TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESL’urbain, cet être vivant… Rencontre avec l’artiste Uttarayan

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live painting / picture by snapshot @Groovedge – Lyon / ©Uttarayan / http://uttarayan.tumblr.com

Si vous êtes dans le coin demain soir ne ratez surtout pas la soirée de clôture des Croisées Créatives. Pour finir en beauté, l’équipe du festival nous invite à découvrir l’artiste toulousain Uttarayan qui viendra repeindre les murs du Connexion en live et sur fond de musique électro de 20h à 22h.

Uttarayan est un habitué des performances Live Painting. Certains ont déjà pu le voir oeuvrer à l’Esquile, ou encore sur la devanture de la boutique Neiwa au centre ville. Le Centre Méridional de l’Architecture et de la Ville lui a même consacré une exposition fin 2014.

L’univers de l’artiste est intimement lié à l’urbain. Sous la mèche de son Posca se dessine une ville sans fin, sans limites, aux confins de l’imaginaire, où les espaces vides et les formes géométriques se multiplient au fil de leurs rencontres. Un enchevêtrement de lignes brisées, de rectangles, qui laissent apparaître au gré de l’imagination de chacun, un paysage urbain qui ne connaît aucune frontière. Avec ce trait perpétuel, ininterrompu, Uttarayan interprète la ville et nous questionne sur son développement frénétique et ses évolutions futures.

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« OTOMOmomo » – 2012 Pilot Vball 5 sur papier Arches grain fin 300g / 31x41cm / ©Uttarayan http://uttarayan.tumblr.com

  » Si tu ne l’arrêtes pas, l’homme serait capable de couvrir de baraques la totalité de la surface de l’univers ! « 

Uttarayan, tu es un artiste aux multiples facettes. Tu fais du dessin, des pliages, de la photo et aussi de la vidéo mais il y a un thème récurent dans toutes tes œuvres c’est l’urbain…

Moi ce qui me fascine vraiment c’est la capacité qu’ont les hommes à construire et à créer sans cesse. On ne peut pas s’empêcher de s’entourer d’objets, de créer de nouveaux outils, de nouvelles machines. L’un des phénomènes les plus remarquables qui illustre ça c’est le développement urbain actuel. Nous vivons une période où son accélération est telle qu’on peut voir les changements opérer à l’œil nu et en prendre conscience.

Prends une ville comme Shenzhen en Chine par exemple, qui est passée de 0 à 30 millions d’habitants en l’espace de seulement 10 ans, alors qu’il avait fallu 1 siècle à une ville aussi emblématique que Chicago, ville qui a quand même connu les premiers gratte-ciels, pour atteindre 1 million d’habitant.

Si tu ne l’arrêtes pas, l’homme serait capable de couvrir de baraques la totalité de la surface de l’univers! [rire]

L’être humain serait-il alors un parasite ?

C’est vrai qu’il y a une vision délirante dans la façon dont nous nous développons mais je n’irai pas jusque là. Je pose seulement un regard amusé et même fasciné par notre capacité à créer sans fin. On entend aujourd’hui des discours qui voudraient qu’on arrête de consommer. Il y a une part de vrai là dedans, mais il faut le nuancer avec le fait qu’il y a aussi une certaine jouissance dans l’inutilité de consommer, on ne peut pas être que pragmatique.

  » Le concret c’est de l’abstrait rendu familier par l’usage  »

 

Si le spectateur devait se poser une question devant tes dessins qu’elle serait-elle ?

J’aimerais qu’il prenne conscience du n’importe quoi généralisé, de l’absurdité qui nous entoure. Il y a une phrase d’un physicien français, Paul Langevin, que j’aime beaucoup : « le concret c’est de l’abstrait rendu familier par l’usage ». Et il n’y a rien de plus vrai. Pourquoi appelle t-on « une porte » une porte, « une chaise » une chaise ? Pourquoi une chaise devrait-elle servir seulement à s’asseoir ? Dans le film « Les dieux nous sont tombés sur la tête », les Bushman utilisent une bouteille de Coca-Cola pour moudre le grain, faire de la musique, transporter de l’eau etc. Choses auxquelles on ne penserait même pas dans nos sociétés car une bouteille de Coca-Cola sert à boire du Coca-Cola et c’est tout.

Qu’est-ce que la réalité et comment se crée t-elle ? Voilà une bonne question !

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A en voir tes dessins, tu es adepte des formes géométriques. Est-ce qu’ on te verra un jour dessiner une courbe ?

[rire] Ça doit venir de mon côté psychorigide ! J’aime les formes géométriques, c’est ma manière de caricaturer l’humain et c’est aussi ma sensibilité. J’adore Akira et ses paysages urbains, j’aime le brutalisme en architecture. Moi même je suis adepte des lignes brisées. Peut-être que j’y viendrai un jour aux courbes, qui sait ?

 

Tu n’en es pas à ton coup d’essai dans le live painting ; à Toulouse on a déjà pu te voir repeindre le bar l’Esquile ou encore la devanture de la boutique Neiwa au centre ville. Qu’est-ce que tu trouves dans cette discipline que tu ne trouves pas forcément seul devant ta feuille ?

Le live met en scène l’obligation de faire, la nécessité de construire. Quand tu as 10 personnes en face de toi qui te regardent tu n’as pas le choix, tu es obligé de dessiner et de créer quelque chose. Il y a une sorte d’entrainement collectif qui reflète bien la société dans laquelle on vit ; on s’entraine les uns les autres pour construire, pour créer.

 

Retrouvez Uttarayan (Sébastien de son vrai nom) dimanche soir de 20h à 22h au Connexion et n’hésitez pas à partager un verre avec lui ; il sera sans nul doute ravi d’échanger avec vous sur ses dessins et sa vision des choses.

 

// INFOS 
Entrée : 5 euros
// Entrée + Burger par le Gourmet Trotteur : 10 euros
 17h – 23h

Le Connexion

8 rue Gabriel Péry 
31000 Toulouse

Métro Jean Jaurès

Article rédigé par Swann Julien

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