TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESUn semblant de marche pour le climat

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Malgré l’interdiction préfectorale, 2 000 personnes étaient réunies à Toulouse le 29 novembre 2015, à la veille de l’ouverture de la COP21. Entre chants, sit-ins et marche balbutiante, Aparté vous livre le récit d’une après-midi inattendue.

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Marchera, marchera pas ? C’est le petit jeu auquel se sont livrés les manifestants et les forces de police ce dimanche 29 novembre, à Toulouse. La marche, dont le départ était initialement prévu à 13 heures, a été interdite par la préfecture de Haute-Garonne, état d’urgence oblige. Ne pouvant plus appeler à manifester, les associations organisatrices se sont quand même rendues sur place, accompagnées de 2 000 sympathisants à la cause climatique.

Les premiers arrivés se rassemblent timidement au square Charles de Gaulle à 12h45. Ils sont une quinzaine. Au fur et à mesure que l’heure tourne le groupe grossit pour atteindre une centaine de personne à 13 heures.

Beaucoup ne savent pas à quoi s’attendre et sont juste « venus voir ».  Quelque uns distribuent les affichettes de présentation de l’évènement, barrées en rouge de la mention « interdite ». Ils offrent aussi des épingles à nourrice pour « épingler l’interdiction de nous exprimer » sur les vestes et manteaux.

Marche-Pour-Le-Climat-4Photo : Maxime Reynié, Aparté.com

Un militant du NPA tracte tout en chantant : « état d’urgence pour le climat et pas pour la suppression des libertés démocratiques ». Les rangs grossissent, réunissant bientôt plus d’un millier de personnes. « Vous remarquerez que le marché de noël est ouvert place du Capitole », raille un participant, approuvé de la tête par plusieurs autres. « Il ne faut pas arrêter le commerce », lui répond-on dans un haussement d’épaules.

Main dans la main pour la planète

Les organisateurs s’expriment au mégaphone à 13h25 pour expliquer que le rassemblement est toléré, ainsi que l’organisation d’une chaîne humaine. Elle se met en place dans les minutes qui suivent. Les personnes présentes se donnent la main et se mettent à tourner autour du square Charles de Gaulle en chantant.

« État d’urgence, État policier, on ne nous empêchera pas de manifester ! »

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La chaîne humaine s’étendait tout le long de la rue Alsace-Lorraine. Photo : Mélanie Volland, Aparté.com

Un nouveau point sur les actions envisageables sera donné avant 14h. Des slogans émergent de la foule, toujours plus nombreuse. « Pour sauver la planète, action concrète » entonnent plusieurs personnes, main dans la main. La chaine humaine déborde rapidement du square et s’étend le long de la rue Alsace-Lorraine. Des centaines de personnes se prêtent au jeu et se frayent un passage au milieu de la confusion générale.

Un élan inattendu et vite déçu

Dès 13h50 les participants se sont réunis en cortège et défilent rue Alsace-Lorraine. « C’est en train de devenir une manif », commente un étudiant. Le slogan « Etat d’urgence, Etat policier, on ne nous empêchera pas de manifester ! » émerge avec plus d’assurance. Il sera repris par la quasi-totalité du cortège.

Marche-Pour-Le-Climat-9Photo : Maxime Reynié, Aparté.com

Presque arrivés au niveau des boulevards, les manifestants sont stoppés par la police et incités à faire demi-tour. Certains suivront ce conseil, d’autres préfèreront s’asseoir dessus. Un sit-in spontané s’organise devant le carrousel de la rue Alsace-Lorraine, tandis que les négociations avec la police battent leur plein. « Nos enfants nous accuserons », scande un manifestant.

A 14h10 les manifestants investissent finalement le boulevard d’Arcole, à la fois ragaillardis et surpris de la tournure des événements. « OK c’est un peu chaotique, mais je suis contente de pouvoir marcher, je ne m’y attendais pas », témoigne une manifestante d’une vingtaine d’années. « Je suis surtout ravie de me sentir portée par cet élan, et de voir qu’on fait ça de manière calme et pacifique » renchérit-elle.

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Les toulousains auront finalement marché. Photo : Maxime Reynié, Aparté.com. 

L’euphorie est de courte durée. Les marcheurs sont stoppés sur la place Arnaud Bernard à 14h30. Les forces de l’ordre bloquent l’accès. La moindre tentative d’atteindre Compans-Caffarelli, et peut-être de pouvoir poursuivre sur les allées Charles de Fitte, est inenvisageable. Il est également impossible de faire demi-tour sur le boulevard. Faute de leaders, de longues minutes de flottement s’installent.

« À notre échelle on n’est rien, il n’y a que comme ça qu’on puisse espérer se faire entendre »

Un petit groupe tente tout de même une percée en direction du Capitole, vite rattrapé par les services de police. Alors fermement encadrés, certains manifestants s’échauffent. « C’est ça le pays des droits de l’homme ? Bravo ! », s’indigne une participante, avant de faire demi-tour. « 1 minute de silence pour nos libertés » scande-t-on, en écho.

La place Arnaud Bernard se vide petit à petit. « A notre échelle on est rien, il n’y a que comme ça qu’on puisse espérer se faire entendre » déplore une sexagénaire, visiblement déçue par la tournure que prennent les évènements. Ce début de marche en restera au stade de pétard mouillé.

Maintenir l’ambiance festive, la meilleure des réponses ?

Le rassemblement continue au square Charles de Gaulle. L’antenne toulousaine de Coalition Climat 21, rebaptisée Citoyens Coalisés pour le Climat, n’a pas souhaité déborder du périmètre. Une partie du cortège est donc restée sur place, préférant multiplier les messages à la craie sur le sol et évoquer la catastrophe écologique en cours au Brésil. « Nous avons appelé à la dissolution à 15 heures », ajoute un organisateur.

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« Changeons le système, pas le climat ». Photo : Maxime Reynié, Aparté.com. 

Une chorale gospel se mêle spontanément aux manifestants. En cercle, ils sont nombreux à chanter en chœur. « Cette touche de douceur fait du bien », commente une participante revenue d’Arnaud Bernard. La troupe entraine une partie des manifestants avec elle en entonnant « One Love ».

Déjà largement disséminé, un mince cortège demeure. L’idée de reproduire une chaîne humaine circule. Elle se forme autour du marché de Noël à 15h45. Les quelques participants restants finissent par pénétrer le marché, non sans attirer l’incrédulité des passants et irriter les commerçants. « Nous sommes pourtant tous concernés par le climat », commente un quadragénaire. Le rassemblement se terminera par un sit-in rapide au milieu du marché à 16h00.

Partiellement bravé, l’état d’urgence aura vite remis les manifestants en place.

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Mélanie Volland

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