TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESFestival La France dort : crêtes, clous et fantôme à moustache

Le Punk était à l’honneur au Bikini ce 9 octobre pour la huitième édition du festival La France Dort avec un plateau de premier choix : Brassen’s Not Dead, Tagada Jones, Les Sales Majestés, Légitime Défonce et Atomics Rotors. Immersion dans un monde où la bière est une matière première.

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Atomics Rotors : Psychonarbonnais

Ça commence tôt et avec une affluence réduite avec le trio narbonnais de Atomics Rotors composé d’un chanteur/guitariste, un batteur et un contrebassiste. Proposant un psychobilly surf garage, le groupe était prêt à en découdre, virevoltant sur scène et très communicatif, mais la contrebasse a malheureusement fait des siennes et le contrebassiste a dû par trois fois quitter la scène pour réparer l’engin. Ces incidents ont pas mal cassé le rythme de la prestation que le public clairsemé de ce début de soirée a quand même bien apprécié. A revoir dans de meilleurs conditions.

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Légitime Défonce, jamais sur NRJ

Le second groupe, Légitime Défonce, est un acteur majeur de la scène punk française des années 80/90. Après 17 ans « à rien branler dans [leur] canapé », le groupe a décidé de se reformer en 2011. Ils nous préviennent, ils sont « trop vieux pour ces conneries » et ils ne jouent que des anciens morceaux. Pourtant, ils nous ont livré avec leur bonne humeur, leurs textes engagés mais quand même teinté de rien à foutre un punk old school très rafraichissant. Attitude prohibée, Indésirable, Question de style, les premiers morceaux sont tous musicalement très variés. Laurent, un spectateur perspicace et truculent dira même « c’est vrai qu’ils se posent vraiment une question de style ». Les blagues avec le public chantent avec l’accent du groupe « C’est vraiment un groupe du Sud-Ouest » ajoutera Clara, une spectatrice aux cheveux virevoltants en rythme.

Dans la fosse, le pogo est lancé et ne s’arrêtera pas de la soirée. La musique est simple et très efficace (du bon Punk, quoi), et le chant est renforcé par les chœurs du batteur et du bassiste. Alors que ce dernier nous parle de Canal Sud, le groupe commence à interpréter le jingle de NRJ et enchaîne sur la chanson-hymne « Finir sur NRJ ». Les slams commencent à poindre timidement, la soirée est encore jeune et le public n’est pas encore tout à fait prêt. « Ceux qui sont prêts sont déjà bourrés » analyse Mathew, un spectateur friand de Punk. On nous signale un deuxième slam alors que Légitime Défonce nous sert un magistral Des bombes sur Disneyland. Le groupe finit le concert un peu essoufflé avec deux rappels en gratifiant notamment le public de l’air de Jésus Revient. C’est pourtant bien eux les messie rétros du punk et on a hâte qu’ils reviennent.

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La philosophie s’invite au Bikini

Le changement de plateau s’amorce. Dans les toilettes du Bikini, c’est la franche camaraderie. Ça discute tout en urinant avec une bière dans l’autre main. Au bar extérieur, on croise un T-Shirt « Spinoza encule Hegel ». Bien, il est temps de retourner dans la salle.

Les Sales Majestés, faire l’amour à la société

Avec les Sales Majestés, c’est toujours du bon vieux Punk mais ça n’est plus la même ambiance. Le groupe est beaucoup plus engagé et certains politiciens recevront de nombreux noms d’oiseaux (Gypaète barbu et Urubu à tête rouge*, à moins que…). Ça commence par des chants religieux puis le groupe apparait et annonce tout de go que « la société, on l’emmerde plus, on l’encule ». C’est aussi le début de la longue épopée du mec-relou-et-tout-bourré-qui-squatte-sans-arrêt-la-scène. La formation enchaîne les morceaux comme Mes frères, Johnny s’en va t’en guerre, La révolution, Kepon Toujours ou encore Petit Papa Noël. Ce sera aussi le début des aventures de la-nana-relou-et-toute-bourrée-qui-squatte-sans-arrêt-la-scène. Pour le public, c’est pogo général, slams à foison et multiples invasions de scène.

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Brassen’s Not Dead ou la moustache et la crête

Nouveau changement de plateau, nouvelle bière et c’est parti pour les Brassen’s not Dead, les fils spiritueux de Georges (sic). Pour ceux qui débarquent, le crédo du groupe toulousain est de faire des reprises de Brassens en version Punk. Sur scène, nous avons les musiciens, l’Animateur à la Kon (une sorte de Monsieur Loyal local) et trois artistes d’Organic Comix qui peindront pendant tout le concert sur trois panneaux. Ça commence mignon par un air mexicain au Kazoo tandis que l’Animateur à la Kon est chaud comme l’enfer. Le groupe déploie une grande énergie et tout le monde est content d’être là. Prévenant que le prochain album avait un peu de retard, ils nous gratifient d’un nouveau morceau assez réussi, Chanson pour l’auvergnat. Arrivent ensuite la magistrale Complainte des filles de joie et l’énorme Mourir pour des idées. Pour nous, c’est sur ces morceaux sortant un peu du punk rapide et binaire que les Brassen’s sont les meilleurs.Toutefois, les autres morceaux (plus classiques donc dans leur interprétation) restent très efficaces sur scène.

Certains morceaux sont également interprétés en langage des signes par Delphine, une comédienne sourde tandis que l’Animateur à la Kon revient régulièrement sur scène avec divers déguisements. Si l’on ajoute les slameurs (acclamations après un magnifique slam en poirier), le mec-et-la-nana-relous-et-tout-bourrés-qui-squattent-sans-arrêt-la-scène et les trois peintres, on a l’impression d’observer une place de village avec toute son agitation joyeuse. Autant vous dire que cela colle parfaitement avec Brassens et l’accent local d’Irwin, le chanteur du groupe. Il y aura ensuite les hommages au dessinateur Coyote et à Schultz (Parabellum) avant le final sur Margot. Une des spécificités des Brassen’s et que le rappel est presque aussi long que le reste du concert, mais le public ne s’en plaindra pas et reprendra maintes et maintes fois le refrain des aventures de la jeune fille tout en envahissant encore une fois la scène. Pour leur dixième Bikini, les Brassen’s auront encore une fois donné une prestation de première qualité.

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Le re-re-retour de Tagada Jones

Dernier set et pas des moindres avec Tagada Jones. Pour leur troisième fois en un an dans la ville rose, le quatuor n’a pas lâché la pression et a produit un show plein d’énergie, de mouvement et de maitrise caractéristique des groupes qui tournent beaucoup (1600 concerts en 20 ans). Les grands classiques défilent, Zéro de conduite, Cargo, Monsieur le Président. Une jeune fille profite alors du grand espace libre laissé sur la scène (la nana-reloue-et-machin-truc s’est encore faite dégagée, le mec-reloue-et-truc doit être en train de cuver quelque part) pour s’exhiber à quatre pattes. Pauvresse, un roadie l’expulse aussi sec. C’est que c’est un peu moins le bazar qu’avec les autres groupes. On a alors droit au morceau La traque entamée avec uniquement Niko au chant sur scène sans guitare et un beat techno. Rupture, noir scène, et tout le monde réapparait. Après un hommage à Schultz de rigueur, le groupe lance Osmose 99 (reprise de Parabellum). Puis le concert se termine sur Karim et Juliette, et la scène est encore envahie. Remerciements, bisous, il est alors temps de regagner ses pénates avec trop de bières dans le sang et plus assez d’audition.

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Le poids de la bière, le choc de slams

Grosse réussite donc, pour cette huitième édition du festival La France Dort, avec des groupes de grande qualité et un public déchainé (je vous passe les détails sur les blessés grave par slams ratés). En attendant de pouvoir de nouveau se dandiner avec l’un de ces groupes, Aparté vous propose un diaporama de la soirée (utilisez les flèches à gauche et à droite de la photo pour naviguer) :

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L’auteur remercie particulièrement l’accueil du Bikini et Yo des Brassen’s pour l’accréditation express.

*Aux Amériques où cet oiseau niche en masse, il est connu sous le nom de Turkey Vulture. Dinde-Vautour, finalement c’est un bon nom d’oiseau pour certains politiciens.

Article rédigé par Arthur

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