TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESFabLab festival : laboratoire d’innovations non identifiées

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Du 6 au 10 mai se tenait le 4e rassemblement annuel des FabLabs français et étrangers dans les locaux d’Artilect, le « laboratoire de fabrication » numérique du coin. 40 structures de France et une dizaine de l’étranger présentaient leurs initiatives, et tissaient les premiers liens d’un réseau entre ces nouveaux creusets de l’innovation que l’on vous présentait en mars.

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En se baladant entre les stands, on a pu mieux identifier cette nébuleuse des Fablabs qui, derrière cette appellation commune abrite une diversité de démarches. Voici une sélection de structures que nous avons jugée éclairantes et représentatives du phénomène.

Campus Fab : ouvert aux universitaires

Entre les imprimantes 3d, les drones, et autres découpeuses numériques, le stand du CampusFab, Fablab basé sur le campus de l’université Paul Sabatier, est loin d’être le plus bling-bling. La création de cette structure fait suite à la volonté de Bertrand Monthubert, le président de la fac, de doter son université d’un laboratoire d’innovation en suivant les traces du MIT d’où s’est répandue l’initiative. À l’origine le CampusFab c’est d’abord un lieu et des machines mises à disposition des étudiants curieux. Depuis 2014, ce Fablab réussi peu à peu à souder une communauté autour de ses imprimantes 3D. Aujourd’hui le CampusFab compte une centaine d’inscrits autour d’un noyau dur de 10 membres parmi lesquels des professeurs et des étudiants, toutes disciplines confondues.

Des étudiants de première année en informatique ont réalisé un jeu à destination d’enfants non-voyants.

À côté d’initiatives autonomes et personnelles, des projets pédagogiques en partenariat avec l’université sont mis en place, pour familiariser les étudiants avec cet outil. Par exemple des étudiants de première année en informatique ont réalisé un jeu à destination d’enfants non-voyants qui permet d’associer des formes géométriques avec leur traduction en braille. Des chercheurs investissent aussi le lab afin d’imprimer des répliques d’objets fragiles dont ils ont besoin pour leurs recherches ou leurs cours comme par exemple des squelettes numérisés d’organes d’animaux ou des molécules agrandies. Ce Fablab est aussi ouvert à tous celles et ceux qui ont besoin de machines pour développer un projet, à condition qu’ils soient étudiants ou profs.

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Jeu pour les non-voyants conçu dans le CampusFab de Paul Sabatier — © Kevin Figuier / Aparté.com

« Où vont les drones ? » avec les étudiants en art du lycée des Arènes

Pas loin du CampusFab un autre petit groupe d’étudiants s’active autour de leur stand placé au fond du hangar. Leurs outils ? Des bombes de peintures, des pochoirs et les tampons. Si certains de leurs collègues makers semblent vouer un culte aux nouveaux symboles de la production numérique, eux ont choisi de s’emparer de ces machines pour chercher d’autres manières de faire de la typographie. Quand on leur pose une question sur l’origine de leur structure, ils préfèrent se décrire comme « un petit groupe d’étudiants présentant un intérêt commun » : celui de s’emparer de certaines technologies comme des imprimantes 3D, des découpeuses ou des scanners pour produire de l’image.

La machine est ici descendue de son piédestal pour réintégrer sa place dans le processus de création.

Aussi ils nous préviennent : « on est un peu en rupture avec les autres stands dans la mesure où on a rien à vendre ». C’est par curiosité et pour questionner ces machines qu’ils en sont venus à s’en emparer, machines qui généralement « servent à fabriquer des drones, des revolvers et des figurines ». La machine est ici descendue de son piédestal pour réintégrer sa place dans le processus de création. Ce ne sont donc ni les outils ni l’espace qui définissent ce groupe d’étudiant en art mais une direction commune. Artilect leur met à disposition un espace dans leur hangar, qu’ils utilisent peu de leur propre aveu. Sur place ils présentent toute une série de travaux réalisés au moyen de plusieurs modes d’impressions. Le choix d’utiliser les technologies pour construire les outils nécessaires à leur projet leur apporte plus de rapidité et de flexibilité par rapport aux techniques traditionnelles. La typographie présente l’intérêt majeur de permettre la diffusion de message, qui s’accorde parfaitement avec la posture interrogative adoptée par ces étudiants vis à vis de ce que l’on nous vend comme la « troisième révolution industrielle » et affiche leur travaux haut, au yeux de tous les makers. Aussi cette expérience collective leur sert de base pour la poursuite de leur projet.

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Le stand graphique des étudiants du lycée des Arènes — © Kevin Figuier / Aparté.com

OuagaLab ou le coworking d’Afrique de l’Ouest

Au détour d’un atelier de discussions on décroche un entretien avec Gildas, un des membres fondateur du Ouaga Lab, premier Fablab d’Afrique de l’Ouest. Cet « espace de travail collaboratif » voit le jour en 2011 à Ougadougou, la capitale du Burkina Faso, avec pour objectif ambitieux de rassembler des jeunes afin qu’il se saisissement de problématiques sociales et environnementales pour « trouver des solutions à des problèmes concrets qui existent au niveau local ». Le principe de fonctionnement est basé sur la communauté et la mutualisation des savoirs : des profils différents engagés dans la réalisation d’un projet collectif enrichissent l’état des connaissances du groupe. Et les défis auxquels ces touche-à-tout sont confrontés ne sont pas minces : faible taux d’alphabétisation, isolement numérique, dérives environnementales sont autant de frein au développement du pays. Mais ces contraintes stimulent la créativité du groupe. En 2013 les membres du Ouaga Lab réalisent un prototype d’éolienne d’une capacité d’un kilowatt/heure. Fabriquée à partir de pièces récupérées sur des moteurs de moto et de camion, l’éolienne du Ouaga Lab, première éolienne fabriquée au Burkina Faso, a le mérite d’ouvrir le champs des possibles tout en élevant la protection de l’environnement comme condition sine qua none du développement du pays.

En 2013 les membres du Ouaga Lab réalisent un prototype d’éolienne d’une capacité d’un kilowatt/heure.

La promotion des possibilités qu’offre le recyclage est une thématique chère au Ouaga Lab, ce qui s’explique en partie par la présence de nombreuses des zones dépotoirs de déchets numériques sur le sol burkinabé. À travers un projet de cartographie participative de ces zones, sur le modèle de l’OpenStreetMap, chaque utilisateur peut répertorier une décharge encore inconnue. Faso Map, le nom du projet, permet de cibler les population vivant aux alentours de ces zones pour les sensibiliser sur les possibilités de revalorisation de ressources perçues comme inutilisables. Les membres du Ouaga Lab les sensibilisent aussi sur les usages de l’outil informatique et réalisent, en utilisant pour structure des bidons coupés en deux, des ordinateurs Jerry en puisant entièrement dans ces dépôts. Très attachés à la notion indépendance les membres du Ouaga Lab, qui ne touchent aucune subvention de l’état burkinabé, ont monté eux mêmes les murs qui les abritent et misent sur l’envie et la curiosité  pour poursuivre leur aventure.

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Clément de l’Electrolab et Gildas de Ouaga Lab — © Kevin Figuier / Aparté.com

Hacker Space vs FabLab ?

La discussion se poursuit avec Clément, le compagnon de route de Gildas qui nous a présenté la structure à laquelle il appartenait. D’emblée Clément insiste sur le fait que l’Electrolab, basé à Nanterre, ne s’inclue pas dans le mouvement des FabLabs, et préfère l’appellation Hacker Space. Si les membres de l’association introduisent cette nuance c’est « pour insister sur d’où l’on vient et comment on fonctionne : historiquement les FabLabs sont plutôt des émanations d’institutions » (comme le MIT ndlr). Concrètement un Hackeur Space est un lieu où se rassemblent des hackers, qui ne sont « pas des méchants pirates mais des bidouilleurs-curieux », des passionnés de technique, d’informatique, de numérique. Comme dans les FabLabs, l’Electrolab dispose de machines et d’ateliers assez différents, ouverts à qui veut développer un projet. et comme chez les FabLabs les Hacker Spaces sont aussi des lieux de formation. Ce sont leurs origines, leurs modes de fonctionnement et de financement qui les différencient. « Notre approche n’est pas la même que le FabLab d’une grande université », c’est pour cela qu’ils prennent leurs distances avec l’étiquette FabLab qui a tendance à lisser la diversité des initiatives. L’Electrolab est un tiers-lieu, un lieu social. « C’est aussi un lieu où on a de quoi bricoler, on a des machines, des appareils de mesures ». Pour Clément, c’est avant tout un lieu de rencontres et de partage de connaissances dans le domaine des sciences et des techniques, le tout dans un espace de 1500 m2 aux portes de Paris. Comme le Ouaga Lab, l’Electrolab a lui aussi entièrement créé son espace et ne dépend pas de subventions, et comme le Ougalab il repose essentiellement sur la communauté avec pour seules sources de financement les dons et les cotisations des adhérents.

Pour Clément, le Hacker Space est avant tout un lieu de rencontres et de partage de connaissances dans le domaine des sciences et des techniques.

S’ils se distinguent des FabLabs ce mouvement les intéresse ce qui justifie la présence de Clément sur le festival : « la première fausse idée, c’est de réduire les FabLab et par extension toutes les initiatives de coworking au nombre de machines ». La matière première, la base de ces expériences est formée par la communauté qui s’enrichit à mesure que des profil différents viennent s’y greffer. Clément se méfie de la standardisation des initiatives. Pour lui chaque situation, en fonction de son environnement, appelle des besoins différents sur lesquels il faut s’appuyer pour développer un projet de ce type. « Nous sommes encore dans une phase d’expérimentation, personne n’a trouvé LA recette » et Clément d’ajouter « à terme quand on aura bien défriché le concept de FabLab, son successeur sera aussi identifié, accepté et connu que les médiathèques ou d’autres structures socialement identifiées ». Le champs des possibles reste ouvert.

Lire aussi sur Aparté.com : FabLab festival : un avant-goût du futur

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Thiry

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