TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESDes sous-sous dans la popoche de la culture

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Du biff et toujours du biff. C’est le nerf de la guerre comme on dit… Aparté s’est rendue jeudi 10 décembre à la DRAC pour assister à une table-ronde autour de la question : « vers une autre économie de l’art et de la culture ? », organisée par cinq étudiantes de Sciences Po Toulouse. Immersion.

programme

Imaginez-vous un monde sans culture… Disparition des acteurs, des musiciens, des plasticiens ou des artistes en général. Ne plus avoir le choix qu’entre une émission grand public de TF1 ou des DVD déjà vus des dizaines de fois pour combler ses soirées de fin de semaine. Bye bye les sorties théâtre entre amis, les festivals, les concerts au Bikini et les escapades au musée des Abattoirs. Finies la création, l’imagination, la rêverie, l’émancipation. Et j’en passe ! Bref, l’Apocalypse.

Assez angoissant comme perspective, je vous l’accorde. A y croire, on se prendrait presque pour Winston Smith dans 1984. Prisonnier d’un quotidien sempiternellement invariable que l’on aspirerait à transformer, en vain. Et pourtant, c’est ce qui pourrait advenir si la culture n’était plus considérée comme indispensable pour la vie en société, et qu’on décidait de ne plus la financer.

Heureusement, 5 supers nanas (Nostalgiiiiie), dans le cadre d’un cours de Master 2 « Sociologie politique des représentations et Expertise culturelle » à l’IEP de Toulouse, se sont proposées d’organiser dans l’auditorium de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC pour les connaisseurs), une Table-ronde sur les différents financements allouables à la culture. Elles s’appellent Louisa, Barbara, Clémence, Allison et Marianne, et veulent dédier leur vie à la culture. Leur visage (photographie à imprimer pour autographe) :

 

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Allison, Barbara, Clémence, Marianne et Louisa dans l’auditorium de la DRAC Midi-Pyrénées.
Photographie © Yves Bartlett

 

L’intérêt de l’initiative était de « faire venir des gens de l’extérieur » comme le souligne Louisa, de ne pas se contenter d’une « présentation basique en classe de type exposé ». Malgré leur regret de n’avoir atteint qu’un public majoritairement étudiant, Allison se dit « hyper contente » du projet, et au vu de l’excitation générale, ce sentiment semble avoir été partagé par toutes.

Au programme :

– Présentation des intervenants.
– Discussions autour de 4 thèmes.

Thème 1 : Dynamique de transformation des politiques publiques culturelles : vers une culture perçue comme un bien économique.
Thème 2 : Le développement de partenariats de toutes natures fait-il partie intégrante de cette autre économie de la culture?
Thème 3 : Une nouvelle organisation du champ économique culturel se dessine-t-elle au travers de la désintermédiation?
Thème 4 : Difficultés et perspectives concernant le financement de la culture.

– Échanges avec le public.

Portrait des intervenants :

Maïwenn Aubry : Elle est l’initiatrice d’un formidable projet qu’elle a imaginé avec deux autres camarades (Cathy Thiam et Stéphane Souclier) : le Café Plùm. Situé à Lautrec dans le Tarn, le Café Plum a ouvert en août 2010. Il regroupe un café restaurant, une librairie indépendante de proximité et une salle de spectacle programmant de nombreux concerts, du théâtre, des contes, de la danse, du cirque, des projections, etc. Un véritable lieu d’éducation populaire invitant à développer une sensibilité artistique ouverte sur le monde. Voir le site : http://www.cafeplum.org/

Pierre-Jean Dupuy : Adjoint au directeur régional Laurent Roturier à la DRAC. Chargé des relations extérieures, des Métiers d’art, des Maisons des Illustres, des VPAH, des Langues de France et du mécénat.

Eric Fourreau : Fondateur des éditions de l’Attribut en 2004, Eric Fourreau est le concepteur et le rédacteur en chef de la revue NECTART. Éditeur, il est aussi auteur et consultant en ingénierie culturelle après avoir occupé des fonctions de conseil au sein de Toulouse métropole.

François Gurtler : chargé de développement au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse. Il est chargé d’articuler les projets de l’établissement avec ceux des partenaires privés ou publics. À noter : a un penchant plutôt assumé pour les girafes.

Que retenir de cette table-ronde ?

Il paraîtrait que de nouvelles possibilités de financement s’ouvrent au domaine de la culture et des arts : le mécénat (bon ça existe depuis quelques milliers d’années, il ne s’agit pas vraiment d’une idée neuve), le financement participatif par internet – ou crowdfunding pour se la jouer plus cool (déjà plus nouveau bien que le principe de financement communautaire existe depuis le XVIIIe siècle dans le domaine des actions de charité) – et l’économie sociale et solidaire (ESS).

A l’heure où la culture est sacrifiée sur l’autel de l’austérité, où le communautarisme menace le Contrat social, où la culture de masse devient hégémonique, il est plus que temps d’élargir les budgets de la culture, et à défaut de financements publics, il faut bien trouver d’autres solutions…

C’est ce qu’ont fait nos quatre intervenants. Maïwenn Aubry a décidé de faire de son café spectacle une « société coopérative d’intérêt collectif ». « Nous sommes dans une logique économique particulière qui est celle de l’économie sociale et solidaire » nous confie-t-elle. Pour elle, il faut se méfier des raccourcis : « on n’est pas forcément dans une logique capitaliste ou anticapitaliste, […] plein de choses s’inventent, nous sommes dans un monde complexe et ce dont on doit être vigilant, c’est la finalité d’un modèle économique ». Le café Plùm est mis à disposition des artistes gratuitement pour des résidences et pourtant la structure dans son entièreté est économiquement rentable. L’un n’empêche pas l’autre. Pour autant, les partenariats et les aides publiques sont indispensables à la survie de ce type de structures, elles permettent de garantir « une exigence artistique ». Il est également important pour elle que les élus locaux témoignent de leur soutien en faveur de ce type de projet. Le soutien ne doit pas seulement être financier mais aussi moral.

 

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Les intervenants, de gauche à droite : Eric Fourreau, Maïwenn Aubry, Pierre-Jean Dupuy, François Gurtler.
Photographie © Yves Bartlett

 

Pour Eric Fourreau, « les logiques libérales ont investi les champs de l’art et de la culture […]. Les métropoles et les régions sont dans une compétition internationale entre-elles ». L’entreprenariat culturel – dans lequel il se retrouve – permet selon lui de développer des emplois et de mener une activité économique sur un territoire donné. Le financement participatif ne doit pas pour autant se substituer aux aides publiques puisque ces dernières permettent de garantir une sécurité d’emploi et de salaire aux acteurs culturels.

François Gurtler a lui opté pour le mécénat participatif. Les dons des PME et des particuliers ont permis à la ville de Toulouse de se doter d’une girafe naturalisée. La grande classe ! Pour lui la culture doit être « utile », elle a des intérêts économiques et sociaux, elle est un « ciment social », d’où l’importance selon lui que chaque citoyen s’investisse dans des projets culturels financièrement ou en participant aux décisions des institutions publiques ou privées.

Pierre-Jean Dupuy trouve « dramatique » le fait que la culture « s’inscrive dans un panorama de plus en plus économique ». Il insiste sur l’importance du « mécénat de compétences » (technologiques, de personnels, etc.), qui se rapproche plus d’une logique de partenariat et qui peut parfois être plus valorisant pour les entreprises, selon lui, que le mécénat financier.

Verdict Aparté : on ne peut que saluer cette belle initiative. Regrettons cependant le peu de communication faite autour de cet événement qui aurait pu intéresser bien plus de personnes, notamment des acteurs culturels qui auraient certainement nourri le débat.

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Elodie Lebeau

Étudiante en Master 2 d'Histoire de l'art à l'Université de Toulouse 2 - Jean Jaurès. Adore câliner les arbres à mes heures perdues, comme en témoigne mon avatar.

(A)parté pas si vite !

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