TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTES« Ni Bachar ni Daesh » : le conflit syrien s’invite à Toulouse

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Samedi 14 mars, des événements se sont multipliés dans de nombreuses villes de France, pour nous rappeler les 4 ans du soulèvement du peuple syrien. Le conflit s’est aussi invité à Toulouse, le temps d’une commémoration pour essayer d’éveiller les consciences au moyen de pancartes, de drapeaux et de chants traditionnels.

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La grande vague de mobilisation nationale (et internationale) du 14 mars 2015  au slogan « Quatre années de lutte contre les tyrannies de Bachar et de Daech » à eu son écho toulousain. Nous nous sommes rendus place du Capitole, point de ralliement défini par l’événement qui nous était parvenu sur les réseaux sociaux.

Une fois sur les lieux, on peine à trouver le rassemblement. La place du Capitole est encombrée de stands de produits régionaux et par la foule habituelle des badauds du samedi. On fini quand même par apercevoir des drapeaux syriens et autour un petit attroupement.

200.000 victimes

Il est 13h45 et une cinquantaine de personnes ont répondu à l’appel lancé par Toulouse Syrie Solidarité sur les réseaux sociaux. Parmi elles on trouve essentiellement des familles de ressortissants drapeaux à la main. Des militants des droits de l’homme et des membres d’organisations politiques.

Un des membres de l’équipe organisatrice de l’événement accepte de répondre à nos questions. Toulouse Syrie Solidarité, à l’origine du rassemblement, se définit comme un collectif citoyen qui se rassemble de manière informelle et qui organise des événements « afin d’apporter soutien à ceux qui se battent pour la liberté, la démocratie et le respect des droits humains dans leurs pays ». C’est dans le refus de l’oubli qu’il faut chercher l’origine de ces rassemblements annuels, dans la nécessité de commémorer les disparus, des exactions, des crimes de guerre. Et aussi dans le besoin de rappeler que la situation actuelle  représente la plus grande catastrophe humanitaire que le monde ait connu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ce cri, la diaspora syrienne n’a de cesse de le répéter depuis 4 ans. Depuis le début du conflit, plus de 200 000 personnes ont perdu la vie dans les combats et les bombardements. 50% de la population syrienne est actuellement déplacée.

Un pays traumatisé

En dehors de ces rassemblements annuels autour de la date symbolique du 15 mars qui marque le début du soulèvement contre Bachar al-Assad, Toulouse Syrie Solidarité organise des « rencontres culturelles et des débats pour donner la parole à des citoyens, écrivains, cinéastes et artistes syriens ». Le mois dernier le collectif a fait venir Ziad Majed à Ombres Blanches pour présenter son livre Syrie, la révolution orpheline publié chez Actes Sud.

Dans ce pays traumatisé, où nombre d’enfants, premières victimes du conflit, ont développé des troubles de l’élocution, Toulouse Syrie Solidarité s’attache à créer des espaces de parole et organise régulièrement des soirées dédiées aux témoignages de réfugiés.

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Toulouse Syrie Solidarité rassemble aujourd’hui environ vingt personnes actives à Toulouse. « C’est en train de prendre », nous confie la porte parole du collectif. Sur le plan national, le collectif collabore avec plusieurs associations basées à Paris comme Souria Houria et  le Collectif de Développement et de Secours Syrien (CODSSY). À travers cette dernière organisation Toulouse Syrie Solidarité « soutient des projets d’aides humanitaire menées par des associations laïque de la société civile à l’intérieur de la Syrie ou dans les camps de réfugiés : aide aux victimes de la répression, reconstruction des infrastructures, soutient de projets culturels ».

Ces partenariats tissés avec des associations humanitaires permettent aux dons récoltés par Toulouse Solidarité Syrie de se transformer en aides aux populations. Le collectif accompagne aussi des familles de réfugiés en situation de précarité dans la région toulousaine dans leurs démarches administratives, ou pour apporter des solutions d’hébergement pour les familles les plus fragiles.

Les jeunes en tête de cortège

Pendant que nous discutons, cortèges et pancartes défilent sur la partie de la place dédiée au rassemblement. Toutes dénoncent les malheurs dont le peuple syrien est accablé depuis 4 ans. Les noms de militants dont la disparition est imputée aux forces du régime sont fièrement brandis , comme  celui de l’avocate militante Raezan Zeitonnah enlevée le 9 septembre 2013 en compagnie de trois autres personnes, son mari, Waël Hamada, Samira Al-Khali et Nazem Al-Hamadi.

« Ni Bachar, Ni Daech »

15h. La ronde rassemble désormais plus d’une centaine de personnes. Les déambulations ralentissent puis s’arrêtent. Les sympathisants se regroupent autour de la porte parole de Toulouse Solidarité Syrie. Après un discours de remerciement et de réaffirmation des engagements du collectif, la parole est donnée à Jouania, réfugiée politique arrivée en France avec sa famille en 2012. Elle lit pleine d’émotion un texte écrit en français, à plusieurs mains. Ce texte prend la forme d’un appel à la communauté internationale sur la nécessité de trouver une alternative politique juste qui rétablirait les droits du peuple syrien et qui permettrait la résolution de la crise humanitaire. Le désir de justice a été à l’origine du soulèvement du « Printemps Arabe » qui s’est répandu depuis la Tunisie début 2011. Le soulèvement syrien de mars 2011 trouve son origine dans ces mêmes aspirations. 4 ans après elles sont toujours aussi fortes malgré les attaques répétées et les souffrances. Jouhiana termine son discours la larme à l’œil.

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Les plus jeunes sont là pour donner un nouveau souffle au rassemblement. Deux jeunes files s’emparent du  porte voix et entonnent des chants traditionnels. Le cercle de parole se disperse pour reformer un cortège ambulant sur la partie de la place accordée au rassemblement. Les slogans « Bye bye à Bachar » reprennent avec force, accompagnés des « Ni Bachar, Ni Daech ». Le cortège s’étiole un peu. Vers 16h, les organisateurs se regardent pour prendre la décision de remballer. « Maintenant non, les jeunes veulent danser ! ».

La prochaine rencontre organisée par Toulouse Solidarité Syrie est programmée vendredi 9 avril à l’Espace des diversité et de la laïcité. L’écrivain Yassin al Hadj Saleh viendra présenter  son livre Récit d’une Syrie oubliée. Cette rencontre donnera ensuite lieu à un débat autour de l’oeuvre de Yassin Al Haj Saleh auquel participeront Badre-Eddine Arodaky (écrivain, traducteur et journaliste) Farouk Mardam Bey (éditeur, directeur de la collection Sinbad chez Actes Sud) et Ziad Majed.

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Thiry

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