TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESCinespaña – En marge

Retour sur deux films présentés par Márgenes à Cinespaña, un en sélection officielle et un dans la section « carte blanche » qui leur est dédiée cette année. Focus également sur Loreak, une production basque.

Homme au bord de la crise de nerfs
Homme au bord de la crise de nerfs

Faux départ

Les tentes se bousculent dans la cour intérieure d’habitude si tranquille de la cinémathèque. Cette semaine, pas de répit pour le pavé du patio, battu à plein fer par les talons des festivaliers et arrosé par la bière distribuée sur place. L’habituel sas de décompression entre la rue et la salle est spécialement animé ce lundi et il faut se faufiler pour arriver à l’intérieur. Les décibels du concert étouffés par la porte d’entrée du hall, il faut encore déranger quelques jambes pour arriver à trouver une place à l’intérieur. À peine le temps de s’asseoir que les lumières s’abaissent pour faire place à l’ombre réconfortante de la salle : Cinespaña commence.

Au bout de trente minutes de séance, ponctuées par quelques soupirs, j’aperçois mon compagnon de séance somnolant. Las Altas Presiones, long-métrage en compétition, ne répond pas aux attentes de sa promesse contemplative et intimiste ; pourtant étiqueté du label Márgenes. Société de distribution possédant également un festival de cinéma en ligne et une plateforme vidéo, Márgenes se donne la mission de promouvoir les œuvres qui défient tant par leur forme que par leur contenu les règles établies.

Las Altas Presiones - Vide artistique
Las Altas Presiones

Vide artistique

Miguel, jeune réalisateur, est de retour dans sa Galice natale pour repérer des lieux de tournages. Son séjour est ponctué de retrouvailles et nouvelles rencontres, dans le cadre des paysages autour de Pontevedra. Entre grands espaces ruraux et urbanité décadente, le vide des grands espaces fait écho à un personnage principal étonnamment mutin qui semble subir avec toute la misère du monde le peu d’interactions que le film nous offre dans de rares scènes de dialogues. Si la photo est assurément travaillée et que certains travellings sont prometteurs, le cruel manque d’enjeu du film pousse à sortir de la salle plutôt dubitatif. La morosité ambiante répond au peu d’angles d’attaques pour susciter l’empathie, voire trouver de l’intérêt au spectacle : dialogues plats et attendus, bande-son éludée, montage mou, intrigue maigre… Malgré certains aspects encourageants, on dénote un manque de prise de position, de forme comme de fond.

Cependant, en me questionnant sur les intentions du réalisateur lors du trajet du retour, l’atmosphère pesante du film ne me quitte pas. Marche, immeubles, métro. Je suis toujours coincé avec Miguel et sa frimousse déprimante. Est-ce là l’intérêt du film ? L’Espagne, la crise, le chômage de la jeunesse, beaucoup l’ont abordé, et de diverses manières. Tabler sur le ressenti et l’émotion du vide a le mérite d’être inédit.

Márgenes offre un visage à mon sens plus réjouissant avec la projection de Malpartida Fluxus Village. Ce documentaire réalisé par Maria Pérez donne parole libre aux habitants du village de Malpartida de Cacéres en Estrémadure. En effet, à la fin des années 1970, Wolf Vostell, artiste allemand et membre du mouvement d’art contemporain Fluxus, y a élu domicile afin d’y développer ses performances, et également d’y ouvrir un musée.

Malpartida Fluxus Village - Faire du neuf avec des vieux
Malpartida Fluxus Village

Faire du neuf avec des vieux

La rencontre entre le monde rural hispanique et la folie du Fluxus teuton vaut bien le coup d’œil, spécialement dans la deuxième partie du documentaire, où plusieurs artistes proches du défunt Vostell viennent lui rendre hommage le jour où il aurait fêté son 80ème anniversaire. Maria Pérez confronte alors habilement les performances plus que loufoques des artistes Fluxus aux regards perplexes des locaux, notamment grâce à un montage efficace entre prises de vues au présent et images d’archives (à retenir entre autres la performance de Vostell pour un de ses anniversaires où il écrase le plus de touches de piano possible dans un vacarme désaccordé, habillé d’un costume épinglé de citrons, en se faisant recouvrir petit à petit de branches d’olivier). La réalisatrice nous donne donc un point de vue complet sur le mouvement Fluxus tout en gardant une certaine distance nécessaire à la contextualisation de ces vieux fous qui font un peu désordre dans une Espagne bien tranquille.

Loreak - Une histoire de fleurs
Loreak

Loreak, lauréat floral

La pause fraîcheur du documentaire estampillé Márgenes étant derrière nous, il est temps de continuer d’écumer le programme gargantuesque du festival. Focus cette fois sur un deuxième prétendant à la Violette d’Or, Loreak. On quitte donc les terres folles du parvis de la cinémathèque sans pour autant partir à l’aventure puisque la séance a lieu de l’autre côté de la basilique Saint-Sernin, à l’ABC. On arrive pile à temps pour être en retard dans une salle un peu plus dégarnie puisque nous ne dérangeons qu’une seule paire de genoux.

Loreak, produit cinématographique 100% basque, offre un spectacle à peine plus réjouissant que Las Altas Presiones, puisque les principaux thèmes abordés sont la mort, la vieillesse et le deuil. La narration est toutefois plus présente est maîtrisée dans ce film de destins croisés, dont la ligne rappelle par certains aspects le cinéma d’Iñárritu. Centré sur trois personnages féminins, les vraies stars du casting sont cependant les compositions florales qui ponctuent le film, au centre des intrigues relationnelles, tel un MacGuffin hitchcockien.

C’est sans surprise que Loreak rafle donc le prix d’interprétation féminine (Itziar Ituño) ainsi que celui de la meilleure musique originale. C’est un film travaillé et maîtrisé, même si ce classicisme peut apparaître comme la faiblesse de l’œuvre sous un certain angle.

Article rédigé par Ulysse Bonnevie

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