TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESQue serais-je sans toit ?

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Loger et accompagner des sans-abris. Voilà la mission que s’est attribuée l’association Toit à moi. Très active dans la région nantaise depuis près de huit ans, elle pourrait bien étendre son réseau d’appartements à Toulouse prochainement.

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L’association Toit à moi croquée par Laurie Gaucher

 

De larges canapés, un baby-foot sorti des seventies, quelques coussins chaleureux, et surtout beaucoup de photos colorées sur les murs. On est à Nantes, dans les locaux de l’association Toit à moi. L’ambiance est chaleureuse, les bâtiments de la clinique Saint-Augustin voisine s’estompent derrière les fenêtres. Nathalie et Michel se lèvent, ils sont sur le départ et me lancent un « bonjour-au revoir » avec un grand sourire. Il y a encore quelques mois, Nathalie et Michel vivaient dans la rue. En ce moment, ils logent dans un des 11 appartements nantais de « Toit à moi ». Pour combien de temps ? Personne ne le sait.

L’association n’a pas pour habitude de fixer des échéances aux personnes qu’elle accompagne. Chez Toit à moi on mise sur le temps long, ou plutôt le temps juste. La structure prend sous son aile des familles ou des personnes seules vivant dans la rue, et leur procure un toit et un accompagnement personnalisé, jusqu’à ce qu’elles décident de quitter le nid et de prendre leur envol.

 

Sans mécènes, pas d’accompagnement

Née en 2007 à Nantes, l’association a fait des petits en Île-de-France, plus précisément à La Ferté-sous-Jouarre. Et depuis environ deux ans, elle cherche à prendre racine dans les briques de la ville rose. Vincent Gaborit, un des pionniers de l’association toulousaine, se souvient avoir entendu parler de Toit à moi dans l’émission « Carnets de campagne » de France Inter. Il a été instantanément séduit par le projet : « J’avais envie de faire quelque chose de concret et de proximité pour les sans-abris. Donc j’ai pris contact avec l’association à Nantes et ils m’ont mis en relation avec d’autres personnes intéressées sur Toulouse » raconte-t-il.

«Il faudrait 20 000 ou 30 000 euros par an pour payer un professionnel à mi-temps »

Au fil des réunions mensuelles, le petit groupe de Toulousains motivés a obtenu l’engagement de nombreux parrains. Car pour acheter un petit appartement (studio, T2, T3), il faut que 100 personnes s’engagent à verser 20€ par mois à l’association pendant cinq ans. Mais ce n’est pas tout : Toit à moi a également besoin du soutien des entreprises pour démarrer son activité et payer une personne qualifiée pour intervenir auprès des sans-abris. « Les frais de fonctionnement, les salaires des professionnels et les locaux sont presque totalement financés grâce au mécénat des entreprises », explique Hélène Menanteau, coordinatrice de développement social à l’association de Nantes. Troisième type d’acteurs indispensables à l’association, les bénévoles accompagnent les sans-abris au quotidien, que ce soit pour faire du bricolage, pour une sortie au bord de la mer, ou pour remplir des formulaires.

Actuellement, c’est surtout le manque de mécènes privés qui empêche Toit à moi de se déployer à Toulouse : « On a réussi à obtenir l’appui de quelques entreprises, mais il faudrait au total 20 000 ou 30 000 euros par an pour payer un professionnel à mi-temps » estime Vincent Gaborit.

 

« Faire éprouver du positif »

A l’origine de Toit à Moi se trouvent Denis Castin et son regard d’enfant de la ville. « Depuis que je suis gamin, j’ai du mal à supporter la misère que l’on côtoie dans la rue » confie-t-il. Il se souvient très précisément de « l’instant décisif », en 2006, à la terrasse d’un café nantais : « Quelqu’un est venu faire la manche, je lui ai donné une pièce. Et je me suis dit que si on avait été très nombreux à faire le même geste, on aurait pu lui procurer un logement. » Il partage cette idée avec un collègue de travail, Gwenaël Morvan, et tous deux décident ensemble de la concrétiser. Les débuts sont compliqués, mais de projections économiques en discussions avec les banques, Toit à moi obtient les clés de son premier logement à Nantes en 2008. Dix autres ont suivi depuis.

Les fondateurs de l’association ont voulu dès le départ compléter l’accès au logement par un accompagnement solide et durable, quitte à se concentrer sur un nombre relativement restreint de personnes. « Le problème d’un sans-abri n’est rarement qu’un problème de logement », insiste Denis Castin. « Derrière, il y a souvent des difficultés d’insertion, de langue, de culture, de droit… »

« On essaie de stimuler sans rien imposer. »

Les responsables de Toit à moi choisissent les personnes logées et accompagnées grâce aux dossiers envoyés par les hôpitaux, les services d’addiction et les assistantes sociales. Ils rencontrent les candidats et retiennent ceux qui vivent dans l‘isolement des personnes et manifestent leur volonté de se faire aider. « Le logement est un support pour l’accompagnement vers un changement de vie », souligne Hélène Menanteau. « Les personnes que nous accompagnons ont souvent besoin de se poser et de se reconstruire. Au-delà de la recherche d’emploi, on cherche surtout à leur faire éprouver du positif » ajoute-t-elle. « On essaie de stimuler sans rien imposer. » Parfois tout se passe bien, d’autres fois la confiance se casse.

Hélène Menanteau se souvient d’un jeune homme qui voulait travailler dans l’agriculture : « On lui a donné la possibilité d’aller faire du woofing au Canada. Ça lui permis de tester ses capacités, de découvrir le travail de la terre… Et ça a été un élément déclencheur, il a repris une formation et il a passé un bac pro agricole. » Des aspirations à la concrétisation, il n’y a qu’un toit, ou presque.

Pour contacter l’association toulousaine : toulouse@toitamoi.net

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Marie Desrumaux

Beaucoup de Sciences Po Toulouse, un peu d'Aparté, d'Ouest France et de Boudu. Je traîne mes Stan du côté des mouvements sociaux, des minorités et des cultures alternatives.

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