TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESAleida sur les pas de Guevara : dialogue entre un père et sa fille

Invitée de l’Université de Toulouse 2 Jean Jaurès et du poète Serge Pey, directeur du CIAM, Aleida Guevara, fille aînée d’Ernesto Guevara et de sa femme Aleida March Guevara, est intervenue ce lundi 28 septembre à la Cave Poésie, pour nous parler de la vie et des écrits de son père. Aparté a fait le déplacement pour vous.

Aleida Guevara à la Cave à poésies de Toulouse © Pablo Tupin-Noriega / Aparté.com

Tel père, telle fille ! Aleida Guevara comme son père est médecin … et communiste | Photo Pablo Tupin-Noriega, Aparté.com

 

Dans l’intimité de la Cave Poésie résonnait avant-hier, lundi 28 septembre, la voix chantante d’Aleida Guevara, la fille aînée du Che. Devant plus d’une centaine de spectateurs assis sur des coussins au sol ou laissés pour compte à l’extérieur de la salle, Aleida Guevara – accompagnée d’une traductrice – et Serge Pey ont fait la lecture d’une sélection de poèmes, de nouvelles et de lettres rédigés par Ernesto Guevara tout au long de sa vie.

Qui mieux qu’Aleida aurait pu rendre hommage à cette imposante figure qu’est celle du Che, véritable effigie de la lutte contre l’injustice ? Bien que ne l’ayant connu que sept ans, Aleida se souvient parfaitement de son papa, ce « beau mec » très studieux au français parfait et féru de littérature. Ce révolutionnaire de la première heure – et de la dernière – qui lui a dédié ces mots, ainsi qu’à ses autres frères et sœurs, avant de s’éteindre sous le feu vengeur des balles de l’armée bolivienne :

« Soyez surtout capables de ressentir, au plus profond de vous-mêmes, toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde. C’est la plus belle vertu d’un révolutionnaire »

Photographie du Che par Alberto Korda, 1960.
Photographie du Che par Alberto Korda en 1960.

Siégeant aux côtés de Zapata, Sandino, Camilo Torres, Thomas Sankara et tant d’autres, au Panthéon des Héros tombés debout, il a participé comme médecin et guérillero au combat de Libération nationale et à la mise en place d’un système socialiste à Cuba, à la lutte armée du peuple angolais ainsi qu’à celle des Boliviens au sein de l’Armée de libération nationale de Bolivie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien, comme nous le rappelle Serge Pey, que l’actuel président de la Bolivie, Evo Morales, a souhaité lui rendre hommage, ainsi qu’à Simon Bolivar, lors de son discours d’investiture en 2006.

Comme son père, Aleida est médecin, révolutionnaire et communiste. Vivant à Cuba, elle travaille à l’hôpital pour enfants William Soler de La Havane. Internationaliste comme son père, elle a été envoyée – comme beaucoup de médecins cubains – dans de nombreux pays (Angola, Nicaragua, Équateur, etc.) afin de former d’autres médecins et d’apporter un soutien médical à des populations en difficulté.

Entre deux lectures de poèmes, elle nous livre un conseil : nous devons dialoguer avec le Che, lire ses écrits et appliquer ses idées au quotidien. Le Che était un homme proche des jeunes et un enseignant hors pair qui a encore beaucoup à nous apprendre aujourd’hui. Pour sa fille, sa prose est magistrale et nous le constatons à l’écoute de la nouvelle du Chiot assassiné, magnifiquement interprétée par Serge Pey, ainsi qu’à celle de trois lettres empreintes d’ironie rédigées par le Che. Par ailleurs, Ernesto Guevara détestait ses poèmes qui témoignent pourtant de sa grande sensibilité et de son talent d’écrivain.

« Canto a Fidel »

Vámonos,
ardiente profeta de la aurora,
por recónditos senderos inalámbricos
a libertar el verde caimán que tanto amas.
[…] Cuando tu voz derrame hacia los cuatro vientos
reforma agraria, justicia, pan, libertad,
allí, a tu lado, aguardando la postrer batalla,
nos tendrás.
[…]

Car oui, Ernesto Guevara était un romantique. (Après tout, peut-on être révolutionnaire sans aimer la vie ?) Fidèle lecteur de Pablo Neruda et de son Chant général qu’il emporta avec lui dans toutes ses luttes, ainsi que de Jack London et de Jules Vernes, le Che était un grand rêveur et un grand aventurier. Dans une lettre adressée à ses enfants et en particulier à Aleida – Aliucha comme il aimait l’appeler – pour son sixième anniversaire, il écrit à ses fils qu’à son retour, si l’impérialisme existe encore, ils le combattront ensemble, et que s’il n’existe plus, le petit Ernesto surnommé Tatico, Camilo et lui-même, partiront en vacances sur la Lune…

Ernesto Guevara et sa famille

Le Che avec sa famille, à la Havane

Parmi les tonnerres d’applaudissement, un chant s’élève. C’est celui des Quilapayún : « El Pueblo unido jamás será vencido », repris par la majorité de l’assistance… La lutte continue. ¡Hasta siempre comandante!

Article rédigé par Elodie Lebeau

Étudiante en Master 2 d'Histoire de l'art à l'Université de Toulouse 2 - Jean Jaurès. Adore câliner les arbres à mes heures perdues, comme en témoigne mon avatar.

(A)parté pas si vite !

En Aparté avec … El Gringo, (très) jeune dessinateur

Bientôt majeur, le Toulousain El Gringo publie sur son compte Instagram ses dessins axés sur …