TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESEn Aparté avec… Hanna Schygulla

CINÉMA – Le 23 février se clôturera la rétrospective de la cinémathèque de Toulouse consacrée à Rainer Werner Fassbinder, décédé en 1982. Ce vendredi, Hanna Schygulla – qui compte à son actif plus d’une vingtaine de collaborations avec le réalisateur – viendra présenter Le Mariage de Maria Braun, film emblématique de Fassbinder et du nouveau cinéma allemand. Aparté a eu la chance de rencontrer la muse du cinéaste.

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Hannah Schygulla dans Avanti – Crédit photo : commeaucinéma.com

C’est une Hanna Schygulla jardinière qui décroche le téléphone. « J’ai les mains pleines de terre, vous pouvez me rappeler dans dix minutes ? », demande-t-elle avec un charmant accent allemand. Dix minutes plus tard donc, la conversation est engagée. Avant même de commencer l’interview, l’actrice s’enquiert du nom du journal et de sa signification. « Ah, un aparté, c’est quand quelqu’un parle tout seul au public ? C’est joli », conclue-t-elle l’air rêveur.

Hannah Schygulla, 72 ans, parle avec enthousiasme de ses derniers coups de cœur cinématographiques, Naomi Kawase et Amy Berg en tête – admettant qu’elle est impatiente d’aller voir le nouveau Danny Boyle [Steve Jobs, ndlr]. L’actrice embraye sur sa dernière visite à la cinémathèque de Paris, qui organisait une rétrospective de l’œuvre de Sharunas Bartas« un cinéaste lituanien que je ne connaissais pas du tout », concède-t-elle. Pour elle, aller régulièrement au cinéma, c’est essentiel. « C‘est si simple d’y aller ! Il y a toujours une magie qui se crée, là, dans le noir », dit-elle avec malice.

La poésie avant tout

Hanna Schygulla est aussi poète à ses heures perdues, même si elle n’essaie pas le moins du monde de se mettre en avant. « Je ne suis pas de celles qui lisent une heure de poésie par jour. Quelques lignes me suffisent », avoue l’actrice. Pour elle, la quintessence de la poésie portée au cinéma, c’est Élégie de la traversée d’Alexandre Sokourov : « c’est un voyage, un récit qui traverse la mer, un peu comme une peinture ». Ce film, où le réalisateur évoque ses souvenirs d’enfance, l’état de la société du début des années 2000 et l’Allemagne, est un pur chef-d’œuvre pour Hanna Schygulla, qui « ne pense pas que toutes les scènes du film soient prévues, en un sens ».

Quand on lui demande quel film de Rainer Werner Fassbinder elle choisirait pour tenter de conquérir la jeune génération, elle répond sans détour Le Monde sur le fil, un long métrage de science-fiction sorti en 1973. « Le film dépeint un monde virtuel, qu’on ne peut presque plus distinguer du réel », explique-t-elle, une sorte de fascination dans la voix. Récemment, Hanna Schygulla a rencontré des jeunes de l’université américaine de Paris pour leur parler du Mariage de Maria Braun, film emblématique de Fassbinder dans lequel elle tient le premier rôle. Les étudiants, selon elle, ne connaissaient pas grand chose à l’univers du cinéaste, mais « ils ont quand même accroché », dit-elle tendrement. Elle l’explique par le caractère singulier du film, susceptible d’attirer l’attention des plus jeunes : « il est à mi-chemin entre le mélodrame et le film d’amour ».

Fassbinder en question

Quand on lui parle du réalisateur qui l’a mise sur le devant de la scène, Hanna Schygulla reste directe et pragmatique. « Comme toujours chez lui, il y a une contradiction, il n’y a jamais une seule vérité », assène-t-elle sans trop s’attarder. La mélancolie qui émane de ses films ne l’a jamais gagnée, ou très peu. « Quand je tournais pour lui, j’étais en plein dans la puberté, j’étais dans une vraie joie de vivre », explique-t-elle. Selon elle, Fassbinder n’était pas quelqu’un de joyeux. « Je dirais qu’il était excessif. C’est l’homme le plus contradictoire que j’aie pu rencontrer dans ma vie », avoue Hanna Schygulla avant de se taire complètement. On l’a compris, Rainer Werner Fassbinder a été pour elle plus qu’un simple cinéaste, il a été son cinéaste.

Toutes les infos sur la rétrospective dédiée à Rainer Werner Fassbinder sont disponibles sur le site officiel de la cinémathèque de Toulouse.

Article rédigé par Maud Le Rest

Étudiante en journalisme à Sciences Po Toulouse.

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