TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESUne soirée au salon de l’érotisme

Vendredi 27 novembre se tenait Le Salon de l’érotisme dans le centre des congrès de Labège. Journée d’hiver, mercure en berne : nous sommes partis en quête d’un peu de chaleur humaine.

 

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Photo Arthur, Aparté.com

18h30: A l’arrivée, un sentiment étrange nous envahit : celui de s’être trompé d’endroit. Carrelage blanc et poutres métalliques, le centre des congrès Diagora se prête plus au gala de gym qu’au culte du sextoy. Entre un stand de godemichés artisanaux et des monticules de strings en dentelle, des filles en petite tenue attendent patiemment les visiteurs. Poupées juchées sur leurs hauts talons, elles sont le véritable spectacle de cette fin d’après-midi, rivalisant d’aisance face aux hommes qui les approchent.

Quelques mètres plus loin, des danseuses s’enroulent autour d’une barre de pôle dance sur une playlist de fête foraine. Portable en main, le public encore peu nombreux ne perd pas une miette des chorégraphies lascives ponctuant ce début de soirée. Parmi les premiers venus, surtout des hommes, tous âges et milieux sociaux confondus, le regard fuyant dès qu’un appareil photo s’approche avec trop d’insistance.

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Photo Arthur, Aparté.com

 

20 heures : il est trop tôt pour partir, les visiteurs commencent justement à affluer. Une heure plus tard, nous voilà de retour pour ce qui restera une expérience inoubliable : le tournage d’une scène X. Dans une pièce sombre, un décor bricolé de toutes pièces accueille deux acteurs porno pour une performance live. En fait, il s’agit pour eux de réaliser une scène hard devant un public à qui il est permis d’observer un spectacle interdit aux moins de 18 ans. Face à ce théâtre pornographique, l’œil remplace la caméra dans un quart d’heure pour le moins déroutant.

 

21h50 : « On va vous montrer que le cul ça ne sert pas qu’à s’asseoir »

Face cam, doggy style la position la plus difficile à tenir pour un acteur »), jambes en l’air ou missionnaire, les figures s’enchaînent au gré des commentaires d’un présentateur averti. « Si les images deviennent insupportables, n’oubliez pas qu’il y a une sortie de secours », prévient-il, sans susciter pour autant le moindre départ. Des hommes seuls dévorent le spectacle des yeux mais une part non négligeable de couples les secondent, ainsi que quelques bandes de jeunes filmant allégrement la performance.

Volume maximal, les hits commerciaux couvrent les gémissements de l’actrice. Peu de rires ou de chuchotements, le public semble concentré sur un acte dont le décor se limite à un rudimentaire canapé gonflable. Les ébats frappent par leur professionnalisme : pas de doute, il s’agit bien d’une mise en scène. Clinique et maîtrisée, la séquence se clôt par une éjaculation féminine que le présentateur a à cœur de nous décrire avec précision. Les acteurs s’éclipsent, avant que la jeune femme ne refasse son apparition pour se prêter à quelques photos dans le plus simple appareil.

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Photo Samy, Aparté.com

 

Priés de regagner la sortie pour laisser place à un show « spécial filles », les hommes rejoignent le hall central. Destiné à émoustiller les sens de ces dames, un bel étalon prend en otage une spectatrice et se déshabille en musique. Face à cette virilité mise en scène, les (très) jeunes femmes venues entre copines gloussent sans oublier d’immortaliser le moment à l’aide de leurs écrans. « Rentrez bien émoustillées pour faire la fête à vos hommes ce soir » conclut le porn speaker, ramenant le plaisir des femmes à la satisfaction masculine sans que sa formule n’ait rien d’étonnant au vu du contexte.

 

22:30 : « Et on bandera quand on aura envie de bander »

Pour conclure cette plongée au cœur d’une pornographie qui ne dit pas son nom, nous appréhendons  les deux acteurs de la scène X, Tony Caliano et Kelly Pix. Visage fin, diction posée : dans son col roulé gris, Tony a plus à voir avec le comédien discret qu’avec le stéréotype du hardeur. Evoquant sans détour sa performance, il explique que les hommes issus du porno réussissant ce type d’exercice sont rares. Ce qui diffère d’un tournage traditionnel ? La pression de maintenir une érection devant le regard de plusieurs dizaines de spectateurs. Signe de sa tranquillité à toute épreuve, en bas de son dos trône l’inscription « pas d’panique », variante du « décontracté du gland » des Valseuses, tatoué à l’issue d’une soirée bien arrosée.

Malgré les apparences, Tony Caliano est quelqu’un de timide, qui affirme ne prendre aucun plaisir sur une scène porno. « Je prends pas de cachets, donc avant de commencer je dois me mettre dans ma bulle » explique-t-il avant de préciser qu’il se prépare en « mat[ant] un porno ». Méthode infaillible ? « Si c’est trop dur, Kelly m’aide un peu » ajoute t-il en souriant. Réunis il y un an sur un tournage, les hardeurs sont en couple depuis, parvenant à circonscrire travail et vie conjugale dans une simplicité désarmante.

« D’habitude elle est en policière, moi en bagnard avec les menottes, elle siffle, me donne des ordres… mais aujourd’hui je suis pas au top de ma forme ! » Tony Caliano

Habitué du monde de la nuit, il fait partie d’une poignée d’acteurs se produisant régulièrement en salons, discothèques ou clubs libertins. Et contrairement aux idées reçues, ces espaces de fantasmes « ne sont pas des lieux où tous les hommes parviennent à bander ». Longue blonde juvénile, Kelly le rejoint quelques minutes après. Elle a abandonné sa matraque de policière pour nous apprendre qu’ils peuvent enchaîner ce type de passage quatre à cinq fois dans la même journée. « Et elle est pas petite en plus ». Ça, on avait remarqué.

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Photo Samy, Aparté.com

 

Quand j’évoque notre étonnement face à un salon qu’on imaginait bien plus vaste, ils ne cachent pas leur surprise devant la configuration d’un site très en deçà de la plupart des salons de l’érotisme en France. Concernant la faiblesse du décor de leur performance, on apprend que le matelas en plastique est le fruit de leur propre investissement…

 

22h45 : « On est loin du monde des stars »

Invités sur la tournée française d’Eropolis, Kelly Pix et Tony Caliano parlent sans filets des difficultés économiques rencontrées par le milieu du X. Face à une industrie qui ne peut leur accorder de statut de salarié sans que cela ne s’apparente à du proxénétisme, il s’agit pour eux d’un véritable « plus » que de participer à de tels événements. L’auto-entrepreneuriat se généralise donc, au détriment d’un statut d’intermittent du spectacle de plus en plus difficile à acquérir.

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Photo Samy, Aparté.com

 

Avant de les quitter, je propose qu’on les prenne en photo, sans fard cette fois-ci. Assis sur le bord de la scène, ils se tiennent la main et regardent l’objectif avec douceur. Dans cette pièce tamisée où les basses se mêlent aux éclats de voix, seules les jarretelles de Kelly rappellent l’ambiance du hall principal.

Une fois dehors, on jette un œil au résultat, frappés par la sérénité du couple. Notre impression est la même : celle d’avoir peut-être abordé « les gens  les plus normaux de la soirée ».

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Article rédigé par Marion Raynaud

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