TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESSeul sur Mars de Ridley Scott. Équilibre trop stable

Le blockbuster spatial de fin d’année est arrivé. Après un Gravity sans répis et un Interstellar inspiré, voici Seul sur Mars avec un Ridley Scott un peu mou aux commandes. Passons tout ça au scalpel (le film, pas le Ridley Scott mou).

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Ça commence par une scène d’exposition à la Gravity. Les astronautes sont en plein travail sur Mars, ils sont sympa, ils se font des blagues. On en profite pour faire un peu de caractérisation façon gros sabots. Tout est normal, on est à Hollywood. Et puis très rapidement une tempête se lève, il faut évacuer le campement et quitter Mars. Une parabole se détache du vaisseau, heurte le pauvre Mark Watney (interprété par Matt Damon) et l’emporte au loin dans la tempête. Tenu pour mort, les autres astronautes quittent la planète. Au petit matin, Watney se réveille à moitié enseveli, seul sur Mars. Commence alors une longue lutte pour la vie.

Espace profond ou tentative de sobriété ?

Tandis que Watney va devoir survivre en surmontant progressivement les problèmes qui se présentent, la NASA fera tout pour organiser son sauvetage. Cette mécanique est la même dans Apollo 13, avec quelques rebondissements un peu tirés par les cheveux en plus. Apollo 13 faisait dans la finesse et générait de l’émotion sans trop en faire. Avec Seul sur Mars, c’est une sobriété qui tend un peu trop vers le plat. On remerciera quand même Ridley Scott de nous avoir épargné certaines grosses ficelles, comme par exemple la famille larmoyante du héros qui attend son retour dans l’angoisse (avec le gamin, un de ceux que l’on veut baffer).

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Acteur cherche vie intérieure

Matt Damon fait quand même le boulot, mais son personnage ne montre que peu de failles ce qui limite l’empathie que l’on peut éprouver à son égard (dans le livre dont est tiré le scénario, le héros tombait bien plus dans la déprime). Les autres membres de l’équipage font également le boulot, mais sans reliefs. On se fiche un peu de ce qu’il peut leur arriver. Sur Terre, il se joue plus de conflits mais ça ne va pas chercher trop loin. On est à la NASA, on se tient bien. Parmi les acteurs connus, Sean Bean a un trop petit rôle pour que l’on fasse autre chose que se dire « Ho ! C’est Sean Bean ! » à chaque fois qu’il apparait à l’écran. Il incarne aussi le seul personnage avec un tant soit peu de psychologie ce qui pour le coup jure pas mal avec le reste du casting.

Strabisme extravergent

Visuellement, l’ensemble est par contre réussi. Le film a un certain cachet (bien qu’un peu lisse) et les effets spéciaux sont de très grande qualité. Des grands extérieurs aux vaisseaux en passant par l’intégration des acteurs, tout est très soigné (comme à l’accoutumée avec des pointures telles que Framestore, MPC et ILM).

La 3D n’est par contre pas marquante, et son utilisation n’est pas très heureuse sur les grand extérieurs. Dans la vraie vie, on ne perçoit pas vraiment la profondeur des grands paysages (et c’est aussi ça qui font leur immensité) car l’écart entre les deux yeux est très petit par rapport à la distance des yeux à ce que l’on regarde. Dans le film, l’écart entre les deux caméras est très grand sur certaines vues aériennes. Cela donne du relief, mais pour le coup on perd la sensation d’immensité et on a l’impression de regarder une maquette. Si l’on ajoute le fait que les couleurs ressortent moins sur les films projetés en 3D, on ne vous conseillera pas cette technologie pour ce long-métrage.

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Arrêter le son s’il vous plait

La musique est un mélange de musique classico-épique Hollywoodienne et de Disco. En effet la seule musique que Watney a à sa disposition est du Disco laissé par un membre de l’expédition. Watney n’aime pas ça, et ça deviendra la blague récurrente lourde du film. Utiliser le Disco aurait put être un parti pris payant, mais Seul sur Mars n’a pas assez de personnalité pour que le mélange Science-Fiction + Abba fonctionne. On a également droit à Starman de David Bowie qui arrive comme un cheveux sur la soupe et sans que cela ne colle au reste de l’ambiance musicale du film. On aura au moins évité les trop évidents Life on Mars ? et Space Oddity.

Concernant la qualité sonore, nous avons vu le film au Gaumont Wilson dans une salle équipé de la nouvelle technologie Dolby Atmos. Cela implique un supplément sur le billet pour aucune amélioration perceptible. A éviter, encore.

J’ai mal à la science

Au niveau scientifique, alors que vu de loin (l’organisation de la mission, les vaisseaux, véhicules et habitats…) les choses semblent assez carrées (encore heureux, la NASA ayant collaboré au film), on a affaire à tout un tas de petits hold-ups scientifiques (facilités scénaristiques ?). On apprend qu’un sas de dépressurisation peut exploser (certes, l’atmosphère martienne est 100 fois moins dense que celle de la terre, allez-y sans combinaison et vous finirez en méchoui) mais peut par contre être remplacé par une simple…bâche transparente (avec du scotch, quand même). Mince, dommage que la NASA n’y ait pas pensé plus tôt afin de réduire le cout de la conquête de Mars.

THE MARTIAN

Allez, pleure pas Ridley

La musique, l’histoire, les personnages, le sentiment général est que tout reste le cul entre deux chaises et ainsi perd beaucoup en efficacité. Ce n’est pas assez romancé pour être dans une veine épique, et d’un autre côté le réalisme montre trop de failles pour que l’on y croit vraiment. Par ailleurs, tout cela manque cruellement de poésie et de souffle (Interstellar, malgré son script bâclé était bien plus inspiré). Certes, il y a bien un message de positivité et le film montre un homme qui sait avancer face à l’adversité, mais ça n’est pas assez bien traité pour compenser le manque de tension dramatique que cette positivité engendre.

Malgré tout, on ne s’est pas franchement ennuyé durant les 140 minutes et le film reste un bon divertissement avec des acteurs corrects et un visuel agréable. On pourra par contre se passer des artifices technologiques tels que la 3D et surtout le Dolby Atmos.

Article rédigé par Arthur

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