TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESManif pour tous, deux ans après : mais pourquoi tant de haine ?

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Fondée en 2012 par de fervents opposants au projet de loi sur le mariage des couples homosexuels, La Manif pour tous est désormais un parti politique. De passage à Toulouse sous prétexte d’élections à venir, quelques centaines de militants venaient répéter leur attachement à la famille bleu blanc rose lors d’un meeting organisé vendredi dernier dans la salle Mermoz.


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Photo Pablo Tupin-Noriega, Aparté.com

 

 « Un joli drapeau rose pour les filles et un bleu pour les grands garçons » : le débat n’a pas encore commencé mais le ton est déjà donné par la mère de famille derrière moi. Tandis que des jeunes filles bien comme il faut distribuent des drapeaux à l’effigie de la famille idéale, des retardataires s’agitent gaiement à la recherche d’une chaise. Service de sécurité maximum, fouille à l’entrée et inscription obligatoire : rien n’est laissé au hasard dans cette grand-messe de la bienpensance, où officient des jeunes tout sourire vêtus de sweat shirt informes popularisés par l’improbable Frigide Barjot. Chandail noué sur les épaules, mocassins cirés et pantalon taille haute, le dress code Le Quesnoy corrobore ma première intuition : il s’agit bien d’un rendez-vous de la haute société. Parmi les spectateurs, de nombreux couples ainsi que quelques familles accompagnées de leurs adolescents bien peignés.

Ma famille d’abord

Au programme, deux heures trente de questions aux candidats aux régionales ayant bien voulu répondre à l’invitation de la Manif pour tous. Le tout porté par l’engagement des candidats vis-à-vis de la famille, véritable « cellule de base de la nation » selon les dires de la présidente du mouvement. Frigide Barjot et ses sorties remarquées ont donc cédé la place à Ludovine de la Rochère, leader consensuelle dont le brushing impeccable et les propos tempérés cherchent à éviter les vagues.  Dans une société qui se montre « favorable à l’idée de faire des orphelins de père ou de mère », encourage les divorces et voit son taux de natalité régresser, Ludovine de la Rochère s’attriste de la promotion d’un individualisme qui perd de vue des valeurs irremplaçables. Heureusement, la Manif pour tous est là pour accompagner les élus dans leurs politiques familiales…

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Photo Pablo Tupin-Noriega, Aparté.com

 

Au milieu d’une scène flanquée d’un pèle mêle de drapeaux, un journaliste du bien nommé Valeurs Actuelles interroge chaque candidat sur son programme. Parmi les nombreux prétendants à la présidence de région, seulement quatre ont répondu à l’appel : Daniel Lempereur (Debout La France), Jean-Claude Martinez (Force France Sud), Dominique Reynié (Les Républicains) et Louis Aliot (Front National). Ouvrant avec brio ce festival de raccourcis, Daniel Lempereur déplore l’attention portée par Manuel Valls contre la Manif pour tous alors qu’elle aurait dû se concentrer sur des terroristes en puissance. Poussant plus loin ses fines analyses politiques, l’ancien directeur de campagne de Nicolas Dupont-Aignan constate avec tristesse que l’état d’urgence a au moins un mérite : celui de libérer la parole sur l’immigration. S’adressant au public en le félicitant de donner l’exemple de la famille nombreuse, il est jugé « très prometteur » par mes voisines tout de Ralph Lauren vêtues.

« C’est pas les bobos parisiens de Canal + qui doivent dicter nos valeurs ! » Daniel Lempereur

Après lui, c’est Jean-Claude Martinez qui s’empare du micro, universitaire exfiltré des rangs du Front National, soutien infaillible de l’inénarrable Christine Boutin. Doté d’une grande aisance de parole, l’ancien prof de droit parle de lui à la troisième personne, enchaînant citations de Schopenhauer et blagues douteuses dans un élan d’hilarité générale. Entre deux attaques contre Christiane Taubira, il propose de rendre hommage à Diesel, le berger allemand mort dans l’assaut contre les terroristes de Daesh, sous les applaudissements graves du public.

« Je pense que tous les hommes et toutes les femmes de la Terre ont une dette envers Diesel » Jean-Claude Martinez

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Photo Pablo Tupin-Noriega, Aparté.com

 

Porte drapeau des Républicains jugé moins offensif que ses concurrents, Dominique Reynié n’échappe pas à quelques huées. Pourtant, l’ancien politologue dénonce avec vigueur la progression des « idées mortifères » au sein du débat public et fait de la « théorie du genre » le bouc-émissaire tout trouvé d’une jeunesse en perdition. « Je ne reconnais pas à l’État le pouvoir de se mêler d’une éducation aussi intime que celle de mes enfants » assène-t-il, avant de préciser que cet enseignement ne revient « ni à l’État, ni à l’école, ni aux enseignants » mais bien aux parents eux-mêmes.

Dans un registre tout aussi percutant, Louis Aliot clôt le défilé des aspirants présidents de région sous un tonnerre d’applaudissements. Déplorant un temps d’un autre niveau de « moralité publique », il propose la suppression des subventions au Planning Familial et pleure le gaspillage de l’argent du contribuable dans un art contemporain à tendance pédopornographique. Comme les précédents orateurs, il est questionné sur son lien à l’enseignement privé. Préoccupation fondamentale des auditeurs présents à en juger par les réactions qu’elle suscite, la reconsidération de l’école privée est unanimement prônée. Réaffirmant « la famille, la nation, la vie » comme piliers fondamentaux de sa pensée, le compagnon de Marine Le Pen quitte la scène sous les acclamations d’un public pourtant loin de son électorat traditionnel.

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Photo Pablo Tupin-Noriega, Aparté.com

 

Fondé sur la famille, le meeting est en fait un paravent bleu rose à la xénophobie ordinaire, ciblant sans distinction LGBT, femmes et immigrés.  S’attaquant à la distribution de subventions régionales à des associations LGBT accusées de faire du prosélytisme dans les collèges, les candidats s’accordent à dire qu’ils supprimeront ces aides pour les réinjecter dans la lutte contre la drogue ou la pornographie. Autre élément récurrent du discours de la Manif pour tous, le hallal à la cantine achève le portrait pathétique d’un auditoire faisant de l’amour de l’enfant le masque de sa haine des autres.

 

BONUS citations

« J’espère qu’il ne faudra pas cent trente morts pour que l’évidence que vous portez soit évidente à tout le monde » Daniel Lempereur

« Avoir un enfant handicapé, c’est un fardeau mais aussi une grande chance » Daniel Lempereur

« C’est plus facile d’être élu Président de région que de surmonter un cancer du pancréas » Jean-Claude Martinez

« Quand je vous dis que Vincent Lambert remarchera !  » Jean-Claude Martinez

« Au cœur de mon action, il y a l’amour de la vie et du vivant » Dominique Reynié

« Certains appartiennent à la génération Bataclan, moi j’appartiens à la génération Jean-Paul II » Jean-Claude Martinez

« Après la nation, si on perd la famille, il en sera fini de notre civilisation » Louis Aliot

 

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Marion Raynaud

Incorrigible excessive, j'aime les contrastes et le chocolat.

(A)parté pas si vite !

Qui nous protège de la police ?

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