TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn Aparté avec Laurence Tubiana, négociatrice principale de la COP 21

Avec sa double casquette de diplomate et de championne pour le climat, Laurence Tubiana est au cœur de la maîtrise du réchauffement climatique. Elle était de passage à Toulouse le 3 février, pour donner une conférence à Sciences Po. L’occasion de revenir sur son rôle de négociatrice, de faire le bilan de la COP21 et d’envisager le futur de l’accord international sur le climat adopté le 12 décembre dernier.

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Laurence Tubiana dans l’amphi Bodin de l’IEP de Toulouse – Photo Marie Desrumaux

 

Carré de neige et petite voix fluette. Laurence Tubiana n’en impose pas par sa stature, mais son sens de l’écoute et sa capacité à s’adapter à son interlocuteur impressionnent. Des qualités de diplomate indispensables pour son rôle de négociatrice principale de la COP21. Près de deux mois après la fin de la conférence sur le climat, qui s’est tenue du 30 novembre au 12 décembre 2015, à Paris, elle commence tout juste à prendre un peu de recul sur cette expérience.

Nommée en juin 2014 par le gouvernement, Laurence Tubiana a préparé pendant près d’un an et demi ce rendez-vous majeur pour l’environnement. L’accord international adopté à la fin de la conférence a été largement salué par les chefs d’État et les ONG. Et pourtant ce n’était pas gagné. Elle avoue en toute franchise qu’elle s’attendait à être déçue : “Avec des collègues, avec les ONG, nous nous étions préparés mentalement à ce que nos propositions soient rejetées.” La plupart ont finalement été adoptées, rendant l’accord de Paris historique. Il s’agit d’un “grand tournant” affirme la négociatrice.

2015, l’année de tous les records

L’ampleur du succès de la COP21 tient à sa “capacité à s’appuyer sur une volonté universelle”, souligne Laurence Tubiana face aux élèves en sciences politiques. L’accord était plébiscité tant par les gouvernements que par la société civile.

Les objectifs sont simples : « changer la représentation des pays sur ce qu’il est possible de faire » et « faire converger les anticipations »

Pour la diplomate, la réussite de l’accord de Paris est imputable en grande partie aux leçons tirées des désillusions du protocole de Kyoto de 1997 : la plupart des grands pays, comme les Etats-Unis ou la Chine qui avaient validé le texte ne l’ont pas finalement jamais appliqué et les négociateurs s’étaient heurtés à la difficulté de trouver un principe de justice (comme : faut-il laisser les pays émergents rattraper les niveaux d’émission des plus gros pollueurs ?).

 “On a vu très vite que les contributions des pays ne mettaient pas sur la bonne trajectoire”, reconnaît Laurence Tubiana

La négociatrice principale de la COP21 et son équipe ont donc adopté une méthode différente de celle de Kyoto. Avec deux idées en tête : Changer la représentation des pays sur ce qu’il est possible de faire”, et “faire converger les anticipations”. Des dialogues se sont noués, avec les gouvernements, mais aussi avec les ONG et les entreprises.

L’année 2015, la plus chaude depuis des décennies, a aussi démontré la nécessité d’agir vite et de mettre en place des mesures efficaces. Malgré tout,  “on a vu très vite que les contributions des pays ne mettaient pas sur la bonne trajectoire”, reconnaît Laurence Tubiana. En effet, les engagements déposés par chaque pays pour réduire les émissions de gaz à effets de serre ne permettaient pas de limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2°C d’ici 2100, et encore moins sous les 1,5°C. “D’où la nécessité d’inscrire dans l’accord que ce n’est pas assez, et d’intégrer un mécanisme de révision” ajoute la diplomate.

“Pour faire perdurer l’esprit de la COP 21 il faut jouer sur tous les tableaux et mener une politique d’agitation. « 

L’accord sur le climat négocié à Paris prévoit ainsi la révision des engagements des pays par cycles de 5 ans, qui démarreront en 2023. C’est à dire dans 7 ans, le temps de laisser les pays dessiner leur plan de développement à long terme. Mais, selon Laurence Tubiana, certains signaux sont déjà passés au vert, et les objectifs pourraient être relevés plus rapidement.

Et après ?

Les enjeux post-COP21 sont le maintien de la mobilisation politique et l’accélération des décisions d’ici 2020. “Pour faire perdurer l’esprit de la COP 21 il faut jouer sur tous les tableaux et mener une politique d’agitation, explique Laurence Tubiana.

C’est dans le cadre de son rôle de championne du climat que Laurence Tubiana pourra l’exercer. Cette toute nouvelle fonction, créée à la demande des petites îles, lui permettra de rencontrer les différentes parties de l’accord pour s’entretenir avec eux sur leur avancées. “Il est important de se mobiliser pour demander ‘où en êtes-vous ?’ ou encore ‘qu’avez-vous déja fait ?’”, commente la négociatrice.

“La transparence est le centre de gravité de l’accord”

Nommée par Laurent Fabius le 29 janvier, elle perçoit ce rôle comme celui d’un “super-ambassadeur”. Laurence Tubiana a établi des priorités pour mener à bien cette mission. “Je vais particulièrement me concentrer sur la question des financements privés, et sur celle des énergies renouvelables en Afrique” confie-t-elle. Elle rencontrera aussi régulièrement le champion du climat marocain, afin de préparer la COP22 qui se tiendra en novembre 2016 à Marrakech.

Le respect des engagements étatiques se fera également sous la surveillance de la société civile, fortement mobilisée lors des négociations. “La transparence est le centre de gravité de l’accord”, déclare Laurence Tubiana. “Les gouvernements n’ont pas d’autres options. C’est la diffusion d’informations qui permettra  l’honnêteté” conclut-elle.

Elle pense d’ailleurs rédiger un ouvrage avec des collègues  sur les conclusions de la COP21.

Mélanie Volland et Marie Desrumaux.

Article rédigé par Mélanie Volland

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