TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESBig up au Juste Debout

Samedi dernier, Aparté est allé admirer la crème de la crème du hip-hop, dans l’un des hauts lieux du street art toulousain, à l’occasion des pré-sélections du Juste Debout, seul battle mondial de danse debout. Avalanche de sensations assurée !

Dancehall. Photo-Pablo Tuppin

Dancehall – Photo Pablo Tupin-Noriega

 

Bien à l’abri sous les parpaings industriels de l’Espace Cobalt, temple de l’art urbain, QG d’hipsters et d’artistes, nous en avons pris plein la vue devant les performances artistiques et l’ambiance phénoménale se dégageant du Juste Debout.

Cet événement est l’un des plus gros battles de hip-hop organisé dans le monde, réunissant 4 000 danseurs sélectionnés à la suite d’une tournée mondiale de deux mois. Afin de contrecarrer la légitimité du break dance, c’est la seule compétition mondiale où les danseurs ont l’obligation de rester debout. Et pour la première fois, le Juste Debout a posé ses valises à Toulouse grâce à Brissy Akezizi et Antho Bar, professeurs de danse et interprètes.

Sur le son des Swiiitch se dégageant du micro de Nasty, speaker dans les plus grands battles mondiaux, et sous les bass de DJ Yugson (cliquez), DJ MasterWill ( cliquez) et du toulousain funky style DjKris (cliquez), Aparté était dans la place au cœur d’un public surexcité et assoiffé d’applaudissements retentissants.

Toyin, jury dans la catégorie House. Photo-Mélanie Volland

Toyin, jury dans la catégorie House – Photo Mélanie Volland

 

Un Jury hors-pair, recruté parmi le gratin international du Hip Hop

Assis aux premières loges, juste devant la scène, au milieu d’un melting-pot de spectateurs chauds-bouillants, nous sommes directement immergés dans l’ambiance. Les jurys, en majorité des femmes, ne sont pas prêtes à se laisser dépasser par ce milieu très genré.

D’entrée, CIO, Niki, Dey Dey et Toyin mettent le feu par une performance technique incroyable. De quoi mettre la pression aux danseurs des catégories Lockin, Hip-Hop, Popping et House !

Nasty clame ensuite de sa voix roque l’ouverture d’une nouvelle catégorie : le Dancehall. Les danseurs sont jugés cette année par l’extraordinaire Dafné Bianchi, membre du crew Scandalize et Dirty Lab, issue de la formation Juste Debout School et demi-finaliste du Just Dancehall en 2014. Animal est aussi de la partie, grand gagnant du Just Dancehall de 2014 avec son binôme Steddy.

Un duo du tonnerre, vraiment  « Faat » comme dirait Nasty !

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Performance de CIO, jury de Locking – Photo Mélanie Volland

 

De big up en big up pour des performances à couper le souffle

Chaque danseur doit se présenter en binôme, avec son crew. Dès le premier duo de Popping de La Smala, les danseurs pèsent dans le game. L’équipe d’Aparté n’arrive même pas à les départager ! Les prouesses s’enchaînent, les corps vibrent et se déchaînent. La rage de gagner et l’énergie positive emplit la salle, se transmet au public. Nous percevons le stress et la détermination des artistes. Au moment de la décision des jurys, une seconde de pression nous envahit.

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Aparté en prend plein les yeux – Photo Mélanie Volland

 

Après le suspens, le réconfort : nos danseurs préférés finissent en finale ! Dernier quart de finale avant l’entracte, la catégorie Dancehall fait monter le thermomètre d’un cran. Les quatre équipes sont toutes plus que déterminées à gagner et à réaliser des prouesses techniques pour mettre à terre leurs adversaires.

Derrière ce flow de sensations presque magiques, le public semble conquis. Finalement, après trois heures de set up acharnés, Karl et Mwen remportent la finale en Dancehall, Karlos et Serge Lopes en House, Yudat en Hip Hop, Strange Lockers en Locking et Illias et Ayoub en Popping sous les big up fracassants des spectateurs !

Une vie rythmée par la passion de la danse

Au delà de la compétition, c’est bien la passion du hip-hop qui régit la vie des danseurs. Aparté est allé rencontrer quelques-uns d’entre eux durant leur échauffement.

Ils s’appellent Les Imposteurs, ils ont la danse dans la peau et dans l’âme. Chris alias Bestiole nous explique que cette passion est venue naturellement, « je danse depuis 13 ans », raconte-t-il. Ce battle représente pour lui plus qu’un challenge mais lui permet, avec son binôme de repousser ses limites et de se poser des défis. Leur échauffement : « danser, tout simplement ! »

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Le crew des Imposteurs – Photo Mélanie Volland

 

Pour réussir dans ce milieu, il faut être déterminé, comme dans la vie, note Dafné Bianchi, membre du jury. « Si tu te décourages et que tu abandonnes dès que tu n’arrives pas à enchaîner une choré ça ne sert à rien, il faut continuer à se battre », souligne-t-elle lors du workshop. Pour elle, la danse est une manière de faire parler ses émotions par le corps, bien plus qu’une performance artistique et technique, la danse est un mode de vie et d’expression : « parfois quand je n’arrive pas à exprimer mes émotions fortes par la parole, je les exprime par la danse » explique-t-elle.

« Si tu abandonnes dès le début, tu n’avanceras pas, il faut continuer de se battre même si l’on n’y arrive pas pour pouvoir progresser » – Dafné Bianchi

 

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Performance de La Smala – Photo Mélanie Volland

 

Au delà du battle, un monde solidaire et uni

Derrière le spectacle, nous nous rendons rapidement compte que le hip-hop est une véritable famille, unie et solidaire. A la fin de chaque set up, les crews se félicitent. Nous apercevons dans les regards à la fois du respect envers les adversaires et une sincère empathie. A l’entracte, tous les danseurs improvisent même un cours de danse avec les enfants présents dans le public. Les tensions qui pourraient naître entre les crews ne sont visiblement pas de la partie.

L’entraide quant à elle est bien présente. Dans cet univers, chacun se nourrit et apprend de l’autre. Une minute de silence est même dédiée à une ancienne danseuse après la pause, preuve de la solidarité qui unit les membres de ce milieu.

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Les danseurs en plein échauffement – Photo Mélanie Volland

 

Tous les ingrédients étaient donc au rendez-vous : danse, passion, émotions, technique, sourires et grosse ambiance pour un véritable show à l’américaine (beaucoup mieux que Sexy Dance). Un battle qui nous transmet la passion de la danse et nous donne une seule envie : danser all the night !

C’était « doux dé » (#Brissy Akezizi ), c’était loourd !

La finale du Juste Debout se déroulera les 4, 5 et 6 mars à Paris-Bercy (rebaptisé AccordHotelArena).

La Juste Debout School, meilleure école de street dance en France à Paris, ouvrira ses portes à Toulouse en septembre et organise des auditions à partir du mois d’avril. Plus d’infos ici.

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Article rédigé par Éva Battut

Journaliste en herbe, je touche un peu à tout. Je m'intéresse plus particulièrement à la culture urbaine et aux sujets de société autour des migrations, du féminisme et des mouvements sociaux.

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