TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESMasterclass : la leçon de Mouloud Achour

Vendredi et samedi derniers, Mouloud débarquait au Metronum pour y parler création et liberté artistique entouré de prestigieux invités. En bon premier de la classe, Aparté prenait des notes.

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 De gauche à droite : Supakitch, Koralie, Antonin Romeas, Mouloud Achour, Manu Barron et Pedro Winter, Photo Marion Raynaud, Aparté.com

Masterclass 1 : artiste mode d’emploi

Devant le Metronum, une foule essaimée attend patiemment sur les marches dans l’attente de l’ouverture de la salle. Plongée dans l’obscurité, la scène a été changée en coin lounge où se présentent bientôt les invités du jour, précédés par le truculent Mouloud Achour. Manu Barron, fondateur du label Bromance et manager (entre autres) de Gesaffelstein et Brodinsky, se pose tranquillement à côté de Pedro Winter, dj à l’origine de l’emblématique label Ed Banger, ex-manager des Daft Punk pour ne citer qu’eux.

Près de Mouloud, Antonin Romeas fait son entrée, boss du label Boussole, écurie du prometteur François 1er. Et enfin, ce sont Koralie et Supakitch, couple de plasticiens touche à tout qui s’installent cote à cote pour parler création et « métier » d’artiste. Dans l’écoute et la complémentarité, les Montpelliérains font part de leur démarche artistique tandis que Romeas, Barron et Winter appréhendent la problématique de la journée sous un angle plus managérial. Emmenées par Mouloud, les interventions se complètent et s’étayent, appuyées par la liberté de ton de Barron et Winter, vieux loups aguerris dont l’intelligence et le recul font mouche.

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De gauche à droite : Supakitch, Koralie et Antonin Romeas, Photo Marion Raynaud, Aparté.com

Loi du marché et vie d’artiste

«Etre artiste, c’est pas vraiment un métier ». Passée par six années d’études d’archi, Koralie sait de quoi elle parle quand elle évoque la difficulté de s’assumer en tant qu’artiste. Appuyée par son complice, elle finit par dire combien ce statut s’acquiert à travers le prisme d’une certaine notoriété.

« Jamais de la vie je signerais un mec que je peux pas piffrer, même si c’est le gars le plus talentueux de la terre » Manu Barron

Barron et Winter sont sur la même longueur d’ondes. Mouloud les surnomme Catherine et Liliane près de deux heures durant et en les voyant s’envoyer des vannes dans une complicité si évidente, on comprend bien que le rapport humain soit à l’origine de leurs projets. Chez Ed Banger, on revendique la liberté de surfer entre le commercial et l’underground dans une conscience aigue des réalités du marché. La pub est donc assumée comme une diversification nécessaire pour la survie d’un label indépendant. Cette conversation est aussi l’occasion de rappeler les mutations majeures du secteur musical, « seule économie du monde à avoir été privée du jour au lendemain de 50% de ses revenus » avec l’avènement du format digital. Dénonçant la victoire d’un certain cynisme sur le monde de la musique, ces papas de la scène electro ont connu l’époque où la notion de « carrière » était antinomique avec le fait même d’être artiste et ils ont à cœur de resituer historiquement l’évolution du secteur.

« Jamais autant de gens n’ont écouté de la musique mais jamais aussi peu de gens n’en ont eu quelque chose à foutre » Manu Barron

Pourtant, c’est dans ces changements décisifs que se joue la singularité d’une démarche artistique. Antonin Romeas insiste donc sur la volonté de Boussole de mettre le disque au centre de sa communication en offrant des compilations de ses dernières pépites. En faisant de la gratuité un véritable support promotionnel, c’est l’éthique du collectif qui se dessine aussi et instaure un précieux rapport d’honnêteté vis-à-vis du public.

En bref, des punchlines par ricochets, un débat qui s’envole et s’élève, précis sans jamais être hermétique : ce vendredi après-midi s’achève sur la frustration d’un moment trop vite passé. Heureusement, un nouveau rendez-vous est fixé au lendemain pour poursuivre l’échange autour d’une autre thématique.

Masterclass 2 : Cinématographie du clip vidéo

Samedi après-midi, une nouvelle équipe débarque donc, composée de So Me, Romain Gavras et Kim Chapiron. Les trois lascars se suivent sur le même sofa et outre leurs évidentes accointances artistiques, ils ont aujourd’hui en commun une sévère gueule de bois. Mouloud – qui se décrivait hier comme un « accoucheur de paroles » – n’en mène plus très large au milieu de ce joyeux bordel où fusent les révélations, emmenées par Chapiron et le souvenir du premier flirt de Romain Gavras (Hélène Vic si tu nous lis…). En face d’eux, la toulousaine Fleur Fortuné et le producteur Jules de Chateleux se partagent un micro, acteurs reconnus du secteur dont les plus récentes collaborations les ont tournés vers Drake ou M.I.A.

Romain Gavras, So Me, Kim Chapiron et Mouloud Achour : une bande de mecs sympa, Photo Marion Raynaud, Aparté.com

Musique et cinéma : l’épreuve de la complémentarité

La question de l’évolution de l’industrie se pose à nouveau, le clip ayant considérablement changé depuis les années 90 et l’âge d’or de la chaîne MTV. Mais en s’appropriant le web comme plus large vecteur de diffusion, c’est aussi une grande liberté qui s’inaugure, permettant la réunion de deux mondes a priori opposés : la musique et l’image. Parmi les idées reçues que les intervenants s’attachent à mettre en pièces, la croyance selon laquelle le clip vidéo serait un support très rentable. Bosser sur une pub Corn Flakes rapporterait ainsi bien plus que s’arracher les cheveux sur le dernier clip de Drake, mission d’autant plus difficile qu’il s’agit de ménager l’égo d’un artiste et non pas de diriger un comédien.

« Mais Mouloud, tiens ton débat mec ! » Romain Gavras

Dans la bande Kourtrajmé, les échanges professionnels se font au feeling et on mesure sans peine le lien étroit entre des artistes dont les premières collaborations remontent à presque deux décennies. Et pendant que Romain Gavras se ressert discrètement du whisky, c’est DJ Mehdi qu’on cite à plusieurs reprises, regretté lucky boy  dont l’ombre rassembleuse semble planer dans la salle…

 

 

Article rédigé par Marion Raynaud

Incorrigible excessive, j'aime les contrastes et le chocolat.

(A)parté pas si vite !

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