TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESMobilisation aux Pradettes : «on ne veut pas devenir le nouveau Mirail»

Cet article a été publié il y a 6 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Samedi 23 janvier, environ 200 personnes se sont rassemblées sur la place des Pradettes pour protester contre des projets de construction. Ils craignent une « ghettoïsation » de leur quartier pavillonnaire, situé à l’est de la métropole de Toulouse. Ils ont des idées et demandent à être entendus.

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200 personnes se sont regroupées sur la place des Pradettes  – Photo Marie Desrumaux

 

Partir du centre-ville, franchir le périph’. Emprunter des allées de petites maisons pavillonnaires alignées sagement les unes à côté des autres. Se garer sur la place des Pradettes. Il est 10h45, le ciel est grisonnant, l’air est calme. Le collectif des Pradettes a appelé à un rassemblement de protestation sur la place décagonale, bordée d’un côté par une route, et de l’autre par des places de parking. « Urgence aux Pradettes. Pour la défense du quartier !! Contre les permis de construire des 1, 3, 5 et 7 chemin du Fourtou !! » peut-on lire sur les guirlandes de pancartes qui entourent le petit groupe en train de se former au centre de la place.

« On ne peut pas parler avec l’urbanisme »

Nathalie, la petite cinquantaine, est venue « défendre le quartier et s’insurger contre la densification à outrance ». La densification à outrance ? Wikipédia considère pourtant Les Pradettes comme un des quartiers les moins denses de la métropole toulousaine… La raison du mécontentement : en moins de 5 ans, les petits immeubles à trois étages ou quatre étages ont poussé comme des champignons, détruisant au passage des maisons individuelles spacieuses, implantées depuis des décennies dans le coin. Certains de ces projets ont été imaginés par concertation entre les habitants et la mairie, comme les 448 logements au nord de la place des Pradettes. Mais pour d’autres, les citoyens n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer. C’est le cas du projet du chemin du Fourtou, qui prévoit la démolition de quatre maisons, pour y construire 86 logements neufs. Le quartier grandit, la population enfle, et certains habitants craignent la perte de l’équilibre socio-économique.

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« Les Pradettes, c’est chouette » – Photo Marie Desrumaux

 

« Depuis 3 ans, nous ne sommes pas entendus par la mairie, explique Malik Beldjoudi, le président du collectif des Pradettes. On ne peut pas parler avec l’urbanisme ». Crée il y a 25 ans, ce collectif est « une association de toutes les associations » du secteur, il regroupe environ 2 000 adhérents, parmi les 10 000 habitants que compte le quartier. Il organise des évènements culturels et sert d’intermédiaire entre la population et la mairie de Toulouse.

« On ne veut pas devenir le nouveau Mirail » – Marie, 34 ans

Parmi les 200 personnes venues sur la place des Pradettes, ce samedi de janvier, beaucoup adhèrent au collectif. Tous, surtout, refusent d’assister à la construction  de petits immeubles, à une uniformisation de la population et à la transformation de leur quartier en ghetto. « On ne veut pas devenir le nouveau Mirail », explique Marie, 34 ans.

Dernier bus à 21 heures

Beaucoup de manifestants soulignent le manque d’infrastructures. « Le quartier est sous-équipé en transports et en écoles » ajoute Marie. Anouk et Renaud, qui louent une maison à quelques pas de la place, se déplacent uniquement en vélo et en transports en commun. « Il faut prendre le bus n°8 jusqu’à Basso Cambo, puis le métro » explique Anouk. « Ça demande du temps et de la patience, c’est un mode de vie » sourit Nathalie un peu plus loin. Le problème, c’est que le dernier bus passe à 21 heures. Pourtant, « aux Pradettes il n’y a rien pour sortir, souligne Renaud, on est obligé d’aller dans le centre de Toulouse ». Comment faire alors pour boire un verre ou assister à un concert quand on n’a pas de voiture ?

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Des guirlandes de pancartes pour clôturer la place – Photo Marie Desrumaux

 

« Dans le centre-ville de Toulouse, tout est propre, clair et net, il y a beaucoup de ressources, reprend Renaud. Mais il n’y a pas de réflexion sur le vivre ensemble en périphérie » déplore-t-il. Pour Monique, « il ne faut pas uniquement construire des grands bâtiments, il faut occuper ces nouveaux logements et développer les moyens de transport, les parkings et le nombre d’écoles ».

Classé zone de sécurité prioritaire

Tout cela ne rend pas le quartier très attrayant. D’autant plus que les Pradettes se sont retrouvées sous la lumière crue des médias, il y a bientôt an, pour des histoires de délinquance. « Les commerces ont fermé », se souvient Nathalie. « Et si les commerces disparaissent, le quartier ne sera plus qu’un endroit où l’on vient dormir après le travail » ajoute-t-elle en jetant un regard aux magasins qui encerclent la place. Des boulangerie, un opticien, un boucher, des banques, des cafés… Pour les habitants, la place des Pradettes constitue véritablement le poumon social et commercial du quartier, l’endroit où l’on peut se croiser, faire ses courses ou se rassembler…

« Nous refusons la peur » – Malik Beldjoudi

« Il y a 3 ans, c’était un bac à chien », raconte Malik Beldjoudi. « Maintenant tout a été refait, les squatteurs ne se sentent plus très bien, car il y a beaucoup de gens sur la place, ça emmerde les clients » estime-t-il, dans une allusion assez limpide aux trafics de drogue qui existent dans le secteur. En 2015, le quartier est devenu une ZSP, une zone de sécurité prioritaire.

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Malik Beldjoudi, le président du collectif des Pradettes – Photo Marie Desrumaux

 

Malgré tout, comme le souligne Malik Beldjoudi, aucun policier n’était présent aux abords de la place au moment du rassemblement. « Nous refusons la peur », insiste-t-il. Le collectif promeut des solutions concertées et adaptées à la sociographie du quartier. Beaucoup de manifestants souhaitent conserver la mixité sociale des Pradettes, et éviter que des les habitants des nouveaux immeubles se replient sur eux-même.

Des jardins partagés, un centre de réinsertion et un village écologique

Afin d’empêcher le projet du Fourtou d’aboutir, plusieurs habitants ont déposé des recours devant le tribunal administratif de Toulouse. Le collectif envisage aussi de porter plainte, arguant que la signature des permis de construire est perçue comme un préjudice moral pour certains habitants. Mais le conflit se règlera peut-être bientôt, puisque trois membres du collectif vont rencontrer samedi 30 janvier le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc et Annette Laigneau, adjointe à l’urbanisme.

Devant une boulangerie, Jacques, membre de la commission urbanisme du collectif, fait signer une pétition aux passants. « Si nous ne sommes pas entendus par la mairie, on lancera un contre-projet, explique-t-il. On ira lever des fonds sur Internet, on rachètera les bâtiments aux promoteurs et on proposera notre propre projet d’urbanisme». A la place des 86 logements du chemin du Fourtou, le collectif envisage de mettre en place des jardins partagés et un centre de réinsertion et d’économie sociale et solidaire, ainsi qu’un mini village écologique composé d’une vingtaine de logements. « Le premier contre-projet urbain et citoyen » conclut Malik Beldjoudi dans un grand sourire.

Cet article a été publié il y a 6 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

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