TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTESEn Aparté avec … Stéphane Boireau

Dans le cadre de la cinquième édition Des Théâtres près de chez vous et du Festival International des Formes Animés Marionnettissimo, Aparté a rencontré Stéphane Boireau, metteur en scène et comédien. Sa compagnie, 9 Thermidor, est cette année « compagnie tremplin Midi-Pyrénées ».

Crédit photo: Bertrand Lenclos
Photo Bertrand Lenclos

 

Aparté.com: Pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Stéphane Boireau:  Je suis, à l’origine, de la région parisienne et j’ai fait des études de lettres. Parallèlement, j’ai commencé à faire du théâtre dans des milieux alternatifs, avec des professionnels qui venaient du cirque et de la cartoucherie de Vincennes, du théâtre de l’Épée de bois plus précisément. Cette aventure alternative a généré une troupe dont j’ai été le cofondateur. On était un collectif composé de quinze personnes, nommé Babylone. Ça a été mon école, ma formation. Avec cette expérience, j’ai appris toutes les facettes et tous les outils pour créer des aventures de théâtre (technique, construction, scénographie, production et au centre de tout, le jeu) dont certaines « hors les murs » avec comme particularité l’écriture plateau. Ça a été une expérience et une école d’acteur.

Je me suis spécialisé en jeu scénique et en scénographie, plus particulièrement en peinture scénographique. Depuis, j’ai travaillé avec plusieurs compagnies de danse, de théâtre, de marionnettes et de théâtre de rue. En 2013, j’ai fondé ma compagnie qui s’appelle 9 thermidor dont la vocation est la création, la scénographie et la pédagogie théâtrale. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de poursuivre un travail de proposition et de création essentiel mais aussi de se positionner comme un maillon entre une génération de créateur en situation de disparition -qui est en train de quitter ce métier- et la génération future qui sera la génération créatrice du XXIème siècle. Je sens que j’ai un rôle à jouer parce-que je suis un pont entre ces deux mondes qui ne peuvent se connaître que par les créations et les expériences pédagogiques.

 

Aparté.com: Dans le cadre du festival Marionnettissimo, tu présentes L’Ogrelet. Peux-tu nous en dire quelque mots?

Stéphane Boireau: L’Ogrelet est un projet marionnette qui, à l’origine, a répondu à une commande du conservatoire de musique et de danse du Tarn. Il s’agissait de créer une adaptation d’un conte. On avait carte blanche, avec comme seul cahier des charges de proposer une forme dans laquelle pouvaient s’inscrire l’ensemble des élèves du conservatoire du Tarn. Notre choix s’est porté sur L’Ogrelet de Suzanne Lebeau, pour plusieurs raisons.

Elle « revendique une écriture non infantile, non édulcorée et parfois cruelle, comme le sont les contes traditionnels, c’est un spectacle tout public puisqu’il se décante de façon optimale devant un public pluri-générationnel. »

Tout d’abord, parce que le texte nous a intéressés intuitivement et il offrait une situation de duo qui nous arrangeait. Il s’est joué deux fois, de façon éphémère, dans la configuration suivante : un duo de marionnettistes, 80 enfants chœur-choristes et 50 enfants à l’orchestre. Encouragé par cette expérience, on a choisi de créer une forme autonome en transformant le chœur et l’orchestre en un seul musicien. Notre choix s’est porté sur un jeune violoncelliste, Pierre Burette.

Nous avons créé un trio sur le concept suivant : un texte contemporain, une expression « marionnettique » et un théâtre d’ombre avec une scénographie simple, épurée et mobile accompagnée d’une musique narrative. Ce petit projet est aujourd’hui diffusé à hauteur de 80 représentations sur la saison 2015-2016, dans des lieux aussi divers et variés que les scènes nationales, des salles équipées, des salles non-propices au théâtre en zone rurale et des lieux atypiques comme sur une péniche ou un cabaret.

 

Aparté.com: Envisages-tu un public particulier pour tes créations ?

Stéphane Boireau: Non. C’est vrai que c’est un texte jeune public – publié aux éditions théâtrales jeunesse et qui est le fruit d’une auteure qui s’est consacrée pendant toute son activité à l’écriture jeune public. Mais L’Ogrelet, c’est précisément parce que Suzanne Lebeau -c’est son combat- revendique une écriture non infantile, non édulcorée et parfois cruelle, comme le sont les contes traditionnels, c’est un spectacle tout public puisqu’il se décante de façon optimale devant un public pluri-générationnel.

Il présente différents niveaux de lecture. On a le regard des enfants sur la figure du petit Ogrelet qui entame un parcours initiatique, qui est, bien sûr, une parabole du cheminement de l’enfant dans la découverte du monde. On a aussi des thématiques et des regards liés à la mère et la mono-parentalité. Comment éduquer son enfant seul, que lui transmettre ? Comment éduquer son enfant dans une forme de précarité, d’isolement et surtout quel rapport, quel discours et connaissance peut-on donner aux origines des enfants ?

Les réactions pendant le spectacle, selon les générations, ne sont pas placées au même endroit mais se nourrissent les unes des autres et viennent apporter des éclairages pour chacune des parties. Il est bien entendu que d’une manière générale, un bon spectacle jeune public est un bon spectacle tout public. S’il s’adresse aux enfants, il s’adresse aux enfants que nous avons tous étés et à la part d’enfance qu’il reste en nous. J’adore lire Tintin et Astérix par exemple.

Crédit photo: Bertrand Lenclos
Bertrand Lenclos

 

Aparté: N’est-ce pas trop difficile d’être à la fois comédien et metteur en scène ?

Stéphane Boireau: Si. C’est complètement schizophrénique. Cela oblige à séparer énormément les moments d’élaboration, de répétition, des moments de jeux ou d’abandon. Cela contraint également à définir très clairement une grammaire scénique, une construction sur plan presque graphique, à faire confiance à ses choix hors plateau et de développer énormément une écoute intérieure des expériences.

Autre obligation, celle de trouver une foule d’astuces et de solutions. Par exemple, j’ai découvert sur cette expérience, l’« extra-plateau », la sortie du plateau. Par exemple, je suis en train de jouer: j’ai la place de comédien. Cependant, je dois reprendre mon rôle de metteur en scène pour avoir un regard global sur la situation. Je dois donc m’extraire du plateau tout en lançant mes répliques.  La difficulté est ainsi d’avoir un regard critique puis de retourner dans mon rôle de comédien.

Celui qui ne joue pas endosse la responsabilité du regard extérieur. Pour celui qui regarde, cela nécessite une grande écoute. Enfin, on a une chance en marionnettes : une partie du travail se fait devant le miroir, on a besoin d’avoir le regard objectif sur l’image et sur ce qui apparaît. Comme en danse et contrairement au théâtre, un miroir ne réfléchira jamais une réalité théâtrale. En marionnettes, on peut avoir des repères sur ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas.

Aparté: Que souhaiterais-tu nous partager pour conclure cet entretien?

Stéphane Boireau: Presque sans l’avoir prémédité de manière forte, on a créé un produit extrêmement adaptable. Adaptable dans la diversité des lieux qui peuvent l’accueillir car il est autonome techniquement et c’est l’équipe artistique en scène qui fait la conduite lumière, mais aussi d’un point de vue scénique. Il a été créé sur un espace de 7×7 mètres, mais on vient de faire l’expérience qu’il peut se contracter sur des espaces beaucoup plus petits. Il suffit simplement de diviser l’échelle de la grammaire des déplacements, des positionnements, de l’écriture scénique en général. Par un effet de proportionnalité, le spectacle existe de la même façon. Cela nous a permis de jouer sur un espace très très petit.

La grande réussite de ce projet est qu’il nous permet d’être au contact d’un public extrêmement large. Ainsi on contribue au vieux rêve du théâtre populaire – fondateur de notre génération de créateur- tel qu’il a été imaginé il y a plus de 60 ans. Ce dispositif permet d’importer jusque dans les endroits les plus déshérités culturellement un texte dramaturgique contemporain. La particularité de L’Ogrelet, c’est le grand écart qu’il peut réaliser entre plusieurs mondes qui ne se connectent pas, malgré toutes les politiques qui régissent le fonctionnement culturel aujourd’hui. C’est, je trouve la plus grande réussite.

Avec : Stéphane Boireau (comédien, marionnettiste, metteur en scène), Tamara Incekara (comédien, marionnettiste), Pierre Burette (musique).

Dans le cadre de l’événement Des Théâtres près de chez vous à Toulouse du 6 au 15 novembre 2015 et du Festival International des Formes Animés Marionnettissimo qui prendra place à Tournefeuille 17 au 22 novembre 2015.

Article rédigé par Camille Mayer

Passionnée de théâtre et férue de culture.

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