TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESTrois indiens dans la ville

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

DIALOGUE. L’association Tchendukua a invité trois Indiens Kogis pour une conférence-spectacle le 19 octobre, à la Halle aux Grains. Une façon de sensibiliser le public toulousain à un mode de vie différent. Aparté était sur place et vous fait partager ce moment d’écoute et d’échange.

 

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De gauche à droite : José Pinto, Arregoces Coronado, l’interprète, José Gabriel, Eric Julien. Photo : Mélanie Volland, Aparté.com

 

La Halle aux Grains accueillait lundi 19 octobre trois Indiens Kogis de Colombie. Ils étaient accompagnés de l’association Tchendukua. Fondée par Eric Julien en 1997, l’association a pour but le rachat des terres ancestrales puis leur restitution aux Indiens Kogis. Depuis sa création, « 1800 hectares ont été rachetés. 1000 sont régénérés, c’est-à-dire que la nature reprend ses droits » annonce Eric Julien.

On retrouvait à leurs côtés, l’orchestre de Philippe Fournier. Venu faire dialoguer tant le public que les styles classiques et ancestraux.

Une conférence-spectacle, dont la forme hybride a permis de découvrir le mode de vie des pré-Colombiens tout en se laissant bercer au rythme de l’orchestre.

 « On ne voulait pas de poubelles dans nos montagnes »

L’engagement d’Eric Julien auprès des Kogis est lié à son histoire personnelle. Il raconte avec humour comment un père et son fils lui ont sauvé la vie. Il était à l’époque guide de montagne. Alors qu’il fait un œdème pulmonaire, deux Indiens lui viennent en aide.

« Lorsque que je leur ai demandé pourquoi ils m’avaient ramassé, le père a répondu : ‘on ne voulait pas de poubelles dans nos montagnes’ » raconte Eric Julien. « Je me sentais redevable, je leur ai demandé ce que je pouvais faire pour eux », poursuit-il.

Sensibilisé au problème de la perte de leurs terres ancestrales, Eric Julien fonde Tchendukua.

 

A la découverte du mode de vie Kogis

Chez les Kogis la nature est un être vivant. La mère nature est considérée comme une personne, avec sa propre vie. Cette incarnation et ce symbole de féminité expliquent le rôle central des femmes dans les communautés Kogis. « Maltraiter une femme est aussi grave que maltraiter la terre » explique José Gabriel.

Kogis + Eric Julien Beata
José Gabriel a été choisi par sa communauté pour faire des études. Il parle espagnol. Photo : Béata Delcourt, association Tchendukua.

 

Il n’existe dans leurs communautés aucune monnaie. Les échanges sont régis par le troc. Ces principes de fonctionnement sont hérités de leurs ancêtres. Ce système d’entraide vaut entre les hommes mais aussi à l’encontre de la nature. « Nous sommes la nature », rappelle José Gabriel.  « Si l’on n’aide pas la nature, elle fera le ménage elle-même », poursuit-il.

Leur concept de leader est éloigné du notre. Un leader Kogi est une personne qui a commis des erreurs. Le fait qu’il ou elle les ai commises témoigne de son besoin d’apprendre. Les chamans, comme José Pinto et Arregoces Coronado, sont les leaders spirituels des communautés Kogis. Ils jouent à la fois un rôle de médecin et de professeur.

Prouver que toutes les formes de dialogue sont possibles

Au-delà des questions-réponses, le public est très sollicité. Eric Julien le soumet à un exercice déroutant. Découvrir son voisin, en silence, seulement en le fixant dans les yeux durant deux minutes.

Philippe Fournier choisit de faire monter une spectatrice sur scène. Il désigne une femme (Dominique), après s’être assuré qu’elle ne savait pas jouer du piano. Il l’invite à répondre à des séries de notes qu’il compose sur le clavier. Malgré la totale incompétence de Dominique, leur conversation s’avère harmonieuse. Une belle façon de prouver que le dialogue est possible, y compris sans maîtrise d’un langage commun.

La musique, fil conducteur de la rencontre

La soirée démarre avec l’entrée en scène d’Othello Ravez. Muni de son didgeridoo,  il nous plonge dans un univers tribal. Le rythme s’apparenterait presque à celui du beatbox. Le contrebassiste le rejoint sur scène avant d’être suivi par les autres musiciens, alors dispersés dans la salle. Ensemble, ils interprètent un canon in D de Pachelbel comme on n’en avait jamais vu.

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Othello Ravez nous plonge dans une ambiance tribale avec son didgeridoo. Photo : Béata Delcourt, association Tchendukua.
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Vibrer au son de la musique pour s’ouvrir au dialogue ? C’est le pari qu’ont fait les organisateurs de la soirée. Photo : Beata Delcourt, association Tchendukua.

Suite à la conférence, l’orchestre revient. Les instruments ancestraux dialoguent avec le style classique. Une fois encore le public est sollicité. Il entonne en chœur le mot zigoneshi*, à l’invitation du chef d’orchestre.

NB : Zigoneshi signifie « je te donne, tu me donnes.»

En savoir plus : Association Tchendukua

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Mélanie Volland

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