TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESEn Aparté avec … Julie Delpy et Vincent Lacoste

Trois ans après Two days in New York, Julie Delpy s’apprête à sortir sa nouvelle comédie : Lolo. Suite à une première collaboration fructueuse avec Vincent Lacoste dans le Skylab, elle a décidé de retravailler avec lui. Rencontre avec ces deux talentueux acolytes.

Vincent Lacoste et Julie Delpy ( photo : Maxime Reynié)
Vincent Lacoste et Julie Delpy ( photo : Maxime Reynié)

Aparté.com : Julie Delpy, pourquoi avoir choisi Vincent Lacoste et Dany Boon comme acteurs principaux de votre comédie ?

Julie Delpy : Vincent m’avait scotché sur Le Skylab, il était formidable et dispose d’une grande capacité d’adaptation. Quand on travaille avec un bon acteur, on le sent et on s’entend. J’ai donc écris ce rôle en pensant à lui, même s’ il n’a rien d’un psychopathe (elle rigole en se tournant vers Vincent). En fait, j’ai choisi Dany et Vincent parce que j’aime les gens sains. Les gens auto-destructeurs qui sont trop fous, ça m’angoisse. Les acteurs qui sont trop dans l’excès  je ne sais pas comment les gérer.

Aparté.com : Vincent Lacoste, de quelle manière avez vous procéder afin d’intégrer votre rôle de sociopathe manipulateur ?

Vincent Lacoste : D’abord je lis, j’apprends dans le désordre. Je voulais faire quelqu’un qui s’écoute parler. Lolo, à chaque fois qu’il parle c’est un évènement. Il prend trop de temps pour répondre et je trouve qu’il y a une dimension anxiogène là dedans, à dire les choses lentement. Les gens qui sont dans le contrôle des autres, on leur pose des questions et ils ne répondent pas. Il y a ce côté la chez les pervers narcissiques.  Lolo, il met dans le doute, on est constamment en demande. Sa nonchalance et sa lenteur nous posent en position de faiblesse, de petitesse.

« Mais ça m’a plu d’interpréter un personnage mauvais ! », Vincent Lacoste

D’habitude je joue des types gentils qui se remettent en question. Là au moins, je suis un pervers narcissique, un sociopathe. D’autant plus que les dialogues écrits par Julie sont vraiment bien.

Aparté.com : Julie Delpy, vous avez été longtemps actrice, puis réalisatrice bien que vous soyez souvent à la fois derrière et devant la caméra. Quelle est votre poste favori ?

Julie Delpy : J’aime tout mais je dirais que le plus anxiogène, c’est le fait d’être actrice, de jouer, devant la caméra. Quand on est sur le plateau, on est forcément en état de vulnérabilité. Un auteur peut toujours réécrire. En tant qu’acteur, on est exposé. Quand je dirige,  je ne suis pas stressée du tout. C’est difficile de faire les deux surtout pour se rendre compte de ce que l’on a fait mais au moins, il n’y a pas d’ennui.

Photo : Maxime Reynié
Photo : Maxime Reynié

Aparté.com : Du coup, pourquoi avez vous choisi de jouer dans Lolo ?

Julie Delpy : en fait, j’ai participé au tournage en tant qu’actrice parce que je trouve que mon jeu donne le ton.

Aparté.com : Julie, dans votre comédie, le personnage d’Ariane interprétée par Karin Viard a un langage décomplexé, parfois cru sans jamais être vulgaire. D’où vous vient cette liberté de ton ? 

Julie Delpy : Disons que je lisais Hara Kiri quand j’avais 8 ans, mais je ne suis qu’une pâle version de mon père ( rigole t-elle ). J’ai été élevée par des gens extrêmement ouverts d’esprit dans le langage et dans la pensée. Ce que je montre de ces femmes c’est qu’elles sont très ouvertes.  La scène d’ouverture, je l’ai écrite pour Karin Viard. Le personnage d’Ariane, il fallait quelqu’un capable de délivrer ses phrases sans être vulgaire, que ce soit drôle sans être trop forcé.

« Karin a naturellement une tendance à parler comme ça » Julie Delpy

Moi, ma mère était comme ça. C’est tout le temps drôle et léger, ça ne rentre pas dans la vulgarité.

Aparté.com : Julie Delpy, n’y aurait t il pas une part d’autobiographie dans ce film ?

Julie Delpy :  Lolo dans le film, c’est un être à l’extrême du spectrum, du narcissisme, à qui on a jamais dit non. Il est la caricature de l’ enfant roi, l’enfant empereur  qui est devenu dictateur. Ce n’est pas complètement auto biographique mais je l’ai vu dans mon entourage. J’en connais des sociopathes et c’est assez inspirant. En même temps, ça me fait marrer parce que moi je dis aussi a mon fils que c’est l’amour de ma vie.

« Dans ce sens là, c’est un tout petit peu autobiographique mais en me projetant dans le futur, une sorte de fantasme » Julie Delpy

C’est vrai que je me demande si c’est bien de l’aduler ou si il faut le casser de temps en temps. En fait il faudrait trouver le juste milieu. Il y a toujours une question que l’on se pose en tant que parents et il faut savoir  fixer les limites sans être négatif.

Aparté.com : Du coup, d’où puisez vous votre inspiration?

Julie Delpy : mon  inspiration, c’était un peu le thriller Bad Seed : Mauvaise graine,  c’est très psychanalytique. Il y a pas mal de film des années 50 ou 60 ou l’on traite du diabolique enfant ou  du diabolique mari. J’aime quand le danger vient de l’intérieur. Il y a un côté freudien dans Lolo. Quand elle lui donne ses œufs le matin, c’est une référence aux seins de la mère afin de montrer qu’en fait, même à 20 ans, elle lui donne encore ses seins mais d’une manière métaphorique.

Mon film est une sorte de fantasme. Je me suis inspirée de gens que je connais : de femmes qui ont la quarantaine et qui veulent refaire leur vie mais  leur enfant est toujours là.  Je trouve que c’est bien de partir jeune de chez ses parents.  Moi, je n’ai qu’une hantise, ce sont les gens assistés. Je détesterai que mon fils soit assisté. D’ailleurs je lui ai dit : « tu sera déshérité », ( rires) .

Julie Delpy et Vincent Lacoste ( photo : M.R)
Julie Delpy et Vincent Lacoste ( photo : M.R)

 

Aparté.com : Julie Delpy et Vincent Lacoste, quelle fut la scène la plus difficile à jouer pour tous les deux ?

Julie Delpy et Vincent Lacoste : La scène de séparation ! Elle est au fil du rasoir entre comédie et drame mais je voulais que ça reste dans la comédie ( Julie Delpy). Le ton est à la limite du dramatique et c’est un transfert total. Au niveau de la psychanalyse de l’enfant, c’est drôle parce que ça va trop loin. On se rend compte que Lolo est vraiment névrosé et extrêmement manipulateur. Ici à la fin, elle le dit, elle coupe le cordon !

En salles le 28 octobre 2015 !

Article rédigé par Éva Battut

Journaliste en herbe, je touche un peu à tout. Je m'intéresse plus particulièrement à la culture urbaine et aux sujets de société autour des migrations, du féminisme et des mouvements sociaux.

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