TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESÀ l’apéro avec … Noise and Smell

C’est sale, ça renâcle et on le sent venir. Non ! on ne parle pas de vos premiers rapports sexuels, mais bien de Noise and Smell. Présents vendredi au Saint des Seins pour la 4ème édition des Croisées Créatives. Trois des leurs ont bien voulu nous livrer leur vision du rock et de la vie.

Noise and Smell à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang
Noise and Smell à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang

// À écouter pendant la lecture de l’article :

On s’est donné rendez-vous pour 20h au George and Dragon, un de ces bar anglais qui animent Toulouse. Accoudés au bar, deux des gars de Noise and Smell semblent plongés dans une profonde discussion. Arrivé à leur niveau, on se salue chaleureusement, et on commande des bières. « C’est l’Happy Hour, profites-en, une pinte pour 5€ ! », insiste Josué, le chanteur du groupe. Il se retourne, et poursuit sa conversation avec Damien, le guitariste.

De toute façon, il faut attendre le gars qui joue de la basse, Hugo. Quelques minutes, et le voilà qu’il pointe le bout de son nez. Après les premières gorgées de bières englouties, l’interview commence !

« On est des dépités du camembert, mais sans carrière internationale ! »

Aparté.com : Noise and Smell, ça sort d’où ?

Damien : On s’est rencontré en première année de Science Po [à l’IEP de Toulouse]. Au début, j’avais monté un projet en solo, Nozon. C’était marrant parce que le nom pouvait se lire dans tous les sens, mais en fait c’était de la merde ! Je montais avec des samples d’autres morceaux. J’ai donc envoyé une maquette à un tremplin en faisant croire que j’étais un groupe. Les mecs m’ont rappelé m’indiquant qu’ « on » avait été sélectionné, mais en réalité j’étais tout seul. On a dû monter un groupe en très peu de temps, et jouer des morceaux pas prévus pour ça. Le pire, c’est qu’on a gagné !

Hugo : Le plus dingue c’est qu’on avait pas de batteur fixe. On devait changer tout le temps. Pour ce tremplin, c’est le batteur d’un autre groupe qui a joué avec nous. Il a finalement gagné deux prix, avec nous et un avec son autre groupe !

Josué : On a collaboré avec un bon pote à nous, Nathan. Il organise aujourd’hui le festival les Brasseurs du lac, et joue avec le groupe Red Woods. Khalil l’a remplacé avant de nous quitter récemment pour se concentrer sur autre chose. Finalement, Gaëtan a pris la relève !

Josué, le chanteur au Saint des Seins / © Paul Conge
Josué, le chanteur, au Saint des Seins / © Paul Conge

Un nom pareil ça s’invente pas. Quelle est l’histoire qui se cache derrière ?

Damien : On est des dépités du camembert, mais sans carrière internationale ! Plus sérieusement, c’est une réponse au dérapage de Jacques Chirac lorsqu’il parlait du « du bruit et des odeurs » [sur la question de l’immigration].

Josué : Ouais, on se définit à l’inverse des groupes Pop-Rock dont on bouffe les morceaux à longueur de journée. Noise and Smell, c’est le remède contre le Rock anglais trop propre. Notre son est un mélange à base de Stoner rock prolo’ avec une touche de blues. Ça peut s’apparenter à du Hard Rock !

Damien : Non, on va perdre de potentielles fans si tu dis ça. Ce n’est pas du Hard Rock. Noise and Smell, c’est entre la violence du Metal et le calme du Blues. Je dirais que c’est plutôt du Rock fort marqué par diverses influences. Notre public est assez large, du jeune ado boutonneux aux vieux croûtons.

Damien, le guitariste à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang
Damien, le guitariste à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang

Quelle est la philosophie du groupe ?

Damien : Noise and Smell pourrait s’appeler Galère Land. On est le genre de gars qui n’ont rien, et demandent à droite ou à gauche au dernier moment. On prend les trucs au dernier moment, un ampli, une caisse claire. On a jamais de caisse claire.

Josué : La musique pour nous, c’est un défouloir, un moment pour s’amuser, s’éclater. Faire un concert, c’est partager beaucoup de bières, écouter les blagues de Hugo [le bassiste] et monter sur scène pour donner toute sa personnalité. Noise and Smell, c’est tout simplement un défouloir après une semaine ou une journée de merde. Malheureusement, il nous manque des groupies. Ça serait cool, qu’un groupe de meufs crée un groupe sur Facebook pour nous soutenir. Je fais donc un appel officiel pour la création d’un club de fans de Noise and Smell.

« Noise and Smell, c’est tout simplement un dévouloir après une semaine ou une journée de merde »

L’idée d’un interview classique tombe progressivement à l’eau. Josué se lance dans une comparaison un peu foireuse. « On se revendique des artistes afro-américains. On a des grosses bites comme eux. La stigmatisation, c’est notre atout. Tu sais pourquoi ils portent des grosses chaînes autour du cou ? poursuit-il le sourire aux lèvres. Lorsqu’ils portent des chaînes en or autour du cou, comme Baraccuda, tu sais, dans Agences tous risques, ils rendent hommage à leurs ancêtres esclaves. Aujourd’hui, ils ont plus d’argent, les chaînes ne sont donc plus en fer. » Il résume la philosophie du groupe à un simple « Fuck« .

Damien décide de payer sa tournée de clopes. On se dirige tous, bières en mains, vers la sortie. Les premières bouffées de fumées s’échappent, on échange quelques mots avant de reprendre une conversation un peu plus « sérieuse ».

Hugo, le bassiste à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang
Hugo, le bassiste à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang

En quoi vous distinguez-vous des autres groupes ?

Josué : Nos textes sont recherchés. Une histoire se cache derrière et s’inscrit dans un projet. On aime beaucoup l’idée d’un album-concept avec une succession de scènes, de chansons ponctuées par des transitions parlées. Ces textes sont souvent dark et crus. On parle de viol, de drogues, de schizophrénie ou de libertés bafouées. J’aime beaucoup les Road movies. Dans nos chansons, on retrouve les mêmes thèmes un peu plus crades et plus torturés, balancés avec désinvolture. C’est dégueulasse, et clairement pas destiné aux enfants ! Au fond, notre groupe se résume aux thèmes d’une littérature sombre appliquée à la musique et couplée à de gros sons.

Damien : Ouais, ça se résume à Hugo qui joue de la braguette comme personne.

Hugo : Vendredi, je vais essayer de réaliser mon petit solo de braguette si tout se passe bien.

En parlant des textes, vous avez une chanson préférée ?

Damien : Ma préférée reste « Revolution  is coming » . Elle est cool à jouer en concert, elle marche bien en plus. C’est un set arraché vraiment jouissif, et musicalement elle est cool.

En quelques mots, la chanson se résume à la devise « Ni Dieu, ni maître, même nageurs »

Josué : En plus, il y a une histoire derrière. Dans le style « Prends garde, on te chie à la gueule toute la journée« . En fait, c’est plutôt à la première personne. « On me chie à la gueule toute la journée, mais attention ! on va vous saigner bande de bourgeois, on détruira vos empires ! « . On le dit clairement dans la chanson, « No leader, no target« .

Hugo : En quelques mots, la chanson se résume à la devise « Ni Dieu, ni maître, même nageurs ».

Gaëtan, le batteur à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang
Gaëtan, le batteur à la Dynamo (26/02/2015) / © Knas Vang

Du point de vue financier, ça se passe comment ?

Damien : On est véritablement fauché. On a certaines exigences de qualité. Les sons mis sur Soundcloud sont pourris. C’est dur de trouver des tunes, du coup on demande de nous payer pour nos concerts. Malheureusement, les concerts sont plus durs à trouver. On ne crache pas sur la scène. On participe à des concours, comme le Roi de la Zick et le concours MacDo, mais c’est chiant. Il faut appeler ses potes un par un pour lui dire « Hé, écoutes ce que que je fais, c’est cool. Au passage, va liker sur Facebook ! » Ça pose des problèmes d’éthique, mais il faut bien qu’on paie le studio ! C’est un peu le dilemme du pauvre.

Josué : On aimerait faire un album pour garder une trace, et peut-être lancer une tournée. Il faut qu’on gagne des concours pour entrer dans une nouvelle phase : trouver des salles et se produire. Au fond, le pognon ce n’est pas ce qui compte le plus. La musique n’est réellement pas un plan de carrière. Aujourd’hui, on est dans une société de consommateurs-payeurs dans laquelle l’État, les collectivités territoriales et les grosses boîtes se désengagent de plus en plus. Les pouvoirs publiques abandonnent leur travail de médiation. On passe chaque jour à côté de génies. Nous, en tant qu’artistes, on est mal lotis. On multiplie les tremplins, les concours pour avoir une chance. On n’a pas le choix.

Les réseaux sociaux sont-ils utiles pour vous lancer ?

Josué : Les réseaux sociaux ne sont pas le meilleur moyen. Avec le crownfounding, on demande finalement à notre famille de payer pour enregistrer quelques morceaux. Je pense que le mieux reste de se maquer avec un autre groupe qui tourne pour se construire un réseau. Il faut qu’on devienne la première partie d’un groupe connu. Le problème avec internet, c’est que ça reste visuel. Personne n’écoute de la musique en soi. Les gens zappent, surfent, et il faut catcher leurs yeux plus que leurs ouïes.

La discussion s’égare à nouveau. Les bières se terminent, et on décide de se séparer avec la promesse de se retrouver vendredi au Saint des Seins.

Les photos présentes dans l’article sont extraites de la page Facebook officiel de Noise and Smell ou de la page de Knas Vang.

Article rédigé par Brice

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