d’assaut par les réclames et les publicités.

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Mickey & Daisy : passion personnages Disney – Photo Marie Desrumaux

 

En tournant les pages de son book, d’un collage à l’autre, on s’arrête sur un montage mettant en scène Daisy, en train de défiler devant une nuée de commentaires malveillants : les « Reines du bashing », une caricature des «Reines du shopping». Laurène a travaillé pour l’émission il y a quelques mois, comme «repéreuse». «Il y a des assistants d’assistants chargés de sélectionner les boutiques en fonction de chaque candidate et du thème de la semaine», explique-t-elle. Idem pour les salons de coiffure et de maquillage. Passée de l’autre côté de l’écran, Laurène reconnaît que les candidates sont réellement médisantes entre elles. Mais aucune info sur la reine des reines Cristina Cordula. « Je ne l’ai jamais vue en fait, elle ne passe pas souvent aux studios » précise la styliste.

La Reine des neiges en couv’ de Libération

Le milieu de la mode revient en filigrane à travers ses collages. Comme dans la série « Instadram », une version gentiment moqueuse d’Instagram. « C’était à une période où je n’en pouvais plus de voir tout le temps les mêmes choses sur mon fil d’actu » se souvient-elle. « Je follow beaucoup de gens de la mode, des mannequins, des stylistes, des photographes… Mais je ne savais plus qui était qui sans regarder le pseudo ».  Singularité manquée, volonté de se conformer ? « Les gens essaient de se singulariser mais inconsciemment ils prennent les mêmes photos » estime-t-elle.

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De mille feux – Photo Marie Desrumaux

 

Une autre de ses séries de collages s’appelle « Presse’isément ». A chaque titre de journal ou de magazine correspond une illustration ou un personnage, selon ce que lui inspire le nom, en dehors de toute ligne éditoriale. Les résultats sont aussi drôles (Elsa de La Reine des neiges pour Libération, Peter Pan pour le magazine de pop culture Complex), que surprenants (un Johnny Bravo version hipster barbu pour Lui). Féministe, Laurène ? Un peu, oui. « J’ai du mal à comprendre qu’en 2016 certaines femmes ne soient pas prises au sérieux, et qu’elles n’occupent pas la même place que les hommes », souligne-t-elle, « mais je ne me considère pas non plus comme une féministe pure et dure ».

Les panneaux d’expression libre lui offrent en tout cas une véritable vitrine pour afficher ses idées et pour s’engager, comme lorsqu’elle a appelé les moins de 35 ans à aller voter aux dernières élections régionales. Peu importe si ses collages sont vite recouverts par d’autres affiches. Ce côté éphémère et l’anonymat inhérents au street art lui plaisent bien.

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Les Unes de presse à la sauce dessins animés – Instagram Popnographe

 

Après la mode, Laurène songe maintenant à devenir coach de fitness. Elle souhaite cependant que son « Popnographe » reste un espace de liberté et de créativité.

Au moment où nous nous levons, le gérant du café s’approche. Il a capté des bouts de conversations et aimerait jeter un œil au travail de Laurène. Affaire à suivre, mais il est très probable que les collages de la « popnographiste » sortent de la rue pour s’afficher aux Gourmands de Saint-Sernin

Son Instagram ici. Son Facebook .

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

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