TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESEn Aparté avec … Nilüfer Göle avec son livre « Musulmans au quotidien »

Port du voile, prières de rue, construction de mosquées ; autant de questions qui font débat dans la sphère publique, et sur lesquelles la sociologue Nilüfer Göle s’est penchée. Retour sur cette démarche novatrice, qu’elle a présenté à la librairie Ombres Blanches mardi 22 septembre.

 

Nilüfer Göle

L’islam et sa pratique sont devenus de véritables faits de société. Entre fantasmes, « malentendus culturels » voire choc des cultures, les manifestations de l’islam dans la sphère publique interpellent, dérangent. C’est cet aspect controversé que Nilüfer Göle a souhaité étudier. Directrice d’études à l’EHESS, elle a mené une enquête sociologique dans 21 villes européennes, de 2009 à 2013, en s’adressant aux « musulmans ordinaires ».

Mettre le doigt sur ces pratiques qui dérangent

« Je n’ai pas cherché à éviter les questions qui créent des controverses », explique la sociologue, au contraire. Avec son équipe, elle s’est penchée sur le port du voile, les prières de rues, la construction de mosquées. « Puisqu’elles rendent la religiosité visible, ces pratiques ont un effet disruptif. Elles perturbent le sens commun », explique-t-elle. Nilüfer Göle va ainsi au cœur du problème, en menant son enquête sur les lieux mêmes où sont apparus des débats. Elle entame sa recherche à Toulouse, suite à la controverse qui touche Tisséo en 2009. Une femme s’était vu refuser le renouvellement de son titre de transport car elle était voilée sur la photo qu’elle présentait. Elle s’est également rendue à Cologne où la construction de la mosquée faisait débat. De même qu’en Italie et en Suisse où ont eu lieu des parades du cochon, destinées à désacraliser les potentiels terrains de constructions.

« On ne voit pas le visage des gens ordinaires »

Lorsqu’une pratique fait débat, on retrouve souvent dans les médias les mêmes intervenants, qui font office de porte-paroles. « On ne voit pas le visage des gens ordinaires », relate la directrice d’études. On fait ainsi face à un « islam déshumanisé » qui rend plus facile sa perception comme menace. Ajouté à cela il existe « une attraction pour ceux qui veulent rompre le lien social, à savoir les djihadistes ». Or les musulmans ordinaires cherchent à devenir des citoyens comme les autres. La sociologue et son équipe leur ont permis de s’exprimer à travers des entretiens individuels. Elle a également constitué des groupes de discussion réunissant ces « musulmans ordinaires » et des concitoyens non-musulmans afin que ceux-ci puissent débattre. Qu’est-ce qui dérange ? Peut-on vivre ensemble ?

Une étude qui se veut lisible et pédagogue

La construction de Musulmans au quotidien. Une enquête sur les controverses autour de l’Islam présente un réel souci d’accessibilité. Nilüfer Göle s’emploie pour chaque question à donner le sens du phénomène religieux dans la culture musulmane. Puis elle explique la controverse médiatique qu’il suscite. Enfin elle restitue les réactions qu’elle a récoltées sur le terrain. « Cette étude se veut comme un récit des musulmans avec leurs concitoyens en Europe, aujourd’hui », explique Nilüfer Göle. De quoi bousculer les a priori et mieux comprendre le quotidien de ces musulmans sans visages.

Musulmans au quotidienUne enquête sur les controverses autour de l’Islam. Éditeur: La Découverte. 20 €. 294 pages.

Article rédigé par Mélanie Volland

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