TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESLa « Galerie du Placard » : quand l’art fait son coming out

Pendant que concerts et performances murales agitaient la programmation du WOPS !, le festival d’inspiration urbaine sortait douze œuvres de leurs placards les plus insolites.

Entre filets de morues et têtes de limandes, le marché artistique de David Luraschi

 

Il y a d’abord eu ce toit de parapluies, forçant les passants à tordre le cou pour apprécier une installation digne d’un film de Jacques Demy. Et puis des graffs un peu partout dans la ville, de l’univers psychédélique d’Amandine Urruty et Nicolas Barrome au charme oriental de celui de Koralie et Supakitch. Une semaine durant, le WOPS ! s’est donc emparé de la ville rose, bombant son empreinte colorée sur les murs de Toulouse pour mieux questionner le rapport des habitants à l’espace urbain. Plus discrète, la « Galerie du Placard » prenait ses quartiers dans des lieux inhabituels en conviant les plus curieux à leur redécouverte. Boucherie, boutique ou simple devanture, le WOPS ! se proposait ainsi d’intégrer des œuvres à un environnement a priori incompatible avec leur épanouissement.

Réapprendre à voir

Connectée à un répondeur téléphonique faisant office d’audio guide, l’initiative de Fafi invitait chacun à repenser le lieu commun. Surtout, en luttant contre un automatisme du regard enclin à considérer l’œuvre comme une pièce de musée, la « Galerie du Placard » poussait à revoir certains préjugés tenaces. Conséquence : difficile de dire  si la vague de légèreté de Jason Glasser planant au cœur de la boutique Carhartt n’a pas toujours fait partie du lieu… Même interrogation devant la chasse à l’œuvre d’Evah Fan au cœur de la droguerie Roubichou ou face aux panneaux de David Luraschi sur l’étal d’un poissonnier des Carmes : l’essence de ces œuvres ne dépendrait-elle pas d’abord de leurs improbables conditions d’existence ?

Dans la boutique Carharrt, l’œuvre colorée de Jason Glasser

Choc des cultures et réunion des contraires

Le 14 octobre dernier, Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne, expliquait la démarche de l’artiste à l’origine de la « Galerie du Placard » perpétuée par le WOPS ! dans le même esprit de coïncidence. Généreuse et philanthrope, avide d’humain et d’amour, l’œuvre de Gilles Mahé (1943-1999) s’est baladée en milieu rural pour faire exister la rencontre au-delà de l’entrechoc culturel. Parmi les vidéos projetées lors de la conférence de Catherine Elkar, on découvre donc cette « Galerie du Placard », proposée en 1996 dans le village breton de Saint Briac sur Mer. Du bistrot de quartier aux toilettes d’une cour d’école, trente deux artistes s’emparent de trente deux lieux, comme fédérés par la quête d’une insaisissable beauté du quotidien.

« Et je pense à ces mondes gratuits improbables que nous tentons les uns et les autres tant bien que mal de construire » Gilles Mahé, Lettre à Jim Palette, Dinard, 10 avril 1997

Vingt ans plus tard, en cherchant à établir une « relation tripartite entre les artistes, le lieu qui les accueille et le  WOPS ! », Fafi parvient à réactualiser le projet de Gilles Mahé. Entre chocs des cultures et rencontres impensables, sphères intimes et publiques, cette modeste « Galerie du Placard » ouvrait donc un intéressant champ de pensée de l’espace urbain.

 

Article rédigé par Marion Raynaud

Incorrigible excessive, j'aime les contrastes et le chocolat.

(A)parté pas si vite !

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