TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESEn Aparté avec… Sire Cédric

Auteur toulousain, Sire Cédric ne manque pas de s’inspirer de la ville rose pour ses intrigues. A l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Avec tes yeux,  Aparté l’a rencontré. Découverte de son univers, savant mélange de frissons et de surnaturel.

Nous sommes dans le Jardin Japonais, théâtre de quelques scènes de ses romans. Photo : Maxime Reynié, Aparté.com.
Nous sommes dans le Jardin Japonais, théâtre de quelques scènes de ses romans. Photo : Maxime Reynié, Aparté.com.

Aparté: Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Sire Cédric: J’adore les histoires d’horreur, les romans fantastiques. J’en suis un gros consommateur.  Idem pour le hard rock, le paranormal et les romans d’aventure. Quand j’écris, j’ai envie de tout intégrer dans mes romans. Ce sont des influences très vastes, ce qui me rend difficile à classer en tant qu’auteur.

Je suis très inspiré par Stephen King. Il a lui-même créé un genre et a ouvert des portes énormes dans les années 70.
J’aime les histoires avant tout et j’avais envie de faire partager les miennes.

A: Pourquoi avoir choisi Toulouse pour la plupart de tes histoires ?

S.C: J’adore Toulouse.  Je m’en suis inspiré plutôt que d’inventer d’autres lieux que je serai allé voir sur Google Maps ou en réalité. J’utilise ce que je connais. Je m’inspire de l’actualité, de rencontres, de mes journées.

J’ai vécu quelques années à côté du Jardin Japonais, dans lequel se déroulent quelques scènes de mes romans. Nous sommes d’ailleurs assis sur le banc où Vauvert et son ex-femme discutent dans La mort en tête. (Vauvert est l’un de ses personnages récurrents, flic à la PJ de Toulouse, ndlr). Il y a aussi un passage où je lui fais traverser le pont du Jardin.

As-tu eu des retours de lecteurs toulousains ?

Oui. J’ai un rapport proche avec mes lecteurs. Je me rends sur de nombreux salons pour les rencontrer et échanger avec eux sur ce qu’ils ont aimé, ou pas aimé. Les lecteurs toulousains que j’ai rencontrés étaient contents de pouvoir dire « je connais cette rue ». Ils apprécient surtout la surprise. Dans La mort en tête, on retrouve une course-poursuite dans les sous-sols d’Auchan à Balma-Gramont. On n’imagine pas une telle scène à cet endroit. C’est précisément ce que je recherche : des situations qui sortent de l’ordinaire.

« Dans La mort en tête, on retrouve une course-poursuite dans les sous-sols d’Auchan à Balma-Gramont »

Avec tes yeux, ton nouveau roman, ne se déroule pas à Toulouse justement. T’es-tu lassé de la ville ?

J’avais envie de forêt. Je me suis dit que les Yvelines c’était parfait. J’ai pu écrire une course poursuite dans les jardins de Versailles.

J’avais envie de changer, de ne pas m’enfermer dans un type de roman. Mes personnages récurrents vont revenir, parce qu’ils ont encore des choses à raconter. Ce sont des personnages assez archétypaux, qui sont similaires à des personnages de BD. Il y a par exemple la flic albinos aux cheveux blancs et aux yeux rouges (Eva Svärta, que l’on retrouve dans De fièvre et de sang, Le premier sang et La mort en tête ndlr). Dans tes yeux met en scène des personnages plus humains.

J’avais besoin de faire une pause, d’un ou deux romans.

Tu rédiges des thrillers où tes personnages sont sans cesse plongés dans une ambiance anxiogène : est-ce qu’il faut être angoissé soi-même pour écrire ce genre de roman ?

Non au contraire. La base de l’écriture pour moi est le plaisir. Mon objectif est de faire passer un bon moment au lecteur. J’écris pour lui. La littérature est un partage. Si c’est suffisamment bien fait des images restent en tête du lecteur, comme pour un film. L’idée c’est que le lecteur oublie sa journée, ses problèmes, quelques heures. C’est un aspect « médicament ».

C’est un plaisir y compris dans la peur. C’est assez terrible à dire, mais c’est cathartique, ce qui arrive aux personnages ne nous arrive pas à nous. Et puis c’est un jeu avec le lecteur, il sait que c’est juste de la littérature.

«  Je n’écris jamais deux fois le même livre »

Tu joues constamment dans tes romans avec cette frontière entre le réel et le surnaturel

Mon premier roman, Angemort, est totalement fantastique. Les personnages sont complètement tarés, on retrouve de l’humour, des scènes pornographiques. C’est un style assez proche du manga.

Je n’écris jamais deux fois le même livre. La mort en tête c’est de l’action non-stop. Avec tes yeux, est beaucoup plus psychologique. Le ton change à chaque fois, même lorsque j’utilise des personnages récurrents. C’est comme faire la promesse au lecteur qu’il ne va pas s’ennuyer.

Tous mes bouquins appartiennent à ce même univers, dont le fantastique fait partie intégrante, et sont pourtant tous très différents. Mes romans sont des thrillers surnaturels, je pense que c’est la formule qui les décrit le mieux.

Mes histoires sont inscrites dans une réalité contemporaine, à laquelle je juxtapose des choses qui ne sont pas réalistes. Ce qui me plait c’est qu’on arrive plus à savoir où est la limite.

« Mes romans sont des ‘thrillers surnaturels’ »

J’aime cette conception, empruntée à David Lynch, selon laquelle la vie est perçue par petites touches. Quand on croise quelqu’un dans la rue, on ne perçoit qu’une petite partie de sa vie.
On ignore une grande partie du monde qui nous entoure. C’est cette sensation de petites touches que j’ai envie de recréer dans mes romans. Je ne suis pas un narrateur omniscient, je focalise l’attention du lecteur quelque part. Il a une vision biaisée de l’histoire, qui se déroule à travers les yeux du personnage.

Pourquoi avoir choisi d’écrire sous un pseudonyme ?

Ce surnom vient du lycée. On m’appelait Sire Cédric parce que je lisais le marquis de Sade et Lord Byron. Lorsque je faisais de la radio, j’utilisais ce pseudo. C’est également sous ce nom-là que j’ai publié mes premiers textes.

C’est un pseudonyme à double tranchant. Il m’est parfois difficile d’être pris au sérieux. Il me permet surtout de me démarquer, on le retient. Les libraires ne savent pas s’ils doivent me classer à C ou à S. Au même titre qu’ils ne savent pas s’il faut classer mes romans en thriller ou en science-fiction. Et ceci fait partie de mon univers.

 

NB : Sire Cédric sera présent à la Médiathèque de Seysses le 08 octobre pour une séance de dédicace. Vous pourrez aussi le retrouver au Forum de la Renaissance les 10 et 11 octobre dans le cadre du Festival Toulouse Polars du Sud.

Avec tes yeux paraît aux Editions Presse de la Cité dans la Collection Sang d’Encre. Sire Cédric est le premier auteur français à être publié dans cette collection.

Article rédigé par Mélanie Volland

(A)parté pas si vite !

En Aparté avec … El Gringo, (très) jeune dessinateur

Bientôt majeur, le Toulousain El Gringo publie sur son compte Instagram ses dessins axés sur …