TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESRêve fantastique en terre journalistique

En partenariat avec l’association Macao et Cosmage dont le but est de promouvoir l’illustration et l’art jeunesse, la librairie Ombres Blanches organisait vendredi 6 novembre, une rencontre avec l’illustrateur de presse Laurent Corvaisier. Une occasion de nous pencher sur ce métier qui nous touche de près. Rencontre avec ce grand rêveur.

Laurent Corvaisier

Laurent Corvaisier en pleine séance de dédicaces. Dessin de L.G ( Aparté.com)

Diplômé de l’ENSAD et enseignant à l’école nationale des Arts Décoratifs, Laurent Corvaisier est avant tout un artiste, peintre et illustrateur. Il travaille notamment pour de nombreuses revues culturelles : l‘Eléphant, Dada, Télérama mais aussi pour des quotidiens nationaux prestigieux : Le Monde ou encore Libération.

« Je ne suis pas dessinateur de presse, je ne suis pas journaliste, je suis avant tout illustrateur. » Laurent Corvaisier

Un univers singulier

Par ces illustrations, Laurent Corvaisier arrive à créer une autre histoire, un autre univers au sein de l’article. Le Monde a d’ailleurs changé un titre d’article grâce à son dessin. Un papier sur les jeunes enrôlés dans le djihad a été renommé, il est devenu : Les prédicateurs de l’Ombre par son travail sur les ombres, les nuances de noir, de blanc et de rouge qu’il a édifié. Sa patte un peu décalée donne un autre aspect au papier et le met en avant.

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« Les prédicateurs de l’ombre », illustration faites par Laurent Corvaisier dans « Le Monde »

 

L’animal, parfois serpent, parfois crocodile est omniprésent dans ces peintures, reflet du danger auquel les hommes ne font pas toujours attention. Son art, à la fois souple et figuratif, permet de juxtaposer des époques, le présent et le passé, chose impossible à réaliser avec la photographie sans montage. Il explique : « j’aime imbriquer des formes géométriques, simples, déstructurées. » Il travaille souvent sur des sujets légers, se dit en retrait de l’actualité et du journalisme. Les formes circulaires, graphiques surmontées d’aplats de couleurs permettent pourtant de porter l’attention du lecteur sur certains papiers.

Le jeu sur les couleurs ou l’art de se méfier des apparences

Laurent note « j’adore jouer sur les couleurs », ces dessins reflètent des couleurs joyeuses, esthétiques mais il ajoute  » il faut se méfier, parfois derrière ces couleurs très optimistes, se cachent des personnages très tristes. » Peut être le reflet de la fausseté de la société, son hypocrisie très actuelle, celle que l’on peut observer notamment au travers des réseaux sociaux.

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Les objets sont en déséquilibre, les visages sont comme des masques et les objets réagissent. On sent qu’il y a des choses cachées derrière cette façade paisible. Les couleurs sont séduisantes mais « il faut se méfier des coloris, c’est la façon dont les gens peuvent rentrer dans mon travail, c’est accessible », explique t-il. Si l’on regarde de plus près, on remarque un monde précaire, en déséquilibre qui peut mal tourné et qui pourrait vite virer au cauchemar, on l’a vu ce vendredi 13 novembre lors des attentats terroristes à Paris. Il ajoute, « je ne suis jamais rassuré par les choses matérielles, les visages peuvent être comme des masques et les objets peuvent réagir, alors qu’on pourrait penser que c’est très serein. » En réalité, illustrateur et artiste, se décrivant comme étant peu tourné sur l’actualité, il s’attaque à des sujets sensibles sans même le savoir. Il rend compte de la société, sa décadence, au travers des rêves, des univers fantastiques qui ne sont finalement que le subconscient d’un monde qui se montre parfait et transparent.

«  Je ne crois pas non plus à une espèce de bonheur, on me dit que c’est paisible et calme, c’est rassurant, j’aspire à ça mais après si on regarde de prés il y a anguille sous roche.»Laurent Corvaisier

 

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Couverture du magazine Télérama réalisée par Laurent Corvaisier

Sans forcément s’en rendre compte, ces illustrations peuvent être engagées. Il a notamment peint au sujet d’un article en faveur de la lutte anti raciste intitulé Peau noire, masque blanc. Il note, « ça m’a tout de suite inspiré. » En effet, cela rejoint ses portraits : des masques tribaux aux  yeux fermés, des personnages passifs et d’autres plus actifs. On y voit le visage d’une femme, fort et frontal, androgyne : elle est en train de parler. On aperçoit des hachures de couleur qui sortent de sa bouche. Cette femme, elle est vivante, elle a les yeux ouverts alors que les masques blancs sont présents, multiples et fermés. Ils sont plus simples. La différence graphique permet de faire passer l’idée par l’illustration, de mettre en avant la portée de l’article.

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Un travail dans l’Urgence

« Cette légèreté, c’est quand même du rapide », rigole t-il. En général, il doit réaliser ces illustrations du soir pour le lendemain matin, dans l’urgence immédiate. Cette rapidité le motive et lui permet de mettre ses idées sur le papier directement, sans croquis et dessins préalables. Un travail finalement assez proche du journalisme avec en plus, le recul nécessaire à l’imagination de l’artiste et à la mise en place d’un univers féérique et fantastique.

Une adhérente de l’association nous présente une œuvre de Laurent Corvaisier. Photo.L.P ( Aparté.com)

 

Ses oeuvres seront exposées jusqu’au 5 décembre au Centre Culturel Belgrade, en collaboration avec l’association Macao et Cosmage.

Article rédigé par Éva Battut

Journaliste en herbe, je touche un peu à tout. Je m'intéresse plus particulièrement à la culture urbaine et aux sujets de société autour des migrations, du féminisme et des mouvements sociaux.

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